Pourquoi l’extrême droite a gagné en Italie

Par Peter Schwarz
8 mars 2018

Les résultats des législatives du 4 mars en Italie constituent un avertissement pour la classe ouvrière européenne et internationale. L'effondrement de la «gauche» officielle, c'est-à-dire du Parti démocrate (PD) et de ses appendices de pseudo-gauche - a produit une victoire de l'extrême droite. Le Mouvement des cinq étoiles (M5S) du comédien Beppe Grillo et la Lega, anciennement la Lega Nord, sont arrivés en tête.

Malgré leurs promesses sociales démagogiques, ces partis d'extrême droite vont intensifier les politiques anti-ouvrières du PD, y compris son assaut contre les réfugiés et les immigrés. Pendant la campagne électorale, le leader de Lega, Matteo Salvini, a menacé de déporter un demi-million d'immigrants si son parti accédait au pouvoir.

D'autres à la Lega veulent organiser la ségrégation des passagers dans les voitures de train selon la couleur de leur peau ou leur religion. Ils fulminent contre l'extermination supposée de la race blanche par une invasion de réfugiés. Le M5S, qui au départ critiquait principalement la corruption des partis établis, agite depuis longtemps contre les réfugiés.

La montée agressive de l'extrême droite en Italie, un pays dont la classe ouvrière a de longues traditions antifascistes, témoigne de la banqueroute de la «gauche» officielle. Les politiques racistes et fascistes des partis de droite n’ont pas le soutien de la grande masse de travailleurs. Quelques jours à peine avant les élections, 100 000 personnes ont manifesté à Rome contre le racisme et le fascisme. Les votes pour le Lega et M5S sont en grande partie l'expression de la haine des partis établis, qui ont présidé à une catastrophe sociale et soutenu les politiques de guerre de l’Otan et de l'Union européenne.

Aux États-Unis, les liens étroits qui unissent les démocrates et leur candidate à la présidence, Hillary Clinton à Wall Street et à l'appareil militaire et du renseignement ont permis à Trump d'entrer dans la Maison Blanche. En Europe, les partis sociaux-démocrates ont perdu le soutien de la classe ouvrière en raison de leurs politiques néolibérales.

C'est l'extrême droite qui en a bénéficié systématiquement. En France, le Front national est arrivé en deuxième place aux présidentielles en 2017; l’Alternative pour l’Allemagne d’extrême droite nationaliste est entrée au parlement pour la première fois; et en Autriche, le Parti de la liberté (FPÖ) est à présent au gouvernement.

La montée de la droite due aux politiques anti-ouvrières des partis prétendument de «gauche» est particulièrement marquée en Italie. Depuis les années 1990, les divers descendants du Parti communiste italien ont à plusieurs reprises imposé aux travailleurs le diktat d'austérité des marchés financiers et de l'Union européenne.

Au cours des six dernières années, quatre premiers ministres successifs - le technocrate Mario Monti (soutenu par le PD), et les trois premiers ministres du PD (Enrico Letta, Matteo Renzi et Paolo Gentiloni) ont profondément attaqué les acquis historiques du mouvement ouvrier.

Les conséquences sont visibles dans les conditions sociales désastreuses en Italie. 10 millions de personnes sont pauvres, il y a 7,5 millions de chômeurs toutes classes confondues et 10 millions de personnes sans accès aux soins. La «gauche» officielle a présidé à une redistribution dramatique des richesses du bas vers le haut. Aujourd'hui, le 1 pourcent le plus riche possède 240 fois plus de richesse que les 20 pourcent les plus pauvres.

Le M5S et la Lega, qui, ensemble ont obtenu près de la moitié des suffrages exprimés, ont fait appel à la colère populaire contre le gouvernement et l'élite dirigeante. Ils ont attaqué l'UE, promu le nationalisme et fait des réfugiés des boucs émissaires. La Lega, basée dans les régions plus riches du nord de l'Italie, a lancé ces appels démagogiques tout en exigeant des réductions d'impôt. Le M5S, qui a connu le plus de succès dans le sud appauvri, s'est engagé à lutter pour obtenir un revenu de base garanti et de meilleures retraites, promesses qu'il n'a pas l'intention de tenir.

La pseudo-gauche, qui a participé à l'élection sous forme de l'alliance Potere al Popolo (le Pouvoir au peuple), porte aussi la responsabilité de la montée de l'extrême droite. Ces tendances se présentent comme étant de «gauche» voire «anticapitalistes», mais soutiennent depuis des années le PD et les syndicats. Leur force était Rifondazione Comunista, un parti qui a utilisé son influence dans les années 1990 pour soutenir les gouvernements bourgeois et finalement est entré dans le gouvernement de centre-gauche détesté de Romano Prodi.

Potere al Popolo prend comme modèle Podemos en Espagne, La France insoumise de Jean-Luc Melenchon et Syriza en Grèce, ce dernier ayant pris le pouvoir en promettant de mettre fin à l'austérité de l'Union européenne et ensuite imposé des attaques sociales même plus brutales que ses prédécesseurs. Ces trahisons ont dégoûté les travailleurs et les jeunes. En l'absence d'une véritable alternative marxiste et socialiste, ceci conduit des sections désespérées de la population à voter pour des partis tels que le M5S et le Lega. Potere al Popolo a recueilli un peu plus de 1 pourcent des voix lors des élections.

Cet effondrement de la «gauche» officielle et de ses appendices de pseudo-gauche démontre que la lutte contre la montée de l'extrême droite et le tournant des élites dirigeantes vers la guerre, le fascisme et la dictature ne peut être stoppée que par un mouvement socialiste révolutionnaire de la classe ouvrière. Avec la montée des grèves et des manifestations ouvrières à travers l'Europe ainsi qu'en Asie et aux États-Unis, les conditions pour l'émergence d'un tel mouvement mûrissent au niveau international.

Les élections italiennes marquent le début d'une nouvelle période de crise politique et de luttes de classes. Elles intensifient la crise de l'Union européenne. La formation d'un nouveau gouvernement pourrait durer des mois, et même donner lieu à de nouvelles élections. Le système bancaire italien est menacé d'un effondrement total. Alors que les élites dirigeantes veulent remilitariser l'Europe et saborder les droits sociaux et démocratiques, l'opposition politique et sociale monte à travers le continent.

Sur fond de la montée du fascisme allemand et italien dans les années 1930, Léon Trotsky a écrit que «La situation politique mondiale dans son ensemble se caractérise avant tout par la crise historique de la direction du prolétariat. » C'est toujours la question la plus urgente aujourd'hui.

Tout dépend à présent de la construction d'un parti marxiste pour mobiliser le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière italienne, européenne et internationale. Cela signifie construire des sections du Comité international de la Quatrième Internationale en Italie et dans toute l'Europe.

(Article paru en anglais le 7 mars 2018)