La chute des ventes au détail souligne les conditions lamentables des travailleurs aux États-Unis

Par Andre Damon
31 mai 2014

L’indice boursier Standard & Poor’s (S&P 500) a atteint un nouveau record vendredi dernier, terminant la journée au-dessus de 1900 pour la première fois, ayant plus que doublé en valeur depuis 2008. Les bénéfices des entreprises bondissent et les experts économiques proclament que la «reprise» économique est en plein essor. 

Le revers de cette croissance sans précédent de la richesse de la classe dirigeante est les conditions économiques lamentables auxquelles fait face la grande majorité de la population. Six ans après le krach économique, le chômage, la pauvreté, la stagnation des salaires et la précarité de l’emploi toujours de plus en plus grande continuent d’être des réalités quotidiennes pour de larges couches de la population.

Cette réalité a été nettement exprimée dans un rapport sur les ventes au détail publié le 23 mai par Retail Metrics révélant que le bénéfice du premier trimestre a chuté en dessous des estimations plus que jamais en treize ans. Les 87 principaux détaillants interrogés ont en effet vu leur bénéfice chuter de 4,1 %, alors que les estimations de janvier prévoyaient une augmentation de 13 %.

Bien que l’hiver plus froid que la moyenne ait probablement eu un impact sur les ventes, la vraie raison reste la situation financière désastreuse des ménages américains. «Le consommateur américain ne s’est pas complètement remis et reste prudent», écrit dans son rapport Ken Perkins, président de Retail Metrics.

Wal-Mart, le détaillant de vente au rabais, a enregistré sa pire performance trimestrielle dans ses magasins en cinq ans, ses bénéfices diminuant de 5 % pour le trimestre. Par ailleurs, 20 % des clients de la chaîne ont recours à des coupons alimentaires, et le détaillant a déclaré que les deux séries de compressions successives dans ce programme alimentaire au cours de la dernière année ont eu un impact sur ses ventes.

Les magasins visant une clientèle riche et fortunée faisaient toutefois exception. Ainsi les chaînes haut de gamme Nordstrom et Dillard’s ont signalé une augmentation de leurs ventes; les ventes de Nordstrom ont en effet augmenté de 6,8 %, tandis que celles de Dillard ont augmenté de 2 %.

L’écart entre la croissance phénoménale de la bourse et les bénéfices des entreprises d’une part, et la détérioration des conditions de vie pour la grande majorité de la population de l’autre, expriment le caractère fondamental de la «reprise» économique. Les marchés boursiers ont été alimentés par une perfusion de trésorerie de la Réserve fédérale, tandis que les bénéfices des sociétés ont été favorisés par des réductions de salaire et une augmentation du travail à temps partiel.

Le mois dernier, le National Employment Law Project a publié un rapport montrant que près de deux millions d’emplois à salaire moyen et élevé ont été remplacés par des emplois à bas salaires. Alors que les entreprises américaines ont dans l’ensemble ajouté 1,85 million d’emplois à bas salaires au cours des six dernières années, elles ont éliminé 1,83 million d’emplois à salaire moyen (de 13 à 20 $ de l’heure) et à salaire élevé (de 20 à 32 ​​$ de l’heure).

Lors de la conférence de presse économique régionale de la Réserve fédérale de New York tenue le mois dernier, William C. Dudley, a reconnu que «la grande majorité des emplois qui ont été perdus dans le pays et dans la région étaient des emplois semi-spécialisés, tels des emplois de travailleurs de la construction, d’enseignants, d’opérateurs de machines et de personnel de soutien administratif. Ces emplois n’ont pas réapparu avec la reprise.» Dudley a noté que ces emplois avaient été remplacés par des «emplois moins qualifiés – de travailleurs des services de l'alimentation, de vendeurs au détail, d’aides en soins de santé et de garde d’enfants».

Le nombre de personnes travaillant à temps partiel parce qu’ils ne peuvent trouver de travail à temps plein et qui était de 7,3 millions l’année dernière a presque doublé par rapport à ce qu’il était avant la crise économique de 2008. Il y a quinze ans, seulement 2,3 % de la population active travaillait à temps partiel pour des raisons économiques. Cette part s’élève maintenant à 5,3 %.

En plus de la croissance de la main-d’œuvre à temps partiel, le pourcentage de travailleurs employés par les agences de travail temporaire a presque doublé, passant de 1,3 % à 2,1 % de tous les employés. Il y a maintenant 2,8 millions de travailleurs employés non pas par les entreprises qui achètent leur travail, mais plutôt par des pourvoyeurs de main-d’œuvre. «Autrefois vus comme une source de main-d’œuvre palliative utilisée principalement pour des tâches routinières de bureau, les services d’aide temporaire jouent maintenant un rôle important dans l’économie des États-Unis», publiait le mois dernier le Bureau of Labor Statistics.

Pendant ce temps, le chômage de masse continue de faire des ravages sociaux désastreux dans la population active, les travailleurs en chômage de longue durée étant les plus affectés. Une récente enquête menée par la Brookings Institution a révélé la situation extrêmement précaire vécue par cette section des chômeurs. Les chômeurs de longue durée ont été interrogés une première fois lors de l’enquête, puis à nouveau quinze mois plus tard. Parmi les personnes interrogées, une sur dix seulement avait trouvé du travail à temps plein. Les deux tiers n’avaient pas été en mesure de trouver le moindre travail.

L’effet combiné de la baisse des salaires et du chômage de masse a eu un impact dévastateur sur les revenus des travailleurs. Le revenu moyen des ménages aux États-Unis a chuté de 8,3 % entre 2007 et 2012. Pendant ce temps, la valeur nette des milliardaires aux États-Unis a atteint 1,2 trillion $ l’an dernier, c’est à dire plus du double de ce qu’elle était en 2009.

Au cours de la dernière année, la Maison-Blanche et le Congrès ont réduit les coupons alimentaires à deux reprises, mis fin aux prestations de chômage d’urgence fédérales de plus de trois millions de chômeurs de longue durée, procédé à d’importantes compressions dans les dépenses sociales et utilisé la mise en œuvre de l’Affordable Care Act, la loi sur les soins abordables, pour encourager les entreprises, y compris Target et Home Depot, à réduire les prestations de soins de santé de leurs employés.

Ces réalités sont l’expression du fait que la classe dirigeante américaine, dirigée par l’administration Obama, mène une campagne brutale contre les conditions de vie des travailleurs, sabrant les salaires et les services sociaux, tandis que tous les instruments politiques du gouvernement visent à assurer la richesse de l’aristocratie financière.

(Article original paru le 27 mai 2014)