Les travailleurs de Ford en Roumanie doivent lancer un appel international!

Par le Bulletin d'information des travailleurs de l'automobile du WSWS
11 janvier 2018

L'Autoworker Newsletter (Bulletin d'information des travailleurs de l'automobile) du WSWS salue le soulèvement militant des travailleurs de Ford à l'usine de la compagnie à Craiova, en Roumanie, et lance un appel aux travailleurs de l'automobile à travers l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Asie à appuyer leur lutte courageuse.

Les enjeux dans cette bataille sont bien connus des travailleurs de l'automobile du monde entier: des salaires de misère, des demandes incessantes de concessions et l'accélération de la cadence sous la menace de licenciements et de fermetures d'usines, et des syndicats qui fonctionnent en tant qu'instrument des entreprises, et non en tant qu'organisations de la classe ouvrière.

Le 21 décembre, environ 1000 travailleurs ont conduit une grève sauvage pour s'opposer à une entente pourrie signée par le syndicat automobile de Ford à Craiova et Ford Roumanie. Ford – qui a engrangé 16,3 milliards $ de profit brut en 2016 et 9,4 milliards $ au cours des trois premiers trimestres de 2017 – veut que les 4200 travailleurs de l'usine acceptent un gel des salaires pour les employés seniors ainsi qu'une réduction des salaires lors de nouvelles embauches allant à 5% plus bas que le salaire minimum actuel, soit aussi peu que 300 euros (358 $ US) par mois. De plus, Ford demande une réduction des paiements du travail en temps supplémentaire et des heures de travail «flexibles» chaque fois que «les demandes opérationnelles l'exigent».

Ford et le syndicat brandissent le spectre du chômage de masse pour intimider les travailleurs. Dans une note interne adressée aux travailleurs datée du 13 décembre, le directeur de Ford Roumanie, John Oldham, a écrit: «Nous devons réfléchir sur ce qui est crucial actuellement pour l'usine de Craiova, avoir un plus haut salaire ou assurer l'avenir de cette usine! Nous espérons que vous comprenez l'importance des négociations de cette année dans le climat politique et économique instable d'aujourd'hui».

En outre, la société basée aux États-Unis utilise une nouvelle loi fiscale mise en œuvre par le gouvernement roumain comme une arme contre les travailleurs. La nouvelle législation, qui entrait en vigueur le 1er janvier, transférera les coûts des soins de santé et des autres avantages sociaux des employeurs vers les employés. Si les travailleurs rejettent l'offre actuelle, met en garde Oldham, la compagnie présenterait une «offre radicalement plus petite», qui ne compenserait pas les travailleurs pour le plus lourd fardeau fiscal qu'ils auraient à porter, menant en réalité à une baisse salariale de presque 25%.

Défiant ces menaces, des centaines de travailleurs sont sortis de l'usine le 28 décembre, scandant «Voleurs, voleurs» et «Il y a de l'esclavage ici». Les travailleurs arrivant au deuxième quart se sont joints à la grève en criant «Nous ne retournons pas à la maison jusqu'à ce que nous récupérions notre dignité». Au premier rang de la lutte se trouvaient les jeunes travailleurs, incluant plusieurs des 1700 embauchés cette année suite au lancement du véhicule utilitaire EcoSport de Ford.

La grève était une rébellion explicite contre le syndicat pro-entreprise, qui a collaboré avec la direction et a unilatéralement imposé ses demandes. Dans une tentative de renvoyer les travailleurs sur les chaines de montage, le syndicat a affirmé ne jamais avoir signé une telle entente. Deux jours plus tard, toutefois, le syndicat a diffusé une note interne indiquant qu'il considérait les protestations «illégales» puisqu'elles se produisaient sous l'égide de l'ancien contrat de travail jusqu'à son expiration le 31 décembre. Le syndicat considérait l'accord signé le 21 décembre «légal» et l'honorerait lors de son entrée en vigueur le 1er janvier.

En combattant le géant américain de l'automobile, les travailleurs de Ford Craiova prennent position pour les travailleurs de l'automobile du monde entier. La Roumanie, la République tchèque, la Slovaquie, la Pologne, la Serbie et d'autres pays d'Europe centrale et de l'Est ont longtemps servi de «Mexique» aux classes dirigeantes européennes, où les multinationales peuvent exploiter la main-d'œuvre bon marché et utiliser la menace de «l'élargissement de l'Est» pour diminuer les salaires et des conditions de travail dans l'Ouest.

