La tromperie politique des élections au Pakistan

Par Sampath Perera
13 mai 2013

Les célébrations des élections pakistanaises d'aujourd'hui à l'Assemblée nationale et à quatre assemblées provinciales sont une tromperie politique, ayant pour objet de donner un vernis de « démocratie » à un régime néo-colonial à la tête d'une société qui est en état d'effondrement économique et politique.

Les élections se tiennent au moment où le Pakistan s'enfonce plus profondément dans la crise financière et la guerre civile, du fait du soutien du gouvernement à l'intensification par le régime d'Obama de la guerre afghane au sein du Pakistan. Depuis début avril, plus de cent personnes ont été tuées, dont plusieurs candidats à l'élection, par des forces alliées au Talibans afghans qui résistent à l'occupation de l'Afghanistan menée par les Etats-Unis.

L'élection sera surveillée par des centaines de milliers de personnel de sécurité, dont des dizaines de milliers de soldats de l'armée. Rien que dans la province du Punjab, 300 000 personnels de sécurité, dont 30 000 soldats ont été déployés.

Les voix des travailleurs et masses opprimées du Pakista, n'auront aucune influence sur les décisions économiques et militaire clé qui les affectent. Le cadre fondamental de la politique d'Etat a été décidé par l'armée et les élites politiques sur instruction du gouvernement Obama et du Front monétaire international (FMI.)

Le gouvernement intérimaire actuel a déjà négocié le cadre d'un nouvel ensemble de mesures d'austérité d'urgence du FMI.

Les médias se sont réjouis que le gouvernement sortant du PPP (Pakistan People'S Party) ait achevé son mandat de cinq ans. C'est la première fois qu'un gouvernement civil va jusqu'au bout de son mandat dans l'histoire d'un pays dirigé par des dictatures militaires soutenues par les USA durant la la moitié de la période remontant à l'indépendance officielle en 1947. Mais le gouvernement du PPP n'a pu survivre qu'en s'alliant à l'armée pour imposer une politique largement détestée et dictée par Washington. Il a laissé la politique de sécurité entre les mains de l'armée et du Pentagone et a appliqué la politique d'austérité formulée par le FMI.

Le PPP, parti de gouvernement traditionnel de « gauche » de la bourgeoisie pakistanaise a non seulement poursuivi le soutien accordé par le dictateur militaire Pervez Musharraf à l'invasion de l'Afghanistan en 2001, mais l'a aussi étendu en une guerre contre son propre peuple. Le PPP et l'armée pakistanaise ont acquiescé aux frappes illégales de drones de la CIA qui ont terrorisé de larges parties du pays et tué des milliers de personnes, dont un nombre inconnu de femmes et d'enfants. Ils ont aussi envoyé des soldats dans les zones tribales du Pakistan à la frontière avec l'Afghanistan pour écraser la résistance talibane, ce qui a forcé le déplacement de millions de civils pakistanais.

La soumission depuis des décennies de l'élite dirigeante pakistanaise à l'impérialisme américain, datant de l'époque où l'Etat pakistanais était mis en place lors de la partition réactionnaire du sous-continent indien, a culminé dans la réimposition de nouvelles formes néfastes de régime colonial.

Dans les années 1980, la dictature militaire du général Zia ul-Haq avait soutenu la politique américaine de déstabilisation de l'Union soviétique en attisant une guerre civile contre le régime de Kaboul soutenu par l'Union soviétique. La CIA avait acheminé des armes et de l'argent par l'intermédiaire de l'agence du renseignement pakistanaise ISI à des groupes islamistes sunnites sectaires, dont les prédécesseurs de al Qaïda. Cette guerre réactionnaire était le cadre politique de l'islamisation du Pakistan par Zia et qui attisa un conflit ethno-sectaire et planta le décor pour une intensification de l'intervention impérialiste américaine en Asie centrale qui plonge aujourd'hui le Pakistan dans la violence.

Karachi, centre financier du Pakistan, est de façon routinière ravagé par la violence sectaire, ce qui pousse des sections de l'establishment à exiger un déploiement militaire pour que la vie quotidienne redevienne possible.

