Washington lance un nouvel ultimatum à l’Iran

Par Bill Van Auken
21 février 2018

Le département d’État américain a lancé un nouvel ultimatum sur l’accord nucléaire iranien aux principaux pays toujours considérés comme des alliés de Washington en Europe, exigeant que l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France s’engagent à modifier l’accord suivant les exigences du président Donald Trump, sans quoi l’accord serait abrogé unilatéralement par les États-Unis.

Une note secrète du département d’État obtenue par Reuters présente les mêmes exigences que celles de Trump en janvier dernier. À l’époque, Il avait annoncé qu’il était prêt à relancer une guerre économique américaine contre l’Iran à moins que les puissances européennes ne rejoignent Washington en imposant un nouvel accord nucléaire à Téhéran, y compris des stipulations que le gouvernement iranien ne peut et ne voudra pas accepter.

L’occasion pour la menace de Trump a été son annonce réticente le 12 janvier qu’il avait décidé de renoncer à la réimposition des sanctions américaines qui ont été levées dans le cadre de l’accord nucléaire, officiellement connu sous le nom du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA, Plan d’Action globale commun). Il a juré que ce serait la dernière fois qu’il allait accorder un tel sursis, à moins que ses conditions ne soient respectées. Le prochain délai pour renoncer aux sanctions est le 12 mai.

Le message du département d’État aux puissances européennes demande leur « engagement à travailler ensemble pour rechercher un accord modifié ou complémentaire qui porte sur le développement ou les essais par l’Iran des missiles à longue portée, et assure des inspections rigoureuses de l’AIEA et corrige les défauts contenus dans la « clause de temporisation" ».

Washington a exigé que l’Iran accorde aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) un accès immédiat et illimité à tous les sites du pays, y compris les bases militaires ; l’élimination des « clauses de temporisation » dans le Plan d’action globale commun, rendant permanent les restrictions temporaires sur certain aspects du programme nucléaire civil iranien ; et limitant radicalement, voire interdisant le programme de missiles balistiques de l’Iran.

Bien que présenté par Reuters et d’autres médias comme un assouplissement de la position décrite par Trump en janvier, la note indique clairement que les États-Unis continuent de présenter un ultimatum aux pays censés être leurs alliés en Europe.

« En l’absence d’un engagement clair de votre part à résoudre ces problèmes, les États-Unis ne renonceront plus aux sanctions afin de rester dans l’accord nucléaire iranien. Si à tout moment le président juge qu’un tel engagement n’est pas à portée, le président a indiqué qu’il mettrait fin à la participation des États-Unis à l’accord. »

Les « points de discussion » de la note pour les diplomates américains pour faire avancer la politique de Washington en Europe soulignent « la stratégie de l’administration Trump pour contrer l’agressivité téméraire du régime iranien », qui « couvre toute la gamme des menaces iraniennes dont le programme nucléaire iranien n’est qu’un élément ».

L’implication évidente est que Washington est engagé sur une trajectoire de guerre avec l’Iran, avec ou sans la collaboration de ses alliés dans l’OTAN à Berlin, Londres et Paris. S’ils devaient se joindre aux États-Unis pour dénoncer l’accord nucléaire, cela les mettrait en conflit non seulement avec l’Iran, mais aussi avec la Russie et la Chine, les deux autres signataires du JCPOA.

Les États-Unis ont exprimé leurs propres intentions dans la récente Stratégie de sécurité nationale du gouvernement Trump, regroupant l’Iran et la Corée du Nord dans la catégorie des « États voyous » qui représentent une menace pour les « intérêts nationaux » américains et doivent être combattus et vaincus.

Aucune des puissances européennes n’a répondu directement à la note américaine, que le département d’État lui-même a refusé de discuter. Interrogé sur les demandes américaines lors d’un point de presse en ligne, le ministère français des affaires étrangères a déclaré : « La position française sur l’accord nucléaire iranien est connue. Comme l’a dit le président de la République [Emmanuel Macron], nous réaffirmons notre attachement total au Plan d’action globale commun et à sa stricte application. » Il a ajouté que Paris « continuerait à parler du programme nucléaire iranien avec nos partenaires européens et américains ».

Les puissances européennes poursuivent leurs propres intérêts impérialistes au Moyen-Orient et sont de plus en plus en contradiction avec les intérêts et les stratégies américains. La levée des sanctions contre l’Iran a été saluée par les entreprises européennes comme une opportunité de générer un nouveau flux de profits grâce à des milliards de dollars de nouveaux investissements et des accords commerciaux. Un grand nombre de ces projets ne sont toujours pas menés à bien à cause des inquiétudes que les États-Unis ne prennent des sanctions unilatérales contre les entreprises et que leurs investissements puissent partir en fumée en cas de nouvelle guerre américaine catastrophique au Moyen-Orient.

