Les États-Unis menacent la Russie de "problèmes à long terme" au moment où Snowden y demande l'asile temporaire

Par Eric London
19 juillet 2013

Edward Snowden a officiellement déposé sa demande d'asile temporaire en Russie, d'après des déclarations faites par son avocat jeudi. Le lanceur d'alerte était confiné dans l'aéroport de Sheremetyevo à Moscou depuis plusieurs semaines après le lancement d'une opération d'intimidation internationale par le gouvernement Obama pour l'isoler, l'extrader, et peut-être tuer ce jeune homme.

Il « quittera [la zone de transit de l'aéroport] dans les jours prochains parce qu'il faut encore mettre en conformité certains papiers, » a annoncé son avocat, Anatoly Kutcherena. Il n'est toujours pas certain que les autorités russes acceptent la demande de Snowden, qui lui permettrait de rester en Russie pendant un an maximum. Snowden a indiqué qu'il se servirait de son asile temporaire pour faciliter son voyage vers des pays d'Amérique latine qui lui ont accordé l'asile.

« Il est clair qu'il s'inquiète de ce qui pourrait lui arriver s'il se voyait refuser l'asile temporaire en Russie, » a dit Kucherena. « Il craint également la torture, et le risque d'être exécuté. Et ce qu'il dit semble tout à fait convaincant, parce que les États-Unis administrent toujours la peine de mort et la torture. »

Les indications selon lesquelles la Russie pourrait accorder l'asile temporaire à Snowden ont été accueillies avec indignation par des responsables démocrates et républicains aux États-Unis.

Le sénateur républicain Lindsey Graham, proche de l'appareil militaire et des services de renseignements, était hors de lui. Il a qualifié les actions de la Russie d'« outrageuses » et a exprimé son soutien à un boycott des jeux olympiques d'hiver de 2014 en Russie.

« J'enverrais aux Russes le signal le plus catégorique qu'il soit possible d'envoyer, » a-t-il proféré. « Nous n'avons certainement pas remis à zéro nos relations avec la Russie d'une manière positive. En fin de compte, s'ils accordent l'asile à ce type, c'est une violation de l'Etat de droit tel que nous le connaissons et un affront envers les États-Unis. »

Les références hypocrites de Graham à « l'Etat de droit » ont été reprises à de nombreuses occasions par le gouvernement Obama, qui a intensifié toute une série de menaces contre la Russie.

« Le gouvernement russe a une occasion ici de travailler avec nous, » a dit l'attaché de presse de la Maison blanche Jay Carney jeudi. « Ce ne devrait pas être quelque chose qui provoque des problèmes à long terme pour les relations américano-russes. »

Carney a indiqué que si la Russie rendait Snowden, ils pourraient « résoudre cette situation qu'ils ont à gérer depuis maintenant trois semaines. »

« Nos intérêts ont toujours été de le voir expulsé de Russie et renvoyé aux États-Unis. » a ajouté Carney. « Il ne devrait pas être autorisé à entreprendre d'autres voyages internationaux à moins que ce ne soit nécessaire pour qu'il rentre aux États-Unis, » où il se verra « offrir toutes les garanties de la procédure requise. »

C'est un mensonge éhonté. Le gouvernement Obama est allé plus loin dans la suppression du droit constitutionnel à une procédure requise par la loi que toute autre présidence. Carney parle au nom d'un gouvernement qui tue des citoyens américains sans mandat ni procès, qui a déclaré le droit de détenir indéfiniment quiconque sans mandat ni procès, qui continue à nourrir de force les prisonniers en grève de la faim à Guantanamo, qui a gardé Bradley Manning enfermé dans des conditions qui constituent une peine cruelle et inhabituelle, et qui a organisé une chasse à l'homme internationale illégale pour empêcher Snowden de chercher asile.

Le traitement qui attend Snowden s'il est capturé a été clairement indiqué dans la description qu'a fait Carney du jeune lanceur d'alerte qu'il a qualifié d'espion : « Ce n'est pas un activiste des droits de l'Homme, ce n'est pas un dissident. Il est accusé d'avoir divulgué des informations confidentielles, il a été inculpé de trois chefs d'accusation pour trahison. Et pour ces raisons, il devrait être renvoyé aux États-Unis. »

Carney a également fait allusion à la possibilité d'annuler les négociations à venir entre le président Obama et le président russe Vladimir Poutine.

« Le président envisage de se rendre en Russie en septembre pour le sommet du G-20, et je n'ai pas d'annonces supplémentaires à faire sur ce voyage, » a dit Carney. Quand on lui a demandé s'il fallait interpréter cela comme une indication de la possibilité que cette réunion soit annulée, Carney a dit qu'il n'en dirait pas plus sur « les précédentes annonces de voyage présidentiel… Je n'ai rien d'autre à ajouter. »

Quant à Poutine, il a réagi aux menaces américaines en lançant sa propre menace contre Snowden.

« Nous avons prévenu M. Snowden que toute action de sa part qui endommagerait les relations américano-russes serait inacceptable, » a dit le président russe mercredi. « Les relations bilatérales, à mon avis, sont bien plus importantes que des chicanes sur les activités des services secrets. »

Ces remarques montrent une fois de plus l'hostilité du régime de Poutine envers Snowden. Pour la classe dirigeante russe, la colère face aux atteintes du gouvernement américain aux droits démocratiques ne sont que des « chicanes ». Dans les faits, la vie de Snowden est mesurée en fonction des avantages et des inconvénients qu'il pourrait occasionner à la classe dirigeante russe dans ses relations avec l'impérialisme américain.

(Article original paru le 18 juillet 2013)