« Le but du socialisme, c'est l'égalité pour tous ! »

L'inégalité sociale, la bureaucratie et la trahison du socialisme en Union Soviétique

Par Vadim Rogovin
29 décembre 1996

Cette conférence a été donnée par le professeur Vadim Rogovin à l'Université de la Ruhr en Allemagne en décembre 1996.

Voici le texte de la conférence prononcée par l'historien russe Vadim Rogovin devant un auditoire de plusieurs centaines d'ouvriers et d'étudiants allemands réunis à l'université de la Ruhr à Bochum. En décembre dernier, Rogovin qui est docteur en philosophie et chercheur émérite de l'institut sociologique de l'académie des sciences russe, effectuait une tournée organisée par le Bund Sozialistischer Arbeiter (BSA), la section allemande du Comité International de la Quatrième Internationale. En plus de cette conférence, il a traité le même sujet devant 400 personnes à l'université Humboldt à Berlin. Il a également participé à un colloque universitaire sur les procès de Moscou, en plus d'accorder des interviews à la radio la plus importante de la ville et à deux quotidiens berlinois.

Auteur de plus de 250 articles scientifiques, Vadim Rogovin est une sommité mondiale dans le domaine de l'opposition socialiste au stalinisme en Union Soviétique. Actuellement, il complète une histoire en six volumes sur ce sujet. Tout au long de sa carrière universitaire, il s'est opposé au stalinisme sur la base du marxisme.

Aujourd'hui, alors que bien des gens parlent de l'effondrement du socialisme, on est en droit de s'interroger: qu'est ce qui s'est vraiment effondré avec les régimes au pouvoir en Union Soviétique et dans les autres pays dits socialistes ? Quels sont en fait les buts du socialisme, et en quoi ont-ils été réalisés dans ces pays ? Enfin, pourquoi le socialisme a-t-il été trahi à deux reprises, d'abord par Staline et les staliniens, puis par Gorbatchev et sa clique ? socialisme

En posant ces questions, nous arrivons à la conclusion que le but du, c'est d'instaurer l'égalité sociale entre tous. Ce n'est pas un hasard si l'opinion publique officielle a toujours évalué les conditions de ces pays où la propriété des moyens de production a été nationalisée en partant du point de vue que les principes de l'égalité sociale étaient défendus. Ainsi, nombre d'exemples intéressants existent à ce sujet.

Un de mes collègues voyageant fréquemment en Espagne m'a raconté l'anecdote suivante: récemment, la télévision espagnole diffusait une entrevue effectuée avec une chanteuse cubaine et dissidente bien connue. Les larmes aux yeux, elle dénonçait l'existence de privilèges à Cuba. Elle rapportait que les bureaucrates du parti avaient droit à une chambre privée en cas d'hospitalisation, donc qu'ils jouissaient de privilèges. Les auditeurs ne pouvaient donc penser que: « Quels privilèges ils ont à Cuba ! » Pourtant, personne ne fit attention au fait que le même jour, un quotidien madrilène rapportait que le président d'une importante société à capital-action se trouvait dans l'impossibilité de participer à une réunion des actionnaires parce qu'il avait pris un avion privé pour aller consulter son médecin aux États-Unis. Cet événement ne provoqua pas de réaction en particulier puisque, après tout, qui pourrait s'attendre à une quelconque égalité ou justice sociale sous le capitalisme ?

Bien que ce type de faits ait souvent été utilisé à des fins démagogiques, les gens ordinaires, empreints d'éthique et de conscience sociale, ont toujours perçu l'existence de privilèges en Union Soviétique et dans les autres pays dits socialistes comme quelque chose qui ternissait l'image qu'ils se faisaient du socialisme ou des idéaux représentés par cette idéologie.

Le marxisme et l'égalité sociale

Les marxistes ont toujours soulevé la question de l'égalité sociale et tenté de la résoudre, tant en pratique que sur le plan de la théorie. Par exemple, dans leur évaluation de la Commune de Paris, Marx et Engels considéraient comme extrêmement important le fait que le salaire de ses dirigeants ne pouvait être supérieur à celui d'un ouvrier. Ils voyaient là une façon efficace d'empêcher l'État ouvrier de passer de son rôle original d'instrument au service de la société en une institution au-dessus de cette dernière. Lénine développa cette idée dans L'État et la révolution. Dans cet ouvrage, il écrit que les masses aspirent à un gouvernement peu onéreux, garant d'un coût de la vie bas et de salaires équitables. En principe, un tel gouvernement ne peut exister sous le capitalisme.

