Pour réduire encore plus les coûts, PSA sous-traite les opérations d’Opel en Allemagne

Par Marianne Arens
14 septembre 2018

Conformément à l’annonce faite par le Conseil d’administration d’Opel au début du mois, le constructeur automobile sous-traitera son centre de recherche et de développement ITEZ à Rüsselsheim, en Allemagne, à la société d’ingénierie française Segula Technologies, qui prendra en main la majorité des établissements et «jusqu’à 2000 employés».

Avec ce changement, le démantèlement systématique du groupe Opel, qui a été vendu par le constructeur automobile américain General Motors à l’entreprise automobile française PSA l’année dernière, a franchi une nouvelle étape importante.

Le Centre ITEZ Adam-Opel-Haus de conception ainsi que la piste d'essai de Dudenhofen emploient encore près de 8000 ingénieurs, développeurs, concepteurs et autres. Opel et GM ont précédemment utilisé le site pour la recherche et le développement, notamment pour le développement de la voiture électrique Ampera.

Le PDG d'Opel, Michael Lohscheller, a annoncé le 5 septembre que la vente à Segula était la meilleure solution pour le centre de développement, qui, selon lui, souffrait d'une «réduction draconienne des commandes». Selon des responsables de la société, le centre ne travaille que depuis quelque temps à 40 % de sa capacité.

Cela laissera le sort des développeurs et des chercheurs de Rüsselsheim en suspens. Segula compte 11.000 employés dans le monde et travaille déjà pour PSA, le fabricant de Citroën, Peugeot et d'autres marques en France. La société a l'intention de consolider son siège social en Europe du Nord à Rüsselsheim, en Allemagne, en faisant l'acquisition d'établissements d’Opel dans les secteurs de développement de véhicules et de transmissions.

Segula, selon l’accord négocié avec Opel, est censé prendre en charge jusqu’à 2000 ingénieurs et développeurs et leur garantir une protection contre le licenciement jusqu’en 2023. Cela ne peut cacher le fait que les conditions pour ces employés se dégraderont. Puisque le principal client demeura le groupe PSA/Opel, les employés transférés à Segula travailleront probablement pour des salaires nettement inférieurs et dans des conditions plus pénibles afin de garantir un profit à Segula.

L’accord suit une tendance familière. De plus en plus, l’industrie automobile sous-traite une partie de ses activités de recherche et de développement à des sociétés de sous-traitance afin de réduire les coûts et de se protéger contre l’évolution des conditions du marché. Les grands constructeurs automobiles sont confrontés à des risques croissants en raison des coûts énormes associés à la technologie des voitures électriques et à la concurrence mondiale croissante, qui prend de plus en plus la tournure d’une guerre commerciale. Le Brexit et la récente crise de la lire en Turquie (où Opel exporte) font considérablement augmenter ces risques. Dans ces conditions, les baisses de salaires et le travail temporaire sont en hausse dans la profession d'ingénieur, et la pression sur les travailleurs permanents et leurs avantages augmente.

En juillet, le quotidien français Le Monde a annoncé (article en anglais) que des négociations intensives sur la vente du centre de développement Opel auraient lieu avec Segula et trois autres groupes de conseil en ingénierie d’automobiles (Altran, Akka, Bertrandt). Ces changements s'inscrivent dans le cadre du programme de restructuration appelé PACE!, que le comité d'entreprise d'Opel et le syndicat IG Metall ont adopté l'an dernier, peu avant l’acquisition d'Opel et de Vauxhall par le groupe PSA.

Les coupes convenues jusqu’à présent par les syndicats ont été mises en œuvre, mais de manière progressive. En juillet, Ferdinand Dudenhöffer, expert en automobile, a déclaré à la chaîne de télévision ZDF que le conseil d'administration et les syndicats avaient «délibérément refusé de déballer tout tout de suite […] de peur de déclencher une révolution ou une grève».

En reconnaissant la valeur des syndicats, la direction du centre de développement de Rüsselsheim a annoncé début septembre: «Nous souhaitons discuter avec nos partenaires sociaux de la manière dont la sélection des employés [qui passeraient à Segula] se déroulera.»

À la fin du mois de juillet, les dirigeants de PSA et d'Opel ont annoncé que la société avait dégagé un bénéfice de plus de 500 millions d'euros au premier semestre 2018, réalisant des bénéfices pour la première fois après près de vingt ans de pertes. L’explication de ceci n'était pas une expansion des ventes, cependant. Au contraire, la part de marché d'Opel en Europe continue de diminuer et ne représente qu'environ la moitié de celle de 2010. À cette époque, Opel détenait une part de marché de 10,2 %, contre seulement 5,6 % aujourd'hui.