Après que les régimes staliniens ont rétabli le capitalisme dans la région, VW, Renault, GM, Daewoo, Ford et d'autres constructeurs et fournisseurs mondiaux se sont précipités pour racheter des usines d'État à des prix dérisoires. Les salaires actuels de la Roumanie peuvent être aussi bas que 2 € (2,26 $ US) par heure, soit moins de 10% du coût global de la main-d'œuvre d'un travailleur automobile allemand.

Le parti social-démocrate roumain qui dirige actuellement et qui a imposé la hausse des impôts aux travailleurs est une ramification du parti stalinien qui a précédemment dirigé la Roumanie. Les sociaux-démocrates et leurs partenaires à travers l'Europe de l'Est ont adopté des politiques de libre marché et encouragent un nationalisme virulent, transformant leurs pays en plates-formes d'esclavage pour les sociétés mondiales et créant des conditions propices à l'émergence de partis d'extrême droite. Le gouvernement roumain tente de saper les producteurs automobiles traditionnels de la région – la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la République tchèque (nommé le «Visegrad Four») – en offrant des incitations fiscales encore plus importantes et en étendant des zones économiques spéciales pour attirer les investissements étrangers.

Quand il s'agit d'exploiter la classe ouvrière, les géants mondiaux de l'automobile ont une stratégie internationale. Comme l'a dit un analyste de l'industrie au Financial Times: «Maintenant, les investisseurs qui viennent en Europe centrale et orientale se comportent très différemment d'il y a cinq ou sept ans. Du point de vue des entreprises ... Les gens ne pensent pas aux idées nationales. Ils investissent dans la région.»

Les syndicats, à travers l'Europe, aux États-Unis et dans le monde entier, sont entièrement nationalistes. Loin de se battre pour unir les travailleurs dans une lutte commune contre les multinationales et les gouvernements capitalistes, les syndicats ont aidé et encouragé les entreprises en opposant les travailleurs les uns aux autres dans une course fratricide vers le bas.

En Allemagne, le syndicat des travailleurs de l'automobile, IG Metall, a accueilli avec enthousiasme la restauration du capitalisme en Allemagne de l'Est et en Europe de l'Est. Membre du conseil de surveillance de toutes les grandes entreprises automobiles, il a activement soutenu l'exploitation des travailleurs d'Europe de l'Est au salaire minimum et l'a utilisé pour faire du chantage aux travailleurs allemands. Cela a entraîné l'allongement de la journée de travail sans augmentation des salaires, une réduction draconienne de la rémunération des nouveaux employés et l'utilisation accrue de travailleurs à temps partiel, temporaires et occasionnels. Aucune de ces concessions n'a servi à défendre un seul emploi.

En 2014, IG Metall a soutenu la fermeture de l'usine Ford à Gand, en Belgique. Ainsi, 4600 travailleurs à l'usine Ford et 5000 travailleurs supplémentaires dans des entreprises de distribution ont perdu leur emploi. La même année, IG Metall a accepté des réductions d'emplois massives, des conditions de travail flexibles et des réductions salariales pour les 24.000 travailleurs des usines Ford allemandes de Cologne et de Saarlouis, après que la direction a menacé de transférer une partie de la production vers l'Europe de l'Est, notamment Craiova.

Maintenant, le gouvernement Macron en France utilise la menace de licenciements de masse pour imposer ses «réformes» du travail propatronales, qui feront augmenter le recours aux travailleurs temporaires et donneront aux entreprises le pouvoir, à l'américaine, de licencier les travailleurs à volonté.

La même chose est vraie aux États-Unis, où le syndicat United Auto Workers (UAW) colporte depuis longtemps le poison nationaliste, accusant les travailleurs du Mexique, de la Chine et d'autres pays de «voler des emplois américains», tout en collaborant avec les patrons automobiles pour faire baisser les salaires. En échange, l'UAW a reçu des milliards d'actions et des pots-de-vin de GM, Ford et Fiat Chrysler. Un procès criminel fédéral est en cours et les bureaucrates de l'UAW ont plaidé coupables de servir de laquais aux entreprises en échange de milliers de dollars en paiements.

La grève des travailleurs roumains fait partie de l'opposition croissante de la classe ouvrière aux attaques sans fin soutenues par les syndicats à travers le monde. Au cours de l'année 2017, les travailleurs de Fiat en Serbie et les travailleurs de VW en Slovaquie ont lutté contre les salaires et les conditions de travail dignes d'esclavage. Au cours des dernières années, les travailleurs de l'automobile en Chine et en Inde ont mené de grandes batailles et, en 2015, les travailleurs de l'automobile aux États-Unis se sont rebellés contre l'UAW corrompu.

