Le discours de la chancelière allemande : propagande anti-réfugiés, réarmement et guerre

Par Johannes Stern
26 mars 2018

La chancelière allemande, Angela Merkel, a prononcé la première déclaration programmatique de son gouvernement mercredi suite à sa réélection la semaine dernière. Dans son style léthargique et fastidieux, Mme Merkel a présenté le programme réactionnaire de la grande coalition, qui servira de base au gouvernement le plus à droite en Allemagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le discours de Merkel s’est concentré sur la politique de la grande coalition sur les réfugiés, qui est de plus en plus empruntée aux revendications de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrême droite. Une « situation exceptionnelle », telle que celle qui s’est produite en 2015 « ne devrait pas et ne saurait se répéter », a déclaré Merkel. Elle a ensuite présenté une longue liste de mesures visant à réprimer les réfugiés et à assurer des expulsions plus rapides vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

L’Europe doit être « capable » de « maintenir et sécuriser ses frontières extérieures », a déclaré Mme Merkel. La « création d’une agence commune de sécurité des frontières » est « tout aussi importante que le registre d’entrée et de sortie qui est en train de s’établir finalement ». Les réfugiés « qui n’ont pas droit à la protection doivent quitter notre pays », a poursuivi Mme Merkel, « de préférence, au moyen de programmes de rapatriement volontaire », mais « par le biais d’un rapatriement ordonné par l’État si nécessaire ».

Alors que les médias bourgeois prétendent le contraire, Mme Merkel a pris la défense de l’agitation anti-musulmans du ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer (Union sociale chrétienne, CSU). Seehofer a déclaré la semaine dernière que l’islam n’appartient pas à l’Allemagne, qui a été « façonnée historiquement et culturellement par les idées judéo-chrétiennes et non par l’islam ». Merkel est maintenant d’accord avec lui : « Il ne fait aucun doute que les influences historiques de notre pays étaient le judaïsme et le christianisme. » Avec 4,5 millions de musulmans vivant en Allemagne, l’islam est « devenu une partie de l’Allemagne », a-t-elle ajouté. Mais elle était consciente du fait que « beaucoup de gens ont du mal à accepter cette pensée. Et ils en ont pleinement le droit. »

Le World Socialist Web Site a expliqué au début de cette semaine que le gouvernement attise une atmosphère raciste pour renforcer son programme réactionnaire de militarisme, ses attaques sociales et le renforcement de l’appareil répressif contre une opposition croissante des travailleurs et des jeunes. La déclaration du gouvernement de Merkel, prise dans son ensemble, a rendu ce lien clair.

Sur la politique intérieure, Merkel a annoncé l’embauche de « 15 000 nouveaux policiers » et a averti tout le monde qu’il fallait s’incliner devant l’État fort. L’application de « la loi et la législation » exige « le respect et la reconnaissance envers ceux qui appliquent la loi et la législation dans ce pays : c’est-à-dire les policiers, les douaniers, les juges, les agents des forces de l’ordre, les fonctionnaires du système judiciaire, mais aussi des prisons et ailleurs. »

Dans le domaine de la politique sociale, Mme Merkel a reconnu franchement que les promesses extrêmement modestes du gouvernement ne valent pas le papier sur lequel elles sont écrites. L’embauche prévue de 8000 travailleurs sociaux a été légitimement rejetée comme une « goutte d’eau ». Au nom des grandes entreprises, Mme Merkel a appelé à davantage de « compétitivité », ce qui signifie de nouvelles attaques contre les salaires et le niveau de vie de la classe ouvrière partout en Europe.

Merkel n’a laissé aucun doute sur le fait que l’ensemble du plan budgétaire pour la période législative en cours sera subordonné aux plans de la grande coalition pour un vaste programme de réarmement. Elle s’est déclarée favorable à l’objectif de l’OTAN de consacrer 2 % de son PIB à l’armée, ce qui équivaut à une augmentation des dépenses de défense de 35 milliards d’euros par an dans les années à venir. L’Allemagne a besoin d’une « armée équipée de moyens modernes capable de se déployer », a-t-elle déclaré. Le récent rapport du commissaire parlementaire aux forces armées « a clairement montré qu’il reste encore beaucoup à faire, même si nous avons modifié les cours de la défense pendant des quatre dernières années ».

