Abolissez la Gestapo de Washington ! Arrêtez la persécution des immigrés !

Par Eric London
18 juin 2018

Des dizaines de millions d’Américains regardent avec honte et horreur le gouvernement américain arrêter des centaines de milliers d’immigrés, les séparer de leurs conjoints, enfants et parents et les expulser ou les détenir dans un réseau de camps d’internement où les gardiens les soumettent à des abus physiques et sexuels.

Cette offensive contre les immigrés marque l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire des États-Unis. Ses parallèles historiques incluent l’internement de 120 000 Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, la déportation d’esclaves fugitifs vers le sud jusqu’à la guerre civile américaine, et les arrestations et déportations effectuées en Europe sous la domination nazie. Les agences d’immigration appliquant ces politiques méritent le label de « Gestapo américaine ».

Certains seuils sont maintenant franchis. Cette semaine, le gouvernement Trump a annoncé qu’il n’avait plus de place pour les enfants détenus dans les centres de détention et qu’elle hébergerait de nouveaux détenus dans un camp de tentes en plein air à l’extérieur d’El Paso, au Texas. Le procureur général Jefferson Sessions a défendu hier la politique de l’Administration de séparation des familles en citant le verset biblique Romains 13, qui, selon lui, oblige les gens à « obéir aux lois du gouvernement parce que Dieu les a ordonnées à des fins d’ordre ».

Un total de 1995 enfants ont été séparés de leurs parents entre le 19 avril et le 31 mai. Il y a eu une augmentation de 30 pour cent des rétentions de migrants dans l’année fiscale 2016, totalisant 143 470 arrestations en 2017, alors qu’une augmentation similaire se réalise en 2018. et le budget de la police aux frontières (ICE) prévoyait une augmentation de 65 pour cent de la population carcérale quotidienne, qui augmentera probablement depuis les 40 000 au jour le jour actuellement. Il y a déjà 600 000 immigrés dans les procédures d’expulsion – à peu près autant que toute la population d’une ville comme Baltimore dans le Maryland.

Chaque statistique masque des histoires individuelles. Jose Luis Garcia, un homme de 62 ans qui a déménagé aux États-Unis à l’âge de 13 ans, a été arrêté dimanche matin alors qu’il buvait son café du matin après que des agents de l’immigration eurent encerclé sa maison près de Los Angeles.

Plus tôt ce mois-ci, des agents dans un centre de rétention ont arraché un bébé de la poitrine de sa mère qui pleurait. Marco Antonio Munoz, 39 ans, s’est pendu avec son pull dans un centre de détention au Texas le mois dernier après avoir été séparé de sa femme et de son fils de 3 ans.

Roxana Hernandez, une femme transgenre qui est venue aux États-Unis dans la grande caravane des immigrés des Stations of the Cross [mouvement de protestation annuel], est morte en détention au Nouveau-Mexique suite à des complications liées au VIH après avoir été enfermée dans une ice box [glacière, le surnom donné par les migrants aux cellules de l’ICE parce qu’elles sont maintenues à des températures glaciales]. Des sources ont indiqué au WSWS que les détenus récents étaient enfermés dans des cellules remplies avec des immigrants détenus depuis plus d’un an et devenus fous.

Malgré ces conditions qui se dégradent et les récentes restrictions draconiennes du droit d’asile, les immigrés restent désespérés de fuir la guerre, la violence et les inégalités engendrées par plus d’un siècle d’exploitation impérialiste américaine dans leurs pays d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique centrale. Cinquante-cinq immigrants ont été retrouvés à l’arrière d’un gros camion de forage mardi soir à San Antonio, au Texas, après avoir traversé la frontière. Plusieurs immigrants ont été hospitalisés.

Les politiques de l’Administration Trump sont des extensions à la politique du Parti démocrate et de l’Administration Obama. Le rôle du Parti démocrate n’est pas celui d’une opposition insuffisante, mais d’une participation active dans la planification et l’application des politiques anti-immigrés que Trump met actuellement en œuvre avec une férocité sans précédent.

Les démocrates n’ont pas levé le petit doigt pour empêcher ou même bloquer l’attaque en cours contre les immigrés, comme en témoigne leur décision d’abandonner la protection des bénéficiaires de l’Action différée pour les arrivées d’enfants (DACA). Les partisans de l’Administration Trump citent l’Administration Obama comme un précédent pour chacune de leurs mesures xénophobes. Et en Californie, un centre de la guerre contre les immigrants, le gouverneur démocrate Jerry Brown a accepté d’envoyer la garde nationale de l’État à la frontière avec le Mexique.

