Cheminots et étudiants en lutte dénoncent la guerre et le massacre à Gaza

Par Alexandre Lantier
16 mai 2018

Lundi, des correspondants du WSWS ont assisté à la manifestation des cheminots à Paris contre la privatisation projetée de la SNCF. Des étudiants en lutte contre la sélection à l’université, qui avaient rejoint les cheminots pour manifester leur solidarité avec les travailleurs ont également témoigné de leur opposition aux guerres au Moyen Orient et au massacre de manifestants palestiniens sans armes par l’armée israélienne.

Les violences meurtrières et arbitraires des grandes puissances au Moyen Orient font monter la colère des travailleurs et des jeunes mobilisés contre l’austériét en France.

Julien, un étudiant à Paris, a attaqué les frappes de Macron et de Trump en Syrie et les menaces de guerre contre l’Iran: «C’est une mauvaise chose, je pense que tout le monde est d’accord avec ça, on n’a pas été consultés, ça a été fait très rapidement et totalement de manière arbitraire. Ce n’est pas une bonne chose. Qu’ils se mêlent de ce qui les regarde, or là, la Syrie je ne pense pas que ça les regarde. … Je ne sais pas ce qu’ils cherchent, certainement la guerre et ils l’auront à terme. Ce qui se passe contre l’Iran, c’est fou. Ce n’est pas normal et nous on n’a pas notre mot à dire là-dedans.»

Il a souligné son horreur et son désarroi face à la répression de manifestants palestiniens sans armes qui a fait des dizaines de morts et des milliers de blessés: «Je suis contre, complètement. Les Israéliens ont connu un génocide, donc ils savent ce que c’est. Je ne sais pas pourquoi ils font ça avec les Palestiniens, c’est n’importe quoi.» La décision de Trump de déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem, a-t-il ajouté, était «de la provocation pure et simple.»

Julien a souligné que son opposition à la guerre impérialiste faisait partie de son opposition plus large aux inégalités de classe et sa défense des droits acquis par les travailleurs au courant des luttes de classe au 20e siècle. Il a annoncé qu’il était venu d’abord à la manif pour «la convergence des luttes avec les cheminots.»

Il a dénoncé la volonté de Macron de casser le statut des cheminots en tant qu’atteinte aux salaires ainsi qu’au droit constitutionnel de faire grève: «J’ai une amie qui travaille à Carrefour. Et aujourd’hui elle n’a pas le droit de se mettre en grève, parce que c’est un service privé. Et en gros demain si elle se met en grève elle sera virée par son supérieur, donc en gros la SNCF ils auront ça aussi. S’ils se mettent en grève, ils seront virés.»

Julien a ajouté que, comme des milliers d’autres étudiants à travers la France, il est mobilisé contre la décision de Macron d’imposer la sélection à l’université via le dispositif Parcoursup. Il a dénoncé «la privatisation de l’université, ce n’est pas encore devenu le cas mais on ça va le devenir à force. Je suis contre le fait qu’on prenne plus les classes sociales en compte». Il avait été pris à l’université de Paris, a-t-il ajouté, mais «l’année prochaine ce ne serait peut-être pas le cas pour des gens qui sont dans le même lycée que moi.»

Il a poursuivi: «Les gens qui sont de la classe ouvrière comme moi, mon père etc, on n’aura pas le même CV. Sur Parcoursup, on doit faire des CV maintenant. … Des gens des classes sociales supérieures, ils peuvent faire des stages dans l’université avec un ami à Papa ou à Maman, ça leur fait un CV long comme mon bras, alors que nous, on connaît personne et le seul moyen qu’on a pour remplir un CV c’est éventuellement de postuler dans des postes où on ne sera pas forcément pris. On n’a pas les mêmes avantages, on va dire.»

Le WSWS a aussi parlé à Hugo, un cheminot mobilisé contre la réforme de la SNCF: «On est là pour défendre le service public, pour défendre notre statut aussi, on a des revendications à ce niveau-là. On veut pas assister à une casse de ce service, ça sera le premier et ensuite les hôpitaux, tout le reste de ces services. On n’en veut pas et c’est pour ça que je suis là pour montrer mon indignation.»

Hugo a souligné qu’une victoire de Macron pour détruire les acquis en France serait l’étape finale de la création d’une classe dirigeante qui imposerait son arbitraire aux masses: «Les anciens se sont battus pour ces acquis. Si Macron passe en force, il va détruire les luttes de nos anciens. C’est la porte ouverte à la montée d’une caste dirigeante dans le futur et on est contre ça, complètement.»

Il a ajouté, «Ce sont ces statuts qui protègent les ouvriers, puisqu’à la SNCF on parle quand même de la classe ouvrière aussi, et c’est pour les autres ouvriers aussi qu’on lutte.»

Il a dénoncé la guerre et averti que Macron augmenterait les dépenses militaires au dépéns des travailleurs, «forcément, en cassant ces services et en récupérant tout cet argent». Donc «forcément l’international a une grande place là-dedans. Se battre aussi pour l’international, c’est un enjeu majeur.»

Hugo a aussi salué la montée internationale des luttes ouvrières, dont celles des enseignants américains et tunisiens, des métallos allemands et des cheminots britanniques: «Je suis solidaire bien sûr forcément, c’est en étant unis à l’international qu’on pourra battre les capitalistes … contre ce qu’on est en train de vivre actuellement. C’est pour quoi on se bat en France, actuellement. Je suis pour et je les défends.»

Emilie, une étudiante mobilisée contre la sélection, a également dénoncé la casse du statut des cheminots: «Ils doivent avoir certains acquis parce qu’ils ont un boulot qui n’est pas facile: ils travaillent les jours fériés, à Noël, la nuit, etc … Donc c’est normal qu’ils aient des avantages.»

Elle a ajouté, «Les problèmes qui sont causés actuellement à la SNCF, c’est plus à cause du gouvernement qui a mal investi. Par exemple, il a investi dans des lignes TGV, puis après il a abandonné les projets, donc je ne vois pas pourquoi c’est les usagers qui devraient trinquer pour ce qu’a fait le gouvernement.».

Emilie a également marqué son opposition aux projets militaristes de Macron et de La France insoumise pour établir un service militaire universel qui pourraient forces étudiants et étudiantes à combattre dans des guerres au Sahel ou au Moyen Orient.

Elle a dit: «Je n’ai pas envie d’aller tuer quelqu’un, ou d’aller bombarder des villages ou des civils alors qu’ils n’ont rien fait. Je n’ai pas l’impression d’aller me battre pour mes propres intérêts, j’ai l’impression d’aller me battre pour les intérêts d’un gouvernement qui n’en a rien à foutre de la population. ... Déjà ils ne financent même pas les facs. On a un manque de moyens dans les facs, mais aussi les hôpitaux, la SNCF, etc. Je ne vois pas l’intérêt d’aller plus précariser les gens, le travail juste pour aller financer des expéditions militaires.»