À un autre moment, Merkel a affirmé qu’il n’y avait pas un seul État membre de l’OTAN « qui pense que l’Allemagne dépense trop pour la défense ». En ce qui concerne « la peur d’une militarisation allemande excessive », elle n’existe « nulle part en dehors de l’Allemagne », a-t-elle affirmé. En réalité, la nouvelle offensive de réarmement de l’Allemagne, qui n’est comparable qu’au réarmement par Hitler de la Wehrmacht avant la Seconde Guerre mondiale, mènera à l’intensification des conflits entre les grandes puissances.

Actuellement, la classe dirigeante allemande s’appuie (pour l’instant) sur la mise en place d’une politique européenne commune de grande puissance afin de poursuivre ses ambitions impérialistes dans le monde. Pour défendre « notre souveraineté, nos intérêts et nos valeurs », nous avons besoin « en plus d’une coopération plus permanente et structurée en matière de défense, plus d’actions conjointes en matière de politique étrangère », a expliqué Mme Merkel. « Parce que nous ne nous faisons pas d’illusions. Le monde autour de nous est désagréable et imprévisible. Aujourd’hui, l’Europe est entourée de grands conflits. »

Et il faut maintenant intervenir beaucoup plus énergiquement, a ajouté Merkel. « L’Irak doit être stabilisé. Les tueries en Syrie doivent prendre fin et l’avenir politique de la Syrie doit être réglé. La Libye doit être stabilisée et soutenue », a-t-elle déclaré. Elle a menacé les États-Unis de contre-mesures dans la guerre commerciale imminente. Le gouvernement fédéral a l’intention de « continuer à travailler pour des pourparlers avec l’administration américaine, mais si nécessaire de recourir à des contre-mesures robustes ».

Merkel a également donné son soutien à Londres dans sa campagne anti-russe agressive sur l’affaire Skripal. « Nous sommes du côté de la Grande-Bretagne et nous sommes solidaires. Beaucoup de preuves indiquent la Russie. […] » Répondant aux interruptions des députés, Merkel a déclaré agressivement, « Je préférerais ne pas devoir mentionner la Russie à ce stade, mesdames et messieurs ! Mais nous ne pouvons pas rejeter les preuves simplement parce que nous ne voulons pas parler de la Russie. Et ce n’est certainement pas ce qui se passe maintenant. »

Le débat sur la déclaration du gouvernement, qui a duré plusieurs heures, s’est poursuivi jeudi au Parlement et se terminera aujourd’hui, a démontré que tous les partis parlementaires sont d’accord sur l’essentiel du programme réactionnaire et militariste de la grande coalition. Les députés des libéraux-démocrates, du Parti de gauche et des Verts ont applaudi à plusieurs reprises pendant le discours de Merkel.

Le chef du groupe parlementaire de l’AfD d’extrême droite, Alexander Gaulland, qui, en tant que « chef de l’opposition », a pris la parole juste après Merkel, a reconnu que la chancelière avait « pour la première fois parlé des Allemands ». C’était une victoire pour l’AfD », s’est vanté Gaulland. Dans une tirade fascisante, il a fulminé sur « les criminels, les tueurs au couteau, et les violeurs », a cité Bismarck, et a poussé l’hystérie anti-réfugiée et anti-musulmans à la limite. Il n’y a « aucune obligation de diversité ni de monde coloré » et non plus « aucune obligation pour moi de partager le territoire de mon État avec des étrangers », a déclaré Gaulland.

Presque personne n’incarne davantage le virage à droite de la politique capitaliste allemande que Gaulland. Cet homme de 77 ans était un haut fonctionnaire de la CDU pendant quatre décennies, avant d’être l’un des fondateurs de l’AfD en 2013. Son accession à la position d’un dur de l’extrême-droite du Parlement est le résultat direct du programme politique présenté par Merkel. dans sa présentation du programme du gouvernement qui est soutenu par tous les partis de l’establishment. Comme dans les années 1930, le retour de l’Allemagne à une politique de grande puissance dans le monde est lié à la propagation de la propagande nationaliste et raciste et à la construction d’un parti d’extrême droite.

(Article paru en anglais le 23 mars 2018)