Lénine dénonçait le fait qu'il y avait une tendance au sein de la Deuxième Internationale qui passait sous silence ces idées en les décrivant comme de simples conceptions naïves déplacées pour l'époque, une attitude s'apparentant un peu à celles des idéologues de la chrétienté qui, après la transformation de l'Église en une institution d'État, oublièrent que le christianisme fut à l'origine révolutionnaire.

Un peu après la révolution d'Octobre, de nombreuses mesures furent adoptées afin de réduire les différences sociales entre différents groupes spécifiques. Ainsi, pour éviter l'apparition de privilèges parmi les fonctionnaires, on instaura un « salaire maximum de parti » qui fixait une limite supérieure infranchissable de revenu pour tous les responsables du parti. Dans les années 20 par exemple, la norme suivante était appliquée: un dirigeant d'usine membre du parti recevait 300 roubles pour son travail, tandis que celui qui n'était pas membre pouvait recevoir jusqu'à 500 roubles. À cette époque, un travailleur qui occupait pendant un temps la position de secrétaire municipal du parti, retournait par la suite occuper le même poste qu'il occupait à l'usine avant son mandat. De plus, cette situation ne survenait pas suite à une faute commise, mais constituait en fait une transition tout à fait normale. Tout cela changea cependant en 1923, lorsque Lénine fut retiré de sa position dirigeante pour cause de maladie. La bureaucratie qui progressait s'employa alors à se garantir des privilèges bien définis.

L'Opposition de gauche contre Staline

Ce n'est pas un hasard si de nombreux vieux bolcheviks formèrent l'Opposition de gauche dès 1923. Dès le début, elle signala le danger associé au développement de méthodes bureaucratiques au sein du parti et de l'État ouvriers. Dans le conflit qui se dessinait alors entre la faction dirigeante et l'Opposition de gauche, très peu de choses furent dites et écrites à l'époque quant à la question des privilèges. Mais l'essence sociale de la lutte aiguë faisant rage entre les deux factions ne peut être comprise qu'à la lumière des positions opposées prises quant à l'égalité et la justice sociale.

L'un des dirigeants de l'Opposition à l'époque, Zinoviev, dans un long article écrit en 1925, déclara dans un bref commentaire que la classe ouvrière aspirait à l'égalité sociale. En cela, Zinoviev ne s'opposait nullement au principe des différences salariales entre les ouvriers qualifiés et non. Pourtant, Staline fit de ce minuscule passage le noyau de son rapport au XIVe congrès du parti. Il soutenait que Zinoviev rejetait ainsi la thèse mise de l'avant dans la Critique du programme de Gotha par Marx qui écrivait que, dans la période transitoire entre le socialisme et le communisme, les différences de salaire continueraient d'exister. Staline accusa l'Opposition de s'en prendre aux salaires des ouvriers qualifiés comme à ceux durement gagnés par les paysans. En fait, en se servant de ces paroles démagogiques, Staline cherchait à défendre les privilèges que les bureaucrates avaient commencé à accumuler.

En faisant un retour sur le passé, Trotsky signala que les partisans de Staline, tout comme ceux de l'Opposition de gauche d'ailleurs, provenaient du même milieu social. Mais les partisans de l'Opposition s'étaient résolument détournés de leurs intérêts sociaux pour défendre les intérêts des nouveaux sans-culottes.

Victorieux contre l'Opposition de gauche, Staline introduisit des transformations décisives dans l'idéologie du parti. Il mit de l'avant la thèse selon laquelle le but principal du socialisme était la rémunération selon la performance. Dans leur tentative pour élaborer sur le contenu de ce principe, pas un seul expert économique soviétique ne parvint à expliquer comment on pouvait comparer le travail d'un mineur avec celui d'un médecin, ou encore les activités d'une ballerine avec celle d'un ouvrier sidérurgiste.

Après la mort de Staline, malgré les critiques de son règne politique, pas un seul de ses successeurs ne remit en question ce principe. Tous étaient farouchement opposés à ce qu'ils appelaient le « nivellement ». En fait, le principe de la rémunération selon la performance est tout ce qu'il y a de plus bourgeois. Il n'a de sens d'ailleurs que s'il est interprété de façon libérale: chacun doit être payé selon son rendement au travail dans un contexte de libre marché basé sur l'offre et la demande. Or, la conséquence immédiate de tels principes d'économie de marché ne peut évidemment être que le développement de plus grandes inégalités encore. La fonction de l'État bourgeois est justement de maintenir cette inégalité.