Toutes les sections de la bourgeoisie pakistanaise sont en faillite. Elles sont incapables de satisfaire les exigences démocratiques des masses et comptent plutôt sur les discriminations communautaires pour diviser la classe ouvrière et les pauvres. Ceci s'est clairement illustré dans la répression sanglante par le PPP des groupes séparatistes de la province défavorisée du Balochistan où le régime a terrorisé l'ensemble de la communauté. Le PPP s'est appuyé sur l'armée pour réprimer les tentatives réactionnaires de la bourgeoisie de Balochi de s'allier à Washington comme pion dans l'intrigue américaine contre le Pakistan et l'Iran, avec les Etats-Unis cherchant à exploiter la localisation stratégique du Balochistan et ses riches ressources.

Quelles que soient leurs différences tactiques, les partis de la bourgeoisie pakistanaise, PPP, la Ligue musulmane pakistanaise de l'industriel Nawaz Sharif (PMLN), le Tehreek-i-Insaf d'Imran Khan et le Mouvement Muttahida Qaumi, sont des partis pro-impérialistes qui dépendent du prix du sang payé par Washington pour diriger le pays. Quelle que soit la coalition de partis qui gagnera l'élection, elle continuera à appliquer la politique dictée par le gouvernement Obama et le capital financier international qui ont déjà dévasté le pays.

Appliquant les exigences des USA et du FMI d'une politique favorisant les affaires pour les investisseurs étrangers, le PPP a appauvri de vastes sections de la population, dont la moitié était touchée par l'insécurité alimentaire en 2011, ce qui représente une augmentation de 10 points de pourcentage en deux ans. Les manoeuvres d'intimidation des Etats-Unis sur le du Pakistan sont aussi vues comme une démarche de Washington de couper l'accès du Pakistan au pétrole et au gaz de l'Iran, toutes deux des ressources nécessaires pour faire face à la pénurie d'énergie chronique du Pakistan. Les coupures de courant constantes ont paralysé l'économie et affecté des millions d'emplois.

Le régime bourgeois a produit un échec historique au Pakistan. Le déclenchement de luttes sociales et syndicales de la classe ouvrière contre les coupures de courant et l'austérité a démontré que les travailleurs sont prêts à réagir et lutter. Mais le sentiment anti-guerre et l'opposition au pillage économique au sein de la classe ouvrière ont été étouffés par les syndicats, encouragés par les partis pakistanais de pseudo-gauche oeuvrant autour du PPP et de l'impérialisme américain. Il rejettent le rôle révolutionnaire de la classe ouvrière et appellent plutôt cyniquement à la « démocratisation » et à la réforme du capitalisme et de l'armée pakistanais.

La lutte contre l'impérialisme américain, qui cherchera à resserrer son étau sur le Pakistan à l'heure où il se prépare, avec son « pivot ver l'Asie » à la guerre contre la Chine voisine, est la question centrale de la lutte pour les aspirations sociales et démocratiques des masses pakistanaises.

La lutte contre l'impérialisme américain et son client, la bourgeoisie pakistanaise, est liée à la lutte pour la révolution socialiste, conduite par la classe ouvrière en alliance avec tous les travailleurs pauvres. La catastrophe qui a résulté pour les travailleurs et les pauvres du Pakistan ne peut être combattue que sur la base de la théorie de Trotsky de la révolution permanente. Il n'y a aucune faction de la bourgeoisie capable ni désireuse d'accomplir les tâches démocratiques urgentes dans les pays ex-coloniaux, économiquement attardés.

L'émergence de la classe ouvrière au Pakistan comme leader des masses opprimées dans la lutte pour le socialisme est liée à la lutte pour l'unité internationale de la classe ouvrière, de par l'ensemble du sous-continent indien et de par le monde, y compris avec les travailleurs dans les centres impérialistes, qui sont, à une écrasante majorité, opposés au colonialisme et à la guerre.

Seul le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) avance cette perspective. Nous encourageons les travailleurs et les jeunes pakistanais à rejoindre le CIQI et à construire une section pakistanaise qui sera la nouvelle direction révolutionnaire de la classe ouvrière.

(Article original paru le 11 mai 2013)