L’affaire Cahuzac révèle la faillite de la « gauche » petite-bourgeoise française

Par Anthony Torres
10 avril 2013

La fraude fiscale organisée par l’ancien ministre du budget Jérôme Cahuzac, qui a déstabilisé le Parti socialiste (PS) et le président François Hollande, touche l’ensemble de la classe politique en France. 

Cahuzac aurait ouvert un compte caché en 1992, avec l’aide de son ami et avocat Philippe Péninque, un proche conseiller de Marine Le Pen, la dirigeante du Front National (FN) néo-fasciste. Pendant plus de vingt ans, il aurait entretenu des liens personnels et d’affaires avec des membres d’un groupe d’extrême-droite, le Groupe Union Défense (GUD). Cette affaire a exposé au grand jour l’hypocrisie avec laquelle le PS prétend être un parti « socialiste », tout en menant une politique de droite réactionnaire d’austérité contre les travailleurs. 

Cette affaire montre aussi la faillite politique des partis petit-bourgeois comme le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et le Front de Gauche, qui ont appelé à voter pour Hollande et pour le PS aux élections de l’année dernière. Composées de couches sociales aisées issues des milieux universitaires et estudiantins, de la bureaucratie syndicale, et des classes professionnelles, elles sont intégrées dans un milieu social corrompu dépendant politiquement et financièrement du PS. 

Le NPA s’est contenté de commenter l’affaire par 2 communiqués de 3 paragraphes chacun. Il appelle à un rassemblement de la « vraie gauche pour empêcher la réforme du marché du travail », pour une « démocratie réelle » et contre le « cynisme du pouvoir ». 

C’est-à-dire que la réponse du NPA à l’affaire Cahuzac serait une énième mobilisation contrôlée par la bureaucratie syndicale, qui a négocié l’austérité avec Hollande et Cahuzac, et soutenue par les partis petit-bourgeois. Le fait que les quatre milliards d’euros de frais annuels de cette même bureaucratie syndicale sont à 95 pour cent payés par les employeurs et par l’Etat, selon le rapport Perruchot, souligne la fraude politique de pareilles manœuvres. 

Elles n’ont comme but que donner une fausse crédibilité à une élite politique hostile aux travailleurs, et ainsi d’empêcher le développement d’une lutte de la classe ouvrière contre le capitalisme. Elles n’ont d’ailleurs stoppé aucune des réformes réactionnaires menées contre les retraites et les acquis sociaux en France et à travers l’Europe depuis la crise de l’euro. 

Si le NPA avoue implicitement que le PS ne fait pas partie de la « vraie gauche », la question qui en découle est : pourquoi les travailleurs devraient-ils croire que le NPA, qui a appelé à voter pour le PS, veut une « démocratie réelle » et se trouve, comme l’indique son slogan, « 100 pour cent à gauche » ? Il serait plus honnête de la part du NPA d’inscrire sur ses banderoles aux prochaines mobilisations sociales, « Nous sommes tous la fausse gauche ». 

Ainsi, Lutte Ouvrière (LO) a réagi à l’affaire Cahuzac par un communiqué, disant à propos des politiciens de gauche qui s’offusquent de l’existence du compte de Cahuzac : « Quelle hypocrisie ! Que font-ils d’autre, tous autant qu’ils sont, que de mentir à longueur de journée, de se faire élire sur des mensonges, d’agir sur des mensonges ! « La gauche s’est fait élire en promettant de défendre le monde du travail : mensonge ! Elle a fait semblant de s’offusquer des entreprises qui ferment : mensonge ! Elle vote des lois favorables au patronat, en prétendant que c’est pour le bien du peuple : mensonge encore ! ». 

LO dénonce certains mensonges du PS, mais se garde bien de regarder son propre rôle. LO a fait des alliances avec ces « menteurs », le plus récemment lors de l’élection municipale de 2008. En 2012, le candidat LO Nathalie Arthaud a indiqué qu’elle ne donnait pas une consigne à ses électeurs de ne pas voter Hollande au second tour de la présidentielle, aidant ainsi à rabattre ses électeurs vers un vote pour le PS. 

Après la victoire de François Hollande, une succession de fermetures d’usines ont été annoncées notamment chez Peugeot. Jean Pierre Mercier, porte parole de LO et représentant de la CGT, négocie actuellement les primes de licenciement pour les travailleurs de PSA Aulnay. Il n’a jamais cherché à mobiliser la classe ouvrière dans une lutte politique contre le PS, en s’appuyant sur la lutte des travailleurs de PSA. 