Marx et Lénine prévoyaient que tout État issu d'une révolution socialiste revêtirait un caractère double: un côté socialiste où la propriété collective serait protégée contre la restauration capitaliste, et un côté bourgeois dans la mesure où l'État serait obligé de maintenir pendant un certain temps, certains privilèges pour une minorité, et ainsi présider par défaut sur une certaine inégalité. Ils caractérisaient d'ailleurs cet État transitoire comme un État ouvrier « bourgeois », même si la bourgeoisie y avait été éradiquée. Selon la doctrine marxiste, l'inégalité disparaît au fur et à mesure que la société évolue vers le socialisme et par conséquent, l'État aussi disparaît graduellement.

Or, depuis le milieu des années 20, la situation en Union Soviétique s'est développée en direction opposée. En effet: la bureaucratie dirigeante a d'abord exclu les travailleurs de toute possibilité de participation dans la distribution des biens matériels. Ensuite, elle s'est transformé en une puissante caste détenant tout le contrôle de la distribution. Vers le milieu des années 30, la disproportion des inégalités et le mépris de la justice sociale en Union Soviétique atteignaient ainsi des niveaux beaucoup plus élevés que dans les pays capitalistes avancés.

Lorsque nous parlons de privilèges en Union Soviétique, n'oublions pas que, dans les années 20 et 30, le pays était extrêmement pauvre et arriéré. Ces privilèges pourraient nous apparaître comme minimes si on les compare avec ce qui existe en Allemagne actuellement. Mais dans la conscience du citoyen moyen, ils revêtaient beaucoup d'importance. Une nouvelle tendance s'était ainsi développé dans la société. Alors qu'auparavant les gens riches avaient en quelque sorte un peu honte de leur richesse, ils en étaient maintenant fiers. Par exemple, dans sa biographie, Nadezhda Mandelstam, la femme du célèbre poète soviétique Ossip Mandelstam, écrivait: « Pour nous, un morceau de pain était souvent perçu comme un privilège ». Elle rapporte le cas d'un jeune homme rencontré dans un poste de distribution où les privilégiés recevaient des rations alimentaires spéciales. Tout en mangeant un steak réservé pour son beau-père, le jeune homme commentait: « C'est tellement bon et c'est tellement agréable, simplement parce que je sais que personne d'autre n'en aura ».

L'auteur signale également que la même situation prévalait pour la distribution des médicaments, les meilleurs remèdes étant réservés à l'élite sociale. Alors qu'elle fit une fois des remontrances à un fonctionnaire retraité, ce dernier lui rétorqua sur un ton étonné: « Pour qui me prenez-vous, une ménagère ? ». Selon elle, il s'agissait d'un homme en fait très correct et généreux, mais ce type d'attitude était devenu très répandu au plus fort de l'opposition au nivellement.

Pour tenter de briser son isolement, la bureaucratie a laissé d'autres sections de la population partager ses privilèges: l'aristocratie ouvrière et des kolkhozes (fermes collectives), et surtout les couches supérieures de l'intelligentsia. Cet octroi de privilèges ne pouvait se faire sans susciter une résistance parmi une bonne section du parti communiste. À ce propos, Trotsky disait: « Au pays de la révolution d'Octobre, on ne peut propager les inégalités sans faire appel à des mesures toujours plus sévères de répression ».

Trotsky a fait le lien entre le caractère totalitaire de l'État et son recours à la terreur de masse d'un côté, avec la poussée de la bureaucratie pour s'octroyer des privilèges et les conserver de l'autre. La bureaucratie ne pouvait en effet laisser les protestations sociales déborder et se transformer en lutte de classes ouverte.

L'Union Soviétique après la mort de Staline

Après la mort de Staline, le développement social de l'Union soviétique ne s'est pas poursuivi en ligne droite. Après la perte du principal levier de son pouvoir totalitaire, la bureaucratie fut forcée de faire quelques concessions en réaction aux luttes de masse pour plus d'égalité. Ainsi, immédiatement après le décès de Staline, divers programmes sociaux et réformes sociales furent introduits afin d'améliorer la situation des couches de la population les moins bien payées et les plus pauvres. Dans la décennie qui suivit, le niveau de vie de ces dernières s'améliora, tandis que la situation de la bureaucratie dirigeante, de même que celle des sections les plus aisées de l'intelligentsia connut une relative dégradation.

