Les démocrates de la CIA et les élections américaines de mi-mandat

Par Patrick Martin
25 septembre 2018

Deux sondages importants publiés dimanche prévoient une victoire importante du Parti démocrate aux élections de mi-mandat le 6 novembre prochain. Un sondage de Fox News a indiqué que le Parti démocrate est en tête de sept points dans les intentions de vote pour le Congrès, alors qu’un sondage NBC-Wall Street Journal a constaté une avance de 12 points parmi les électeurs inscrits et une avance de huit points parmi les électeurs susceptibles de se rendre aux urnes. Les deux sondages ont révélé que l’opposition au président Trump est ce qui domine les élections, avec une hostilité particulière à sa persécution des immigrés et à ses réductions d’impôts pour les grandes entreprises et les riches.

Le basculement probable vers les démocrates intervient alors que le système bipartite dans son ensemble est confronté à une opposition populaire croissante. Selon un autre sondage récent, près des deux tiers des électeurs souhaitent avoir un autre choix qu’entre les deux partis existants, dont les candidats sont considérés comme des représentants corrompus des riches, qui mentent sans vergogne et ne font que mépriser les travailleurs ordinaires. D’autres sondages montrent un intérêt et un soutien grandissants pour le socialisme, en particulier chez les jeunes.

On s’attend maintenant à ce que le Parti démocrate remporte les 23 sièges nécessaires pour prendre le contrôle de la Chambre des représentants, et peut-être beaucoup plus encore, alors qu’une prise de contrôle démocrate du Sénat américain, auparavant considérée improbable en raison du fait que seulement neuf sièges républicains étaient en jeu, est devenue maintenant une possibilité à prendre au sérieux. Les démocrates devraient également reprendre un nombre important de postes de gouverneurs aux républicains, dont la quasi-totalité des États du Middle West industriel. Que signifierait un tel changement politique ?

Alors que les travailleurs cherchent une alternative aux politiques réactionnaires de l’administration Trump, ils ne la trouveront pas dans le Parti démocrate, une alliance politique entre Wall Street, l’appareil de renseignement, l’armée et de sections privilégiées de la classe moyenne supérieure. Les dirigeants démocrates du Congrès ont choisi de concentrer leurs efforts en premier lieu sur la promotion de l’enquête sur la Russie, basée sur de fausses allégations d’intervention massive de la Russie dans les élections de 2016. Plus récemment, ils ont cherché à relier les candidats républicains à la nomination par la Cour suprême du juriste réactionnaire Brett Kavanaugh, qui est attaqué en raison d’allégations d’inconduite sexuelle quand il était lycéen, invoquant les thèmes de la campagne #MeToo.

Aucune de ces campagnes n’a suscité d’enthousiasme populaire. Seulement 38 pour cent des sondés de dimanche ont indiqué qu’il était important qu’un candidat au Congrès partage leurs points de vue sur la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême. Un nombre encore plus faible, 34 pour cent, a déclaré qu’un candidat devrait partager leurs points de vue sur l’enquête menée à propos de la Russie. De grandes majorités ont déclaré que les soins de santé et l’économie – les problèmes de classe, et non ceux d’ethnicité ou de sexe – étaient les plus importants.

La démonstration la plus évidente de la trajectoire politique du Parti démocrate est l’éventail d’anciens agents de la CIA, de commandants militaires et de fonctionnaires du Département d’État qui sont ses candidats dans les districts du Congrès que les démocrates visent à capturer des républicains. Comme l’analyse (article en anglais) publiée vendredi sur le World Socialist Web Site l’a montré en détails, des 115 sièges que le Comité de campagne démocrate du Congrès a désignés comme susceptible de basculer dans le camp démocrate, 30 candidats démocrates sont des agents de la sécurité nationale, le groupe le plus important.

À deux exceptions près, les démocrates de la CIA ne sont pas issus des rangs de simples soldats qui constituaient le gros des troupes envoyées en Irak et en Afghanistan en guise de chair à canon et sont revenus dans de nombreux cas, mutilés physiquement et mentalement, et hostile aux guerres auxquelles ils ont !!br0ken !! Treize d’entre eux avaient des rôles d’agents de renseignement, de planificateurs de guerre ou d’apologistes-diplomates pour la guerre. Quinze étaient des officiers de l’armée, de la marine, des forces aériennes ou des marines : commandants, capitaines, majors, lieutenant-colonel.

