Les syndicats tentent d’étrangler la grève des cheminots

Par Anthony Torres
27 juin 2018

Après l’adoption par le Sénat et l’approbation par l’Assemblée de la réforme ferroviaire et la fin des grèves perlées de l’intersyndicale prévue le 28 juin, la CGT et Sud Rail tentent à présent de mettre fin au mouvement des cheminots qui dure depuis plusieurs mois en recentrant la lutte sur la négociation à court terme de la convention collective des cheminots.

La casse du statut des cheminots et la privatisation de la SNCF font partie d’une attaque générale visant tous les travailleurs ; les cheminots ne sont pas les seuls face à Macron. En France, les électriciens se mobilisent, Air France va entrer en grève, une profonde opposition à Parcoursup et autres réformes universitaires de Macron couve chez les jeunes. A l’international, de puissantes grèves ont agité les enseignants américains et britanniques, les métallos allemands et turcs, les travailleurs de l’automobile en Allemagne et en Europe de l’Est.

La réforme de la SNCF est illégitime, 95 pour cent du personnel de la SNCF y compris les cadres s’étant prononcés contre sa privatisation et la casse du statut. Malgré l’adoption de la réforme par le Sénat et l’Assemblée, les cheminots sont toujours déterminés à lutter.

Mais afin de mener cette lutte, il faut impérativement qu’eux et les autres travailleurs s’opposant au gouvernement Macron se libèrent de l’action des syndicats qui négocient la privatisation de la SNCF depuis des années, qu’il prennent leur propre mouvement en main et créent leurs propres organisations de lutte.

Les cheminots sont engagés dans une lutte politique contre les attaques de Macron. Celui-ci a clairement montré qu’il ne négocierait pas sa casse de leurs acquis. Il ne veut négocier que sur des choses secondaires. Une telle négociation lui sert, à lui et aux syndicats, de moyen pour diviser et paralyser les cheminots, et parvenir plus facilement à ses fins.

La CGT et Sud Rail n’ont pas une ligne différente de celle de syndicats dits « réformistes ». Au nom de leur « dialogue social » avec Macron, la CGT et Sud Rail vont tenter de s’adapter à cette loi, de freiner et de limiter l’étendue des luttes, voire carrément d’étrangler net la grève des cheminots en affirmant que l’heure est à la négociation de la nouvelle convention collective.

Mercredi dernier, la CGT Cheminots se réunissait pour déterminer le futur de la grève. Son secrétaire général Laurent Brun a dit à FranceInfo que la CGT « appellerait régulièrement à la grève en juillet et en août » et « les dates seront dévoilées au fur et à mesure de l'avancée ou non des négociations » sur les suites de la réforme, après la rencontre entre la ministre des Transports, le syndicat patronal UTP et les cinq syndicats des chemins de fer.

La CGT Cheminots a déposé une « alarme sociale », un avis de grève, pour le premier week-end des vacances d'été. Toujours selon Brun, « Les journées de grève pourront être calées sur les départs en vacances », mais pas exclusivement ni majoritairement « car ce n'est pas notre cible principale. Il y aura beaucoup d'autres dates qui vont correspondre à des dates de réunions de l'entreprise SNCF, et qui ne sont pas confirmées à ce jour. »

Le fait que Brun reste flou sur ce qui va se passer en juillet et août signifie que la CGT et Sud Rail, proche du NPA, qui la suit, ne compte mobiliser aucun mouvement des cheminots. La « cible principale » est de se servir de telles journées pour légitimer une « négociation » sur la convention collective et l’acceptation de la réforme. Lors de la réforme des retraites de 2010, après que les syndicats aient mis fin aux manifestations d’un jour, la CGT avait dit qu’il y aurait des grèves symboliques pour légitimer la fin du mouvement d’opposition à l’attaque des retraites.

La fin du statut des cheminots est prévue pour le 1er janvier 2020. La négociation sur la convention collective, qui a commencé en 2013 et doit s’achever avant cette date, accepte ce cadre. Alors que la CGT prétend s’opposer au gouvernement, celui-ci n’est même pas acteur dans la négociation. Lors de la rencontre tripartite du 15 juin qui discutait de la convention collective, le gouvernement avait selon le journal Challenges « déjà annoncé que... l'État s'y rendrait „non pas en tant que négociateur mais en tant qu'observateur attentif du bon déroulement" des discussions.»

Challenges écrit encore que plusieurs « accords ont déjà été conclus… Le dernier date d'il y a un an. Mais il reste de gros morceaux à négocier: les classifications et rémunérations, les garanties collectives (la prévoyance) et le droit syndical, ainsi que de nouveaux points apparus avec la réforme ferroviaire. ».

Ces syndicats négociaient déjà sous le gouvernement PS, il y a cinq ans, la privatisation de la SNCF et la casse du statut des cheminots. Pendant le mouvement des cheminots, la CGT et Sud Rail ne se sont pas dit opposés à la réforme et ont demandé à la négocier avec le premier ministre Edouard Philippe.

Les travailleurs ne peuvent rien attendre de la CGT et de Sud Rail. Ils ont isolé les cheminots des autres secteurs en lutte car ils craignent d’être débordés par la radicalisation des travailleurs. Les travailleurs en lutte ne peuvent que rejeter cette réforme et lutter pour mobiliser le plus largement possible la vaste opposition ouvrière que les syndicats sont en train de diviser et d’empêcher de se réunir en mouvement collectif pour faire tomber Macron.

S’il est si facile à Macron de faire passer, contre l’opposition à sa politique, les réformes détruisant des acquis sociaux obtenus après la Révolution russe et la Seconde Guerre mondiale, la responsabilité en revient aux appareils syndicaux et aux partis soit disant de gauche.

Mélenchon et le NPA ont fait en sorte que le mouvement des cheminots ne se transforme pas en une lutte politique contre Macron en soutenant que les syndicats sont les seules organisations légitimes pour organiser la lutte des travailleurs. Olivier Besancenot avait demandé une large coalition contre Macron qui incluerait Hamon, ministre du gouvernement PS ayant préparé la réforme ferroviaire, avec Macron comme ministre de l’Économie.

Un gouffre sépare les appareils syndicaux, la pseudo gauche et les réelles aspirations de la classe ouvrière. Le rôle dangereux pour les travailleurs joué par ces organisations confirme l’analyse faite par le PES. Il confirme aussi la justesse d’une rupture politique avec les syndicats et les partis s’opposant à une lutte politique contre Macron et la justesse de l’appel à la construction de comités d’action afin de donner à la lutte une ligne claire de défaite du gouvernement Macron et permettre une mobilisation de toute la classe ouvrière.