Il y a 25 ans : Aristide signe un accord sous l’égide des États-Unis en Haïti

Par WSWS
7 juillet 2018
Jean-Bertrand Aristide

Le 3 juillet 1993, pour la première fois d’une longue série de capitulations, le président Haïtien déchu Jean-Bertrand Aristide a signé un accord sous l’égide du ministère américain des affaires étrangères qui accordait une amnistie complète aux voyous de l’armée responsables du coup d’État du 30 septembre 1991 et des meurtres de 3000 Haïtiens : activistes politiques, ouvriers et paysans.

L’accord, loin de restaurer la « démocratie » dans ce pays (le plus pauvre des Amériques), maintenait le statut de Haïti comme objet des manipulations de Washington. Les dix points de l’accord étaient fondés sur l’acceptation par l’armée du retour d’Aristide au pouvoir, prévu pour le 30 octobre, en retour de l’amnistie des officiers qui avaient pris part au coup d’État.

Les dirigeants du coup acceptaient de démissionner, mais leurs remplaçants devaient être choisis dans l’armée en suivant ses propres règles de promotion. Le Général Raoul Cedras, dans un discours télévisé, s’est vanté que tous les changements allaient respecter la constitution et les règlements de l’armée. « Je n’ai pas accepté, et je n’accepterai pas que même un seul membre de l’armée soit exclu ». Les crimes dont la junte de Cedras était responsable, outre les milliers de morts, comprenaient la détention arbitraire de 28 000 personnes et l’expulsion de force de 350 000 personnes, dont 80 000 ont fuit soit en République dominicaine voisine, soit sur de petites embarcations jusqu’aux Bahamas et aux États-Unis.

En réalité, il allait falloir encore plus d’un an pour que l’accord soit appliqué, l’armée et les élites dirigeantes haïtiennes mettant un obstacle après l’autre pour retarder le retour d’Aristide à Port-au-Prince. Et même ensuite, Aristide ne devait pas faire autre chose que fournir un visage démocratique à la poursuite de la domination du pays par l’impérialisme américain et ses sbires locaux corrompus. Il fut révélé à l’époque que Cedras le chef de la police Michael François étaient payés par la CIA depuis le milieu des années 1980, ce qui implique que le coup de 1991 et le massacre qui a suivi ont été directement ordonnés par Washington.

(article original paru le 2 juillet 2018)