Le conflit masqué entre l'intelligentsia et la bureaucratie qui éclata au grand jour à partir des années 60 et 70, découlait de ces développements. L'expression externe du conflit se traduisit par la dissidence et l'émigration. À l'origine du conflit, il y avait certes la lutte de l'intelligentsia pour acquérir une plus grande liberté intellectuelle et de pensée, de même que son désir d'acquérir plus de pouvoir, mais également une réaction à la perte des privilèges et des avantages matériels dont cette couche bénéficiait sous Staline. Elle réagit à la perte de ses privilèges de la même façon que la bureaucratie, c'est-à-dire en devenant de plus en plus corrompue.

Malgré l'amélioration générale du niveau de vie au cours des années 60, les conditions sociales pouvaient toujours être décrites en reprenant les mots mêmes même de Trotsky: « Bien qu'on ne puisse parler d'exploitation au sens propre du terme, les conditions de vie des travailleurs soviétiques sont pires que celles de leurs frères opprimés des pays capitalistes. N'étant pas directement propriétaire, la bureaucratie ne représente pas une classe propriétaire au sens propre du terme. Toutefois, elle n'en possède pas moins tous les attributs négatifs. »

Dans la conscience des masses populaires, la formation de profondes différences sociales dévaluait les grands accomplissements sociaux de la révolution d'Octobre qu'étaient la socialisation des moyens de production et de la terre. Aux yeux des travailleurs et de la paysannerie, la bureaucratie discréditait le socialisme, les poussant même jusqu'à un certain point à rechercher une autre solution que le socialisme.

Trotsky a démontré que la contradiction entre les formes de propriété et les formes de distribution ne pouvait se développer indéfiniment. Elle devait être résolue d'une manière ou d'une autre. Ou bien les formes de distribution devaient être adaptées aux relations de propriété socialistes, c'est-à-dire en devenant plus égalitaires, où bien le principe bourgeois allait dépasser le stade de la distribution et détruire ces formes de propriété.

À partir de cette thèse, Trotsky développa plusieurs pronostics comportant deux variantes principales, l'une révolutionnaire, l'autre contre-révolutionnaire. Malheureusement cette dernière l'emporta, et d'une façon sensiblement apparentée à ce que Trotsky avait prévu, bien que beaucoup plus lentement. (Si les pronostics les plus brillants se réalisaient à la lettre, c'est-à-dire exactement comme leur auteur les avait imaginés, on parlerait de prophétie et l'histoire revêtirait un caractère mystique.)

Les conséquences de la perestroïka

Comme Trotsky avait prévu, les premières convulsions sérieuses liées aux antagonismes sociaux remontèrent à la surface. Lors des premières années de la perestroïka, rien n'indiquait que les choses se termineraient par une restauration du capitalisme. Bien au contraire, puisque Gorbatchev appela, de 1985 à 1987, à plus de socialisme et à la restauration de la vision léniniste du bolchevisme. Dans ce contexte, il est intéressant de noter que le seul politicien d'importance à attaquer Gorbatchev par la gauche était Eltsine. Bien que vous êtes tous bien familiers avec l'actuel Eltsine, il est intéressant de revoir quelques uns de ces propos politiques d'autrefois.

D'abord, en 1986, lors du congrès du parti, Eltsine cita avec enthousiasme et approbation une citation de Lénine: « L'inégalité sociale détruit la démocratie, mène à la déchéance du parti et salit sa réputation ». Puis trois ans plus tard, il pose cette question rhétorique au parlement: « Pourquoi est-ce que des millions de citoyens vivent sous le seuil de la pauvreté, tandis que d'autres vivent littéralement comme des seigneurs et se vautrent dans le luxe ? ». Dans son livre publié en 1991, on peut lire le passage suivant: « Je ne peux manger de caviar en sachant que mes voisins ne peuvent même pas acheter du lait pour leurs enfants. J'ai honte d'utiliser des remèdes onéreux alors que je sais que beaucoup de mes concitoyens ne peuvent pas même s'offrir de l'aspirine ». Enfin, en campagne électorale, il promit que ses politiques allaient avant tout bénéficier à ceux dont le revenu se situait sous la moyenne. Ce n'est que grâce à ce slogan faisant appel au sens populaire de la justice que Eltsine a pu prendre le pouvoir.

Depuis 1988, le développement de la perestroïka a confirmé que le démantèlement des fondements socialistes de la société culminerait avec l'établissement de l'ordre capitaliste, ou plus précisément, du chaos capitaliste. Ce processus s'est accompagné par un déclin catastrophique de la culture et de l'économie.