Les bénéfices ont augmenté, selon les responsables de la société, en raison de la réduction de 28 % des coûts fixes au cours des douze derniers mois. Ce «succès» a été réalisé grâce à la collusion entre IG Metall et d’autres syndicats dans l’exploitation accrue de la main-d’œuvre d’Opel et les attaques contre les intérimaires et les sous-traitants.

Dans les usines Opel situées hors d’Allemagne, environ 17.000 travailleurs subissent un chantage pour renoncer à leurs acquis et leurs emplois sont systématiquement décimés. Avec l'aide des syndicats nationaux respectifs, PSA et Opel/Vauxhall au Royaume-Uni, en Pologne, en Espagne, en Hongrie et en Autriche ont réduit leurs salaires en menaçant de fermer leurs usines. Mais toutes les concessions acceptées par les syndicats n'ont pas sauvé les emplois. Les effectifs sont toujours menacés de perte d'emplois, notamment à l'usine Opel de Vienne-Aspern, où 600 des 1400 emplois seront supprimés d'ici la fin de l'année prochaine.

Un travailleur qui connait bien les conditions de travail dans une usine de PSA Citroën en Espagne a déclaré au WSWS Autoworker Newsletter: «Le syndicat ne fait rien pour protéger les travailleurs. Si vous ne votez pas pour l’un ou l’autre syndicat, vous avez des problèmes. Une personne embauchée le matin va démissionner à midi en raison des pressions exercées pour respecter les quotas de production. Ils sont toujours à la recherche de nouvelles embauches. Les nouveaux employés seront payés 800 € et devront faire le même travail que les travailleurs avec ancienneté rémunérés 1500 € par mois.»

Les contrats pour des centaines de travailleurs temporaires ont été résiliés dans les usines Opel en Allemagne depuis le début de l’année. Pendant ce temps, le travail à temps partiel a été introduit sur les chaînes de montage et l'IG Metall soutient les suppressions progressives de postes et les réductions de salaire.

En mai 2018, le syndicat a approuvé (article en anglais) un plan de la direction pour la destruction de 20 % des emplois permanents. D'ici 2019, 3700 des quelque 18.500 employés actuels seront évacués «volontairement» au moyen de retraites partielles, de retraites anticipées et d'indemnités de licenciement. Cela signifie la perte permanente de postes mieux payés et plus sûrs pour la prochaine génération.

Les représentants syndicaux ont également accepté d'autres réductions des coûts de travail. Les travailleurs d’Opel sont contraints d’abandonner les augmentations de salaire convenues en février dans les industries de la métallurgie et de l’électronique. Cet abandon a été imposé par les responsables d'IG Metall comme le prix à payer pour une supposée garantie des emplois jusqu'en 2023. Cette promesse sans aucune valeur trouve son expression dans la vente récente du centre de développement de Rüsselsheim, où les employés d'Opel seront transférés à des sous-traitants payant des salaires plus bas.

Les engagements de PSA à «investir davantage dans tous les sites» sont toujours liés à la déclaration «si ces usines restent compétitives». La viabilité de l'usine de production d'Eisenach est particulièrement incertaine. Quelque 450 postes sur 1300 seront supprimés, soit un emploi sur trois. La poursuite à long terme des opérations à deux équipes à Eisenach est également incertaine.

Selon une étude menée en juin 2018 par le Fraunhofer Institute, en plus de la baisse des ventes, la conversion imminente aux voitures électriques pourrait entraîner la destruction de 100.000 emplois dans l’industrie automobile allemande au cours des prochaines années. Dans la technologie de transmission, près de la moitié des emplois pourraient être éliminés.

Cela a aggravé la situation non seulement chez Opel, mais aussi chez d’autres constructeurs automobiles. Ford spécule déjà sur le sort de son usine de production de Saarlouis, près de la frontière française, et de son centre de développement à Cologne.

Face à cette attaque, les travailleurs de l’automobile doivent prendre l'initiative en créant des comités d'usine de la base, indépendamment de l'IG Metall. Ces comités doivent lutter pour unir les travailleurs à travers l'Europe, l'Amérique du Nord et le monde entier dans une lutte commune pour défendre le droit de tous les travailleurs à un emploi bien rémunéré et stable. Cela doit être lié à une lutte pour une politique socialiste, y compris la transformation de PSA et des géants de l'automobile en entreprises publiques et propriété collective gérée démocratiquement par les travailleurs eux-mêmes.

Le World Socialist Web Site et le Parti de l'égalité socialiste se consacrent à aider les travailleurs dans la construction de ces organisations indépendantes et à lutter pour ce programme.

(Article paru en anglais le 13 septembre 2018)