L'armée syrienne et les milices d'opposition soutenues par les Etats-Unis se livrent des combats à Alep

Par Alex Lantier
10 août 2012

Les combats se sont poursuivis, le 8 août, entre les milices hostiles au président syrien Bashar al-Assad et l'armée syrienne à Alep, proche de la frontière turque, dans la guerre par procuration menée en Syrie par les Etats-Unis et qui s'intensifie.

Des journalistes occidentaux en reportage avec l'ASL (Armée syrienne libre) soutenue par les Etats-Unis ont dit que les Forces armées syriennes bombardaient toutes les cinq minutes les principaux quartiers de la ville d'Alep tenus par les forces « rebelles ». On rapporte que des unités de chars de l'armée syrienne stationnées au sud-est d'Alep bombardaient le quartier à majorité sunnite de Salaheddin et celui voisin de Seif al-Dawla. Des informations font également état de combats dans les quartiers de Hanano, Hamdaniyeh et Al Bab dans le nord-est d'Alep.

Le correspondant de CNN à Alep, Ben Edeman, a toutefois dit que les gens vaquaient à leurs occupations quotidiennes dans une grande partie du reste de la ville.

Alep, la capitale commerciale de la Syrie et la plus grande ville du nord du pays, est devenue un champ de bataille décisif dans la guerre menée par les Etats-Unis pour renverser Assad. Washington et ses alliés – la monarchie saoudienne et celle du Qatar, la Turquie et les puissances européennes de l'Otan – inondent la région d'armes et coordonnent les opérations « rebelles » depuis un centre stratégique près d'Adana en Turquie, le site de la base américaine d'Incirlik. Les informations sont nombreuses, y compris dans les médias occidentaux, selon lesquelles les « rebelles » sont soutenus par Al-Qaïda. Le Tehran Times a écrit que l'armée syrienne avait capturé 200 combattants anti-Assad, dont 70 combattants étrangers.

Ces informations soulignent le caractère droitier de la guerre par procuration des Etats-Unis en Syrie. Les forces anti-Assad, en grande partie des Islamistes sunnites originaires de Syrie ou acheminés via la Turquie depuis d'autres pays du Moyen-Orient, dépendent pour surmonter leur manque de soutien dans la population, de la direction opérationnelle, des armes, de l'argent et de la pression diplomatique des puissances impérialistes

Ecrivant depuis Alep, Tomas Avenarius du quotidien allemand Sueddeutsche Zeitung a dit vendredi dernier « Je suis sceptique quand j'entends les rebelles affirmer qu'ils contrôlent la moitié de la ville… Le truc utilisé par les rebelles est de se déplacer dans la ville et ensuite d'affirmer qu'ils ont en libéré une bonne partie. Mais cela ne veut pas dire que l'armée du régime ne revient pas. »

« L'ASL a, comparé au régime, beaucoup moins de troupes…Tout Alep ne brûle pas. Certains quartiers voient des combats féroces et sont bombardés en permanence. Il y a aussi des quartiers qui sont encore tranquilles, où on voit encore des gens dans un environnement normal, » poursuit-il.

Avenarius note la base sectaire des combats et la capacité des forces « rebelles » de contrôler certains districts d'Alep. « Il y a eu des rumeurs selon lesquelles les rebelles voulaient aussi s'attaquer à un quartier chrétien, pas les Chrétiens mais les soldats loyalistes qui y sont stationnés. Si cela se produisait, je crois que les combats deviendraient bien plus durs. Beaucoup de chrétiens se sentent menacés et ne soutiendraient pas automatiquement les rebelles. Dans les quartiers sunnites, les gens ne soutiennent pas activement les rebelles, mais beaucoup de gens sympathisent avec eux. Dans les quartiers chrétiens ce serait une autre histoire. »

La guerre civile fomentée par les Etats-Unis et leurs alliés en Syrie déstabilise tout le Moyen Orient et menace de causer une guerre régionale sur base de sectarisme.