Le monde est devenu plus petit depuis 1917. C'est pourquoi le capitalisme qui se développe actuellement en Russie ne pourra être une réédition du capitalisme qui prévalait avant la révolution. De nos jours, le capital financier international est incomparablement plus puissant. Pour cette raison, la seule possibilité qui s'offre à la Russie est d'être réduite au rang d'État à demi colonial et exploité. Engagés dans cette tâche, les partisans de la restauration capitaliste ne pourront parvenir à leur fin qu'après des années de guerre civile et de pillage de l'État érigé par pouvoir soviétique.

Les conditions qui prévalent en Russie depuis les cinq dernières années sont bien décrites par une expression populaire qui est justement utilisée pour décrire la situation actuelle: la « guerre civile rampante ». Or, cette guerre civile rampante éclate régulièrement en conflit armé. Citons comme exemples l'assaut contre le parlement en 1993, ou encore la guerre qui se poursuit en Tchétchénie, malgré toutes les promesses des cercles dirigeants. Pour ce qui est de la dévastation économique survenue en Russie et dans les anciennes républiques de l'Union Soviétique depuis les cinq dernières années, jamais l'histoire n'a enregistré autant de destruction de forces productives en temps de paix dans un pays. On note d'ailleurs une certaine continuité entre l'ancien régime et l'actuel. Ce dernier a en effet conservé les mauvais côtés de l'ancien régime soviétique et les a amplifié au contact des pires aspects de la société capitaliste.

Trotsky disait: « Le revenu secret de la bureaucratie équivaut au vol légalisé, et en plus de ce dernier, il y a le vol supplémentaire et illégal sur lequel Staline [ et aujourd'hui Eltsine ] ferme les yeux, les voleurs constituant son meilleur appui social ». La bureaucratie au pouvoir ne peut réagir qu'en faisant appel au vol systématique. Elle crée ainsi un système de gangstérisme bureaucratique.

L'importance mondiale de la révolution d'Octobre

Lorsque l'on songe au destin tragique de notre pays, on peut affirmer sans risque de se tromper que la révolution d'Octobre a plus profité aux travailleurs des autres pays qu'à ceux de l'Union soviétique. La menace socialiste a en effet forcé les pays capitalistes à faire d'importantes concessions sociales à la classe ouvrière. L'intervention de l'État au niveau des relations de production, de distribution et d'échange pour la résolution des problèmes sociaux est une loi générale de ce siècle dont le capitalisme actuel doit encore tenir compte.

Tous les États bourgeois ont du en effet imposer une certaine restriction à leur liberté capitaliste pendant la deuxième partie du XXe siècle, qu'il s'agisse de l'imposition d'un salaire minimum ou de garanties cédées aux travailleurs des pays capitalistes avancés. Pendant des décennies, une redistribution active s'est ainsi déroulée. D'un côté, le développement de programmes sociaux pour les moins nantis, de l'autre, un contrôle serré des revenus permettant une politique d'imposition rigide. Ces mesures ont non seulement transformé la situation sociale, mais également économique. Elles ont permis d'accroître la demande dans la population et ont ainsi dissimulé la tendance à la surproduction présente dans les pays capitalistes développés.

Néanmoins, le capitalisme n'est pas parvenu à abolir l'inégalité sociale. Cette inégalité est présente dans tous les pays, tant développés qu'en voie de développement, ou, pour reprendre la terminologie actuelle, tant dans le Nord que dans le Sud. Il est important de noter que l'éclatement de l'Union Soviétique en une série d'États de moindre importance, a précédé la destruction de l'État providence au sein des pays capitalistes avancés. La bourgeoisie tente ainsi d'éliminer des gains sociaux ayant nécessité des décennies de luttes.

Parallèlement, j'aimerais souligner qu'aucune voie socialiste véritable n'a été mise de l'avant jusqu'à maintenant par aucun des pays qui se sont caractérisés comme « socialiste » L'alternative socialiste développée par l'Opposition de gauche pendant les années 20 et 30, était axée sur la lutte contre les inégalités par le biais de mesures économiques strictes qui, avec le développement accru de la société, assureraient que les différents groupes sociaux deviennent de plus en plus égaux. Tant que la contradiction entre les privilégiés et les pauvres existera en ce monde, il y aura une base pour le développement de nouveaux mouvements sociaux et politiques de ce type. Leur succès dépendra de l'assimilation des expériences, tant négatives que positives, de la construction socialiste.