Des protestations de masse en Espagne pour marquer l’anniversaire des indignados

Par Alejandro López
15 mai 2012

Le défilé samedi dernier à Grenade [Photo: Alejandro Garcia Montoro]

Des centaines de milliers de personnes ont participé samedi dans des manifestations de masse dans plus de 80 villes partout en Espagne pour marquer le premier anniversaire du mouvement du 15-M ou des indignados (indignés).

Il y a un an, des milliers de jeunes avaient occupé les places publiques de 162 villes partout en Espagne pour protester contre le chômage, la corruption du système politique et les mesures d’austérité du gouvernement, imposées par le Parti socialiste espagnol (PSOE). Depuis cette date, les conditions de vie n’ont fait qu’empirer.

Durant les trois premiers mois de l’année, 365.900 personnes ont perdu leur emploi. Le chômage est à présent à 24,4 pour cent de la population active. Le chômage des jeunes a atteint 50 pour cent, chiffre le plus élevé des 17 pays de la zone euro.

L’actuel gouvernement droitier du Parti populaire (Partido Popular, PP) a jusqu'ici imposé des mesures d’austérité totalisant 50 milliards d’euros (64 milliards de dollars), une « réforme » du travail facilitant les licenciements et une augmentation de la TVA. Les gouvernements régionaux ont poursuivi l’offensive contre les soins de santé et l’éducation.

 

Une autre manifestation samedi [Photo: Pollobarba]

La semaine passée le gouvernement a annoncé la nationalisation partielle de la quatrième plus grande banque du pays qui détient 32 milliards d’euros en actifs immobiliers dépréciés. Il a aussi déclaré vouloir réaliser des audits de toutes les banques d’Espagne dans une tentative de rétablir la confiance et d’éviter un éventuel effondrement.

Dans ces conditions, le gouvernement a mobilisé 2.000 policiers anti-émeute rien qu’à Madrid pour empêcher que les manifestants n’installent des campements comme ils l’avaient fait l’année dernière.

A Madrid, des dizaines de milliers de personnes ont défilé en provenance de différents quartiers pour converger vers le centre ville. Certaines contingents de manifestants avaient commencé à défiler la veille à partir des banlieues de la capitale. Aucun chiffre exact n’est connu. Le gouvernement régional a parlé de 30.000 manifestants, mais la place principale, la Puerta del Sol, qui peut en contenir 40.000 était pleine à craquer. Les rues adjacentes étaient bondées aussi.

Selon le journal Diagonal:

Les quatre blocs [de manifestants] de la manifestation de Madrid ont dû avancer d’une heure l’heure d’arrivée à la Puerta del Sol afin de faire de la place pour les gens qui attendaient sur les places d’Atocha, San Bernardo, Cibeles et Ópera. La manifestation à la Puerta del Sol a duré jusqu’aux premières heures de la matinée. »

Les protestataires ont occupé la Puerta del Sol et ont ignoré l’heure limite fixée à minuit pour se disperser en scandant « Non, non, non, ils ne nous représentent pas. »

Ce n'est que vers 5 heures du matin dimanche, une fois la grande majorité partie, que la police a violemment dispersé les manifestants restants, en interpellant 18 personnes. On pouvait entendre des cris contre la police disant, « Maintenant ils sont bleus, avant ils étaient gris. » En faisant référence à la Police nationale armée créée par le régime fasciste du général Francisco Franco.

A Barcelone, la police régionale a estimé à 45.000 le nombre de participants à la manifestation. Toutefois, selon Directa il y en avait au moins 136.000 et un maximum de 155.000 manifestants.

Les slogans entendus le plus fréquemment étaient dirigés contre les banques, la monarchie, la répression policière et les coupes dans les soins de santé et l’éducation. Il y avait aussi des slogans pour la libération de la syndicaliste Laura Gómez, emprisonnée pour avoir organisé un mouvement de grève durant la dernière grève générale.

On n'a pas vu les drapeaux habituels des syndicats, des partis politiques et le drapeau national de Catalogne. De nombreux manifestants brandissaient des banderoles faites à la main telles, « Mettons fin à cette dictature, » « Sauvetage de Bankia ? Pas avec mon argent, » « Ils ne nous représentent pas, » et « Les banquiers sur le banc de touche ».

A Valence, où la maire, Rita Barberá, avait donné l’ordre à la police de boucler la place principale devant la mairie pour empêcher qu’elle soit prise par les manifestants, 20.000 personnes sont descendues dans la rue. Des protestations identiques ont eu lieu à Séville, à Malaga, Cordoue, Alicante et à Valladolid où des milliers ont manifesté.

(Article original paru le 14 mai 2012)