Pour qu'une lutte réussie soit menée pour défendre les emplois et les conditions de vie, de nouvelles organisations sont nécessaires pour relier les luttes de la classe ouvrière dans le monde entier, les rassemblant dans une lutte contre les entreprises et leurs complices syndicaux.

Le Bulletin d'information des travailleurs de l'automobile du WSWS appelle les travailleurs roumains de Ford à établir un comité de la base, dont la tâche doit consister à tracer un parcours indépendant, libre de toute influence de l'entreprise, du syndicat et de l'établissement politique roumain, pour défendre les droits de la classe ouvrière.

Partout en Roumanie, les travailleurs sont prêts à se battre contre la réforme fiscale proposée par le gouvernement. Mais la première tâche du comité de la base sera d'atteindre les travailleurs de l'automobile à travers la Roumanie, l'Europe et le monde pour obtenir un soutien.

Les multinationales ont une stratégie internationale pour mener la guerre contre la classe ouvrière. Les travailleurs doivent donc développer leur propre stratégie internationale pour mener la lutte des classes et défendre leurs intérêts. Isolés de leurs frères et sœurs du monde entier, les travailleurs de Craiova sont des pions entre les mains des multinationales et de leurs alliés syndicaux. Mais les travailleurs roumains sont confrontés aux mêmes problèmes que leurs collègues internationaux et, unis, ils possèdent un formidable pouvoir social: les profits de l'entreprise proviennent de l'exploitation de leur travail.

Les travailleurs de Craiova savent qui sont leurs collègues les plus militants et les plus fiables. Ces travailleurs ont fait leurs preuves ces dernières semaines en risquant leur emploi et leurs moyens de subsistance pour s'opposer aux inégalités et à la dictature de l'employeur et des syndicats. Les plus courageux et les plus motivés de ces travailleurs doivent être élus démocratiquement pour diriger un comité. Ils seront alors tenus responsables en étant soumis à un rappel par les travailleurs eux-mêmes. Des réunions de masse doivent être tenues pour relier les nouveaux employés et les travailleurs âgés dans un combat commun. L'entreprise et le syndicat doivent être informés que les licenciements en représailles ne seront pas tolérés, et seront exposés et rendus publics par une main-d'œuvre unifiée. Les groupes de médias sociaux utilisés par les travailleurs pour planifier et communiquer doivent être purgés des espions syndiqués et des informateurs.

Il y a beaucoup de syndicats nationaux en Roumanie qui peuvent tenter d'encourager les travailleurs à se joindre à leurs organisations et à remettre l'organisation et la négociation dans les mains de leurs bureaucrates. Ce serait une grave erreur! Les syndicats, même ceux qui ne sont pas officiellement liés aux entreprises, isoleront seulement les travailleurs et prépareront leurs futures capitulations. Aucun n'a de stratégie internationale pour combattre les sociétés internationales. Ils sont liés aux partis politiques responsables de la mise en œuvre de la révision fiscale et on ne peut leur faire confiance. Le succès de la lutte des travailleurs de Craiova sera déterminé par leur capacité à conserver leur indépendance vis-à-vis des syndicats et des partis bourgeois, et par leur capacité à rompre leur isolement et à établir des liens avec d'autres travailleurs de Ford au niveau international.

Le Bulletin d'information des travailleurs de l'automobile du WSWS est la seule publication d'information internationale qui cherche à éduquer les travailleurs au niveau international sur la lutte des travailleurs de Craiova. Nous avons distribué nos articles et discuté des luttes des travailleurs roumains de Ford avec les travailleurs de l'automobile à travers les États-Unis et ailleurs. Les travailleurs roumains de Ford devraient savoir que leur lutte est suivie avec attention par de nombreux travailleurs de l'automobile qui leur offrent leur soutien complet.

De nombreux travailleurs roumains de Ford se sont récemment familiarisés avec le World Socialist Web Site. Nous sommes une publication socialiste révolutionnaire et nous sommes affiliés au Comité international de la Quatrième Internationale. Notre tendance a été fondée en 1938 par Léon Trotsky, codirigeant aux côtés de Vladimir Lénine, de la révolution russe de 1917. Trotsky a été assassiné par des agents staliniens à Mexico.

Nous croyons que les droits sociaux des travailleurs, qui produisent la richesse de la société, doivent primer l'accumulation croissante et grotesque de richesse personnelle par les oligarques corporatifs et financiers, et que cela exige une lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 29 décembre 2017)