Pas un seul ne se présente comme un adversaire des guerres dans lesquelles ils ont combattu ou donné des ordres, ni des prochaines guerres contre l’Iran, la Russie ou la Chine. L’un d’eux revendique même dans son programme « une victoire sans compromis sur la Russie et son régime tyrannique ».

Alors que le WSWS a toujours attiré l’attention sur les démocrates de la CIA, les médias contrôlés par les grandes entreprises ont largement gardé le silence sur la prise de contrôle amicale du Parti démocrate par l’appareil de renseignement et l’armée. Dans sa seule référence, le New York Times a évoqué le mois dernier, l’existence, en deçà de la réalité, de « plus d’une douzaine de candidats démocrates cette année ayant une solide expérience de la sécurité nationale par le biais des services militaires ou des agences de renseignement. »

Dans une autre exception à l’autocensure des médias, NBC News a noté, sous le titre suggestif « Leur nouvelle mission ? », « qu’un nombre anormalement élevé d’anciens officiers et agents des services de renseignement se présentent comme démocrates aux élections cet automne ». C’est la seule fois où les médias institutionnels ont même soulevé la question la plus urgente : à savoir si l’afflux d’agents de l’État dans le Parti démocrate est en soi une opération de l’appareil de la sécurité nationale.

La présence grandissante des candidats issus du renseignement et l’armée dans le Parti démocrate montre le caractère faux et cynique des affirmations de politiciens « de gauche » comme Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez des Socialistes démocrates d’Amérique, selon lesquelles le Parti démocrate peut être réformé et transformé en un instrument de justice sociale et de paix.

La poignée de militants de « gauche » comme Ocasio-Cortez sera éclipsée par les dizaines de démocrates de l’armée et du service de renseignement au sein du nouveau Congrès, sans parler des millionnaires et des politiciens cyniques qui constituent l’essentiel du groupe démocrate au Congrès. Plus essentiel encore est le rôle du DSA (Democratic Socialists of America) et des autres appendices politiques du Parti démocrate de justifier et de couvrir à gauche ce parti fondamentalement réactionnaire de l’impérialisme.

Interrogé par un journaliste du WSWS sur la façon dont elle pourrait concilier sa politique ostensiblement « anti-guerre » avec tant de collègues issus de la CIA et du Pentagone, Ocasio-Cortez a répondu qu’elle ne croyait pas que « l’expérience professionnelle ne devrait aucunement empêcher certains de se présenter aux élections à des fonctions officielles ». Même si cette « expérience » comprend, comme dans le cas d’Elissa Slotkin, la candidate démocrate dans la huitième circonscription de Michigan, trois missions de la CIA à Bagdad où elle a été plusieurs fois l’assistante de l’ambassadeur John Negroponte, un criminel de guerre récidiviste.

Il n’y a rien de socialiste à propos d’une campagne menée côte à côte avec des agents de la CIA, des planificateurs de guerre et des commandants militaires – et avec des politiciens capitalistes multimillionnaires comme Nancy Pelosi et Debbie Dingell. La seule campagne socialiste aux élections de 2018 est celle de Niles Niemuth, du Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) dans le 12ᵉ district du Michigan, qui propose de déboulonner la dynastie de la famille Dingell qui occupe le siège depuis 85 ans.

Comme le WSWS l’a annoncé, la campagne électorale de 2018 marque une nouvelle étape dans l’influence croissante de l’appareil du renseignement et de l’armée dans la vie américaine. Le Parti démocrate n’est pas un moindre mal, comparé à Trump et aux républicains. Si Trump représente le danger d’un régime dictatorial fondé sur des appels au racisme, à la bigoterie anti-immigrés et à la violence policière, les démocrates ouvrent la voie à un régime où toute opposition politique serait qualifiée « d’ingérence russe » et toute personne à gauche du Parti démocrate sera censurée et réprimée.

(Article paru en anglais le 24 septembre 2108)