Qualifier ces politiques de « bipartites » sous-estime en fait le rôle de pionnier joué dans l’attaque contre les immigrants par le Parti démocrate, à la fois sous Bill Clinton et Barack Obama.

L’effet sur la classe ouvrière tant sur le plan matériel que sur le plan politique a été dévastateur. Six millions d’enfants, qui sont citoyens américains, vivent dans des familles comptant au moins un membre de la famille qui est « sans papiers » et un demi-million d’enfants ont été arrêtés, détenus ou expulsés d’au moins un parent entre 2011 et 2013. Une étude a montré que les familles perdaient entre 50 et 90 pour cent de revenu dans les six mois suivants l’arrestation, la rétention ou l’expulsion d’un parent lié à l’immigration.

Les raids en milieu de travail comme la répression militaire dans une entreprise de pépinières la semaine dernière à Sandusky, Ohio, montrent que le gouvernement crée un précédent permettant d’arrêter et de détenir tous les travailleurs qui mènent des grèves ou des manifestations jugées « illégales » par les tribunaux contrôlés par les entreprises. Les syndicats et le Parti démocrate soutiennent le « droit » du gouvernement de faire traîner les travailleurs hors de leur lieu de travail et de les transporter vers des camps d’internement.

Les organismes responsables de l’application de ces mesures, notamment le Department of Homeland Security (Département de la Sécurité intérieure – DHS), l’Immigrations and Customs Enforcement (Service de l’immigration et de l’application des règles douanières – ICE) et le Customs and Border Protection » (Service des douanes et de la protection des frontières – CBP), sont des menaces pour la classe ouvrière dans son ensemble. Politiquement, ils sont composés, en grande partie, de bureaucrates et de policiers fascistes.

Malgré les efforts des médias pour minimiser l’attaque contre les immigrés, des millions de personnes répondent avec horreur et dégoût aux politiques de séparation des familles et de déportation de Trump.

En Ohio, par exemple, un sondage June Enquirer/Suffolk University révèle que seulement 27 pour cent des électeurs à mi-parcours veulent que leur vote soutienne les politiques de Trump, y compris l’immigration, contre 49 pour cent qui veulent s’opposer à la direction du pays par Trump. La classe ouvrière américaine, liée par des liens familiaux et par le processus de production aux travailleurs de toutes les parties du monde, est organiquement hostile aux politiques anti-immigrés du gouvernement.

Partout dans le monde, les classes dirigeantes attisent la xénophobie contre les immigrés en tant que boucs émissaires pour la crise économique persistante. En Italie, en France, en Allemagne, en Autriche, en Slovénie, en Hongrie, en Pologne et ailleurs, les partis d’extrême droite ont pris de l’importance dans le vide produit par les politiques pro-entreprises et pro-guerre adoptées par les partis sociaux-démocrates.

En Italie, le gouvernement de la coalition Cinq étoiles-Liga a provoqué une atmosphère de pogrom contre les immigrés, facilitant la brutalité physique contre les immigrés et refusant l’amarrage au navire Aquarius, un bateau rempli de plus de 600 réfugiés cherchant à fuir l’Afrique. Deux réfugiés de ce bateau sont maintenant morts. En Grèce, le gouvernement autoproclamé de « gauche », SYRIZA, a rejeté les mandats juridiques internationaux exigeant qu’il autorise les immigrants à quitter les camps établis sur des îles sur lesquelles ils ont été retenus captifs.

Partout dans le monde, le démantèlement des machines de déportation est une question de vie ou de mort pour la classe ouvrière, contre qui les politiques dictatoriales d’arrestation et de détention seront ensuite employées. Nulle part ailleurs, cette demande n’est plus cruciale qu’aux États-Unis.

Le Parti de l’égalité socialiste (États-Unis) exige l’abolition immédiate de l’ICE, du CBP et de tous les organismes associés responsables de la déportation des immigrants. Il appelle à la mobilisation urgente de la classe ouvrière pour défendre les immigrés, qui doit être un élément central de la lutte pour unifier tous les travailleurs contre leurs ennemis de classe communs : l’oligarchie corporatiste et financière, tous ses représentants politiques et le système capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais le 16 juin 2018)