Les GM&S menacés de liquidation alors que s‘enrichit l‘oligarchie

Par Francis Dubois
24 juillet 2017

Ce lundi 24 juillet, le tribunal de commerce de Poitiers doit statuer sur le sort des 279 salariés de l‘équipementier automobile GM&S de La Souterraine, dans la Creuse. Les travailleurs de cette usine se battent depuis sept mois pour le maintien de l‘usine et de leurs emplois.

Après avoir menacé de faire sauter l‘usine, participé à de nombreuses manifestations dont un rassemblement national à La Souterraine, détruit des machines, et bloqué des sites de Peugeot et Renault ces derniers jours, la liquidation judiciaire ayant été prononcée le 30 juin, les travailleurs confrontent un avenir aussi incertain qu‘à l‘annonce du redressement judiciaire en décembre.

La situation de l‘usine, spécialisée dans l’emboutissage et l’assemblage de pièces, deuxième employeur privé de la Creuse, est exemplaire de nombreuses usines et entreprises menacées de fermeture en France. Tribunaux et experts économiques jugent l‘usine capable de fonctionner, même d’être rentable. Des commandes annuelles de 40 millions d‘euros la rendraient viable. Les principaux clients de GM&S, Renault et Peugeot ne voudraient garantir que 22 millions alors qu’un équipementier de St-Etienne, GMD, exige 157 licenciements comme condition d‘une reprise.

Ce n‘est pas la combativité des ouvriers qui a fait défaut durant les sept mois de cette lutte, comme dans le cas de nombreuses autres fermetures de ce type, de Moulinex en 2003 à PSA à Aulnay-sous-Bois en 2014 en passant par Continental (2009), Nortel (2009), New Fabris (2009), DMI (2013) ou Goodyear ou Whirlpool plus récemment. Mais ils ont été confrontés, comme à chaque fois, à une coalition qui les a embrigadé dans une pièce où ils jouent le rôle de figurants et dont le déroulement est inévitablement une perte massive d'emplois, voire la fermeture de l‘entreprise.

Le scénario est toujours le même: on cherche un « repreneur » à qui on brade usine, emplois et ouvriers, qui ne donne jamais aucune garantie. Des tables rondes sont organisées à divers échelons avec les syndicats, les pouvoirs publics et des patrons qui espèrent une affaire juteuse, alors que les ouvriers sont laissés des mois sans salaire.

Les représentants de l'Etat, en général invités par les syndicats, viennent parler aux ouvriers en lutte pour leur injecter la confiance et des illusions pour qu‘ils se plient à la « solution » concoctée par les différents acteurs au détriment des emplois. Le gouvernement promet des « plan sociaux », des indemnités, du reclassement, des « primes de formations » ou des « aides » à la « création d’entreprise », comme le ministre de l‘économie Bruno Le Maire, qui a assuré il y a quelques jours encore que « pas un seul salarié ne sera laissé de côté ». Si les travailleurs ne se montrent pas coopératifs, le gouvernement menace ou fait intervenir les forces de l’ordre.

Un des principaux souci de toute cette troupe est que la lutte des travailleurs contre les licenciements ne provoque d’opposition généralisée, prélude à une explosion sociale.

Au bout du compte on arrive toujours au même résultat: les « solutions » avancées par les syndicats, les pouvoirs publics, le gouvernement ou d‘autres entreprises se délitent rapidement, la fermeture de l‘usine ou de l‘entreprise en question est prononcée, en bloc ou par étapes, et les ouvriers perdent leurs emplois, détruits à tout jamais.

Dans ce cirque, un rôle essentiel est joué par les syndicats et la pseudo gauche, qui conduisent invariablement ces luttes dans une impasse. Acceptant de prime abord le principe de licenciements, leur seule perspective est d‘en appeler aux tribunaux, au gouvernement ou au patronat et de faire des pressions, impuissantes, censées obtenir des concessions et n’aboutissant qu’aux licenciements. Ils « luttent » pour la reprise par un autre patron, des indemnités de licenciement, et l’intervention de l’État, prêts à crier « victoire » si finalement une bonne partie des ouvriers est licenciée.

Leur rôle est de faire passer les licenciements sans trop de vagues. Pour cette raison, ils confinent la lutte à un périmètre acceptable au gouvernement et isolent grèves et occupations.

Les travailleurs de La Souterraine en ont déjà une longue expérience. De rachats par des groupes transnationaux pour une hausse des actions en bourse, en liquidations judiciaires et cessions pour 1 ou 3 euros, l’usine qui comptait 600 salariés en 1989 en a perdu deux tiers depuis. Le 11 avril 2014, le site est finalement repris par le groupe italien GM&S Industry de Gianpiero Colla qui, en tant que repreneur, avait déjà liquidé sept des huit entreprises qu’il avait rachetées. Il conserve 280 postes.

L’enteprise Fralib, à Géménos près de Marseille, est un cas similaire. Reprise sous forme d’une coopérative par les ouvriers après trois ans de lutte et présentée comme exemple de « lutte réussie » par la bureaucratie syndicale, la pseudo-gauche et le PS, elle éprouve à présent de sérieuses difficultés. Unilever annonça sa fermeture en septembre 2010 avec le licenciement de 182 ouvriers. Après plus de trois ans de lutte sous le contrôle d’une intersyndicale CGT-CGC, une soixantaine d’ouvriers ont monté une société coopérative (Scop) utilisant leurs indemnités et autres aides et distribuant leur propre production.

En 2011, le NPA s’était félicité du projet de reprise de l’usine par les salariés: « Cette première victoire nous donne d’autant plus d’espoir. Pour continuer la lutte et se réapproprier leur outil de travail, les salariés ont décidé d’accepter le plan de reclassement… Il ne s’agit pas d’une défaite mais de la stratégie des travailleurs pour gagner ».

Trois ans après la reprise du site, la Scop doit faire face à de sérieux problèmes. Le chiffre d’affaires est insuffisant ; le déficit mensuel se monte à 100 000 euros. 

La seule perspective viable pour défendre réellement les emplois est de mener indépendamment de ces forces une lutte politique pour un programme socialiste, d‘expropriation des banques et des fonds d‘investissements qui sont dans la plupart des cas derrière ces fermetures et ces « reprises », pour une hausse des cours de la bourse et un gain spéculatif rapide.

Les sommes requises dans le cas de GM&S sont en fait dérisoires comparées aux richesses qu'amassent les milliardaires qui dirigent l'économie contemporaire. Pour une usine tout à fait viable, il ne s‘agit en gros que de 15 millions d‘euros d‘investissements.

Selon Forbes les cinq premières fortunes françaises se montent en 2017 à près de 125 milliards de dollars soit 107 milliards d‘euros. La plus grosse fortune, celle de Bernard Arnault (41,5 milliards de dollars) a fait un bond de 7,5 milliards d‘euros en un an. Les actions de sa firme de luxe LVMH ont augmenté de 50 pourcent dans le même temps. Une fraction de cette richesse suffirait à faire fonctionner GM&S.

Si la France est désindustrialisée, ses emplois détruits et sa population poussée à la misère, ce n‘est pas à cause de la mondialisation comme aime à le répéter un Mélenchon qui s‘insurge contre les « ouvriers déplacés » mais bien à cause de la richesse parasitaire, accumulée à coups d‘opérations financières déconnectées de la production, menées au niveau planétaire par une oligarchie qui prospère hors de tout contrôle. La seule façon de défendre les travailleurs de usines en difficulté est de confisquer leur richesse énorme et de la mettre au service de la société.