Tout en étant hostiles à l’influence grandissante de l’Iran dans la région, les puissances européennes sont de plus en plus alarmées par la perspective que la stratégie de Washington de forger une alliance anti-iranienne régionale avec Israël et l’Arabie Saoudite, ainsi qu’avec les autres pays pétroliers des cheiks sunnites, n’aboutisse à une confrontation militaire qui pourrait couper l’approvisionnement en pétrole dont l’Europe dépend et déclencher une crise politique et une crise des réfugiés qui se répandrait sur le continent.

Washington a lancé son dernier ultimatum au milieu d’une escalade explosive des tensions régionales, provoquée principalement par l’agression américaine et israélienne. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a expliqué la position agressive de Tel Aviv contre l’Iran dans un discours belliqueux à la Conférence de Munich sur la Sécurité dimanche. Brandissant ce qu’il a prétendu être un morceau d’un drone iranien abattu sur le territoire syrien occupé par Israël sur les hauteurs du Golan, il a dénoncé l’Iran comme « la plus grande menace pour le monde », l’assimilant à l’Allemagne nazie.

« Nous agirons sans hésitation pour nous défendre, et nous agirons si nécessaire non seulement contre les forces par procuration iraniennes qui nous attaquent, mais contre l’Iran lui-même », a déclaré Netanyahou, dans une menace précise d’attaquer l’Iran, une action qu’il mettrait à exécution seulement avec le soutien des États-Unis.

Israël a réagi au prétendu survol du drone, qui, selon Téhéran, a été lancé par des éléments de la milice syrienne indépendante en Syrie, en lançant des frappes aériennes contre le personnel iranien en Syrie. Les unités de défense aérienne syriennes ont réussi à abattre un avion de combat israélien F-16, la première perte de ce type pour l’armée de l’air israélienne depuis le début des années 1980.

S’exprimant en réponse à Netanyahou à la conférence de Munich, Mohammad Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères, a attribué le ton frénétique du discours de Netanyahu à la chute de l’avion de combat. « La soi-disant invincibilité d’Israël s’est effondrée », a-t-il dit.

L’appareil militaire et de renseignement américain et ses fidèles sténographes dans les médias institutionnels américains débitent une propagande de guerre continue contre l’Iran.

Lors de son intervention à la Conférence de Munich sur la sécurité samedi, le conseiller de sécurité nationale américain, le général HR McMaster, a déclaré qu’il fallait « agir contre l’Iran », qu’il accusait d’armer un « réseau d’intermédiaires » qui devenait de plus en plus efficace à mesure que l’Iran fournisse de plus en plus […] d’armes destructrices à ces réseaux ».

Le New York Times a publié lundi un long article basé sur des entretiens avec des officiers militaires israéliens et des responsables gouvernementaux ainsi que des représentants de groupes d’experts financés par les américains, israéliens et saoudiens, affirmant que l’Iran « crée une infrastructure [en Syrie] pour menacer Israël ». Il va sans dire que l’article ne faisait aucune mention du financement et de l’aide d’Israël pour les milices islamistes sunnites qui attaquent le gouvernement syrien du président Bachar al-Assad.

Le même numéro du Times publiait une chronique de l’ambassadeur américain auprès des Nations Unies, Nikki Haley, affirmant faussement qu’un rapport publié par les Nations Unies prouvait que l’Iran avait livré des missiles aux rebelles houthis au Yémen pour être utilisés contre l’Arabie saoudite. Le rapport en question a révélé que les « vestiges » des missiles étaient d’origine iranienne, sans rien affirmer sur la manière dont ils sont arrivés là-bas.

Haley insiste sur le fait que le monde doit « agir avant qu’un missile ne frappe une école ou un hôpital et mène à une escalade militaire dangereuse qui provoque une réaction militaire saoudienne ».

L’article se fait l’écho des méthodes du « grand mensonge » mises au point par le ministre nazi de la propagande, Joseph Goebbels. Que l’Arabie Saoudite bombarde des écoles, des hôpitaux, des quartiers et des infrastructures yéménites depuis près de trois ans, tuant quelque 13 000 civils yéménites et plongeant la population du pays dans la pire crise humanitaire de la planète, n’est pas mentionné.

Haley est également silencieux sur le fait que les États-Unis ont fourni la grande majorité des bombes et des missiles largués sur le peuple yéménite, tout en montant des opérations logistiques et de ravitaillement qui rendent ce massacre de masse possible.

(Article paru en anglais le 20 février 2018)