Le 8 août, le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, est arrivé à Ankara pour négocier la libération de 48 Iraniens capturés la semaine dernière près de Damas par les forces « rebelles » sunnites. L'Iran affirme qu'il s'agissait d'un groupe de pèlerins chiites comprenant des femmes et des enfants et visitant un lieu saint chiite. Mais les forces anti-Assad affirment qu'il s'agissait de soldats iraniens soutenant Assad, un allié de l'Iran et un disciple de la religion alaouite, une branche de l'islam chiite.

Tandis que la Turquie menace d'envahir la Syrie pour écraser des forces kurdes dans le nord-est de la Syrie, l'Iran a déjà averti lui, de ce qu'une telle attaque rendrait active l'alliance de la Syrie avec l'Iran – une menace implicite de guerre entre l'Iran et la Turquie, un membre de l'Otan.

La Turquie a aussi placé sept zones de la province de Hakkari dans le sud-est du pays sous régime militaire à la suite d'attaques dont elle a rendu responsables des combattants kurdes. Il n'est pas permis aux citoyens turcs de pénétrer dans cette zone pour une durée de deux mois, jusqu'au 6 octobre. Des attaques turques ont déjà causé plus de 115 morts dans la région. (Voir : La Turquie attaque les Kurdes et menace d'attaquer militairement la Syrie )

Le ministre iranien des Affaires étrangères a également envoyé une note diplomatique à Washington disant que « étant donné leur soutien ouvert pour des groupes terroristes syriens » les Etats-Unis étaient responsables de la sécurité des prisonniers iraniens.

Commentant des informations selon lesquelles trois des otages iraniens avaient été tués, le porte parole du parlement iranien, Ali Larijani, a dit que si on faisait du mal aux otages iraniens « la nation iranienne n'ignorerait pas ces crimes ». Il a dit que ceux qui avaient capturé les otages recevraient une réponse de l'Iran « en temps voulu ».

Il y eut aussi des protestations au Liban exigeant la libération de onze otage libanais prisonniers de groupes anti-Assad en Syrie. Les familles des otages bloquèrent l'autoroute conduisant à l'aéroport de Beyrouth lundi soir pour faire pression sur le gouvernement pour que celui-ci obtienne leur libération. Le président libanais Michel Sleiman a dit qu'il avait contacté les autorités turques et celles du Qatar pour assurer la libération des otages.

Il devient de plus en plus évident que l'intervention américaine en Syrie, menée sous le prétexte de défendre des civils syriens contre l'armée est une opération impérialiste brutale menaçant de plonger la région tout entière dans la guerre et la guerre civile. On peut se faire une idée des plans discutés dans les milieux impérialistes dans un article du journal libanais Daily Star écrit par le journaliste et commentateur du Moyen-orient, Dilip Hiro.

L'article intitulé « Une partition est une option viable pour la Syrie » note que « les Alaouites syriens savent que si le régime d'Assad s'écroule, ils seraient massacrés par les vainqueurs sunnites. » Il ajoute : « beaucoup ne voient pas d'autre alternative qu'une lutte pour la survie. »

Hiro écrit que par conséquent « la coalition des multiples groupes anti-Assad, unis seulement par leur haine du régime dominé par les Alaouites, ne pourrait pas faire face aux suites d'un effondrement de l'Etat baasiste centralisé. »

Bien qu'il reconnaisse que « la partition de l'Inde britannique s'est accompagnée d'environ 1,5 millions de morts et du déplacement de quelque 12 millions de personnes au delà de la nouvelle frontière internationale, Hiro présente néanmoins un tel destin pour la Syrie comme une chose positive. « La partition de l'Inde britannique en 1947 et la création de l'Inde et du Pakistan » écrit-il « a amenuisé considérablement la violence communaliste. Et la Syrie pourrait elle aussi être sur la voie d'une solution via la partition… On peut aboutir à la fin d'un tel conflit en découpant un Etat Alaouite calé entre le Liban et la Turquie. Cela pourrait comprendre des échanges de population dans la violence comme cela fut la cas dans l'Inde britannique en 1947. »

(Article original publié le 8 août 2012)