Ce même parti s’est fendu d’un article s’insurgeant contre la justice qui a annulé le licenciement d’une employée d’une crèche de Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines. Ce parti se joint avec à la campagne anti-islamique organisée depuis le début des années 2000 avec comme faux prétexte de défendre la laïcité, au mépris des droits démocratiques et sociaux de la classe ouvrière. 

Pour canaliser la colère des travailleurs suite à l’affaire Cahuzac, le chef du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon a appelé à une mobilisation pour une Sixième République. Il a dit : « La chaîne du mensonge commence au Parti socialiste et finit au Front national, c'est absolument invraisemblable! »

En fait, la carrière de Jean-Luc Mélenchon illustre le plus clairement comment un système de vases communicants relie la gauche petite-bourgeoise, le PS, et l’extrême-droite.

Il a commencé sa carrière dans le parti lambertiste, actuellement nommé le Parti Ouvrier Indépendant (POI) – qui n’a jusqu’ici rien écrit sur l’affaire Cahuzac. Il a intégré le PS en 1977, la même année que Cahuzac, alors que la bourgeoisie manœuvrait pour installer le PS au pouvoir et étouffer la vague de luttes ouvrières d’après 1968. C’est en 1984, après le « tournant de la rigueur » opéré par le Président François Mitterrand, du PS, que Mélenchon prit plus d’importance au sein du PS, devenant sénateur.

Mélenchon raconte avoir été admiratif lorsqu’il a entendu pour la première fois un discours de Mitterrand : « Il a parlé du bonheur, il a parlé de la politique de façon charnelle, il parlait de la beauté de la neige. Ça m'a délivré. Nous, nous n'osions jamais dire 'je'. ».

Mélenchon idolâtre un homme qui fut dans sa jeunesse membre du groupe d’extrême-droite la Cagoule, puis fonctionnaire sous Vichy, et qui garda durant toute sa vie des liens étroits avec ses amis issus des mouvements fascistes—notamment le milliardaire André Bettencourt.

Pendant tout le temps où Mélenchon a été au PS, ce parti a été éclaboussé par plusieurs scandales d’Etat (l’affaire Elf) qui n’ont jamais remis en cause son appartenance au PS, ni son exploitation du système politique français. À l'époque de l'affaire Elf, François Mitterrand s'est engagé en Afrique pour protéger les intérêts de la société pétrolière Elf et soutenir ses fantoches néocoloniaux africains—notamment au Rwanda, au Zaïre et en Congo Brazzaville. 

La direction d'Elf a procédé à des surfacturations comme dans l'affaire des frégates de Taïwan, ou lors du rachat des raffineries Leuna, et Ertoil pour verser des commissions occultes. Ils ont également utilisé le mécanisme des emplois fictifs pour rémunérer les proches des intervenants d'une affaire. Cette affaire tentaculaire a aussi compromis le ministre PS Roland Dumas. Plus de 300 millions d’euros ont été détournés. 

Dumas a également participé à un autre « coup tordu » de l’époque Mitterrand, quand le PS a négocié une alliance avec le FN pour faire triompher le PS aux élections de 1988.

Les journalistes Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, en parlent dans leur livre La Main droite de dieu, enquête sur François Mitterrand et l’extrême droite : « Un soir de mai 1988, Roland Dumas a rendez-vous sur les bords de la Marne pour un dîner chez les Faucher. Le père, Jean-André, est un ami d’enfance. Le menu des discussions s’annonce plus politique qu’intime, du fait de la présence d’un deuxième invité, Roland Gaucher. Roland Gaucher fournit d’emblée une précieuse indication à son interlocuteur : Il n’y a aucun risque pour que je vote un jour gaulliste, Chirac ou un autre. Et d’expliquer que la stratégie mise au point par Jean-Pierre Stirbois et son équipe consiste à faire voter en sous-main pour François Mitterrand. Depuis plusieurs jours, par ses coups de téléphone ou des contacts directs, le secrétaire général du Front national et les siens s’agitent comme de beaux diables pour faire passer la consigne. » 

L’ex-soixante-huitard Mélenchon et le médecin Cahuzac ont, tous deux à leur manière appris à « dire ‘je’ » sous l’égide de Mitterrand et des liens du PS avec les néo-fascistes. La démagogie politique de l’un et l’enrichissement corrompu lié aux néo-fascistes de l’autre sont deux aspects d’une même réalité politique, que la « gauche » bourgeoise et petite-bourgeoise est profondément hostile à la classe ouvrière.