La montée de l’extrême droite en Europe

Par Chris Marsden
26 novembre 2013

Il est communément prédit qu’en Europe, lors des prochaines élections européennes de mai, les partis d’extrême droite réaliseront des gains importants.

Ces partis d'extrême-droite feront avant tout campagne contre l’Union européenne, en se présentant dans la plupart des cas comme des adversaires des mesures d’austérité imposées par l’UE partout en Europe. En modifiant quelque peu leurs préoccupations habituelles en ce qui concerne l’immigration et l’islam, ils espèrent tirer profit de l’hostilité populaire envers l’UE et son programme d’austérité.

Les partis politiques « dominants », tant de la « gauche » officielle que de la droite, sont politiquement responsables de la situation qui permet à l’extrême droite de prendre une telle pose étant donné que l’ensemble de l’establishment politique est impliqué dans les attaques brutales infligées aux travailleurs européens depuis le krach financier de 2008.

Sur tout le territoire européen, les partis sociaux-démocrates, au gouvernement comme dans l’opposition, ont fait en sorte que la classe ouvrière paie pour la crise du système capitaliste, par le biais du chômage de masse, de la réduction des salaires et de la destruction des services sociaux. De ce fait, les sociaux-démocrates sont devenus aussi impopulaires que l’UE elle-même.

Il en va de même pour les syndicats qui étouffent toute opposition contre la rigueur et contre l’UE, en dépit des efforts entrepris année après année par les travailleurs pour contre-attaquer, notamment dans les pays les plus durement touchés par l’austérité comme la Grèce, l’Espagne et le Portugal.

Les groupes de pseudo-gauche agissent comme un frein politique sur la classe ouvrière en insistant sur le caractère sacré de l’UE et en s’opposant à toute rupture avec les bureaucraties sociales-démocrates et syndicales. C'est ce qui permet à l’extrême droite de profiter de la paralysie politique de la classe ouvrière qui s’ensuit, en canalisant le mécontentement social vers des voies réactionnaires.

Deux exemples suffisent pour illustrer ces propos.

Les gains les plus spectaculaires obtenus par l’extrême droite l’ont été en France suite à la défiance quasi généralisée qu’inspire le gouvernement PS (Parti socialiste) de François Hollande. Dans les récents sondages, le Front national (FN) de Marine Le Pen recueille un quart des intentions de vote. Il mène une nouvelle alliance avec le Parti pour la liberté (PVV) néerlandais de Geert Wilders et qui a été forgée dans le but de mobiliser la droite anti-UE sur une plateforme commune.

Le mois dernier, lors de l’élection cantonale partielle de Brignoles (Var), le FN a facilement battu le parti conservateur, l’Union pour un Mouvement populaire (UMP), après que le candidat de « gauche », soutenu par le PS et le Parti communiste (PCF), a été éliminé dès le premier tour.

La réaction du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) à la défiance croissante à l’égard de Hollande est de s’accrocher encore plus fort au Front de Gauche (FdG) qui est composé du PCF et du Parti de Gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon, alors même que le Front de Gauche s’accroche au PS.

Le dirigeant du NPA, Alain Krivine, a écrit dernièrement qu’au sein du Front de Gauche il y avait « un débat essentiel dont nous devons être partie prenante : être de simples opposants à la politique d’austérité ou construire une véritable opposition politique de gauche à un gouvernement dont les capitulations nourrissent l’extrême droite ? » L’affirmation de Krivine de pouvoir construire une « opposition politique de gauche » contre le PS en coopération avec le Front de Gauche dont les forces ont passé des décennies soit au sein du PS soit dans des alliances parlementaires avec lui, est un mensonge absurde.

Le NPA colporte de telles illusions parce qu’il est un allié du PS. Il cherche à maquiller son rôle en promouvant le Front de Gauche de manière à mieux démoraliser l’opposition de la classe ouvrière à l’égard de la politique du PS.

En Grèce, l’extrême droite a pris des formes ouvertement fascistes avec l’émergence d’Aube dorée qui jouit du soutien de quelque dix pour cent de l’électorat.

Alexis Tsipras est le dirigeant du principal parti d’opposition SYRIZA, et le chouchou de la pseudo-gauche. Il a été choisi comme candidat du Parti de la gauche européenne pour la fonction de président de la Commission européenne pour les prochaines élections parlementaires européennes

Loin toutefois, d'avancer une alternative anticapitaliste contre l’austérité, SYRIZA propose ses services en tant que clef de voûte politique à un nouveau gouvernement d’union nationale au cas où l’actuelle coalition menée par le parti conservateur Nouvelle Démocratie (ND) serait évincée suite à l'opposition sociale.

En juillet, lors de son dernier congrès, SYRIZA avait abandonné sa structure fédérale en place et qui permettait à diverses tendances de pseudo-gauche d’opérer en tant que factions ouvertes au sein de SYRIZA. Tsipras avait déclaré qu’il était nécessaire de former un parti unique « pour rendre SYRIZA plus sain, plus efficace, plus disposé à gouverner et à diriger ce pays. »

La pseudo-gauche a naturellement souscrit à cette nouvelle manière d'organiser le parti.

Tsipras a clairement fait savoir que SYRIZA réclamait une alliance politique allant du Parti communiste grec (KKE) au parti droitier des Grecs indépendants en passant par les membres du parti social-démocrate PASOK qui fait actuellement partie de la coalition droitière gouvernementale. Il a spécifié que ses alliés étaient « tous les gens de gauche, quel que soit le parti auquel ils appartiennent, » « tous les démocrates et tous les patriotes » et « tous ceux qui placent la liberté et la souveraineté nationale au-dessus des calculs et de l’intérêt personnel… Même les citoyens conservateurs qui aujourd’hui se sentent offensés par la propagande raciste contre la Grèce démontrée par les gestes de [la chancelière allemande] Merkel et par les exercices humiliants imposés à notre pays par la troïka. »

La rhétorique nationaliste de SYRIZA représente une défense du capitalisme grec et une tentative de lier la classe ouvrière à la bourgeoisie. En insistant pour dire qu’une alternative à l’austérité est compatible avec l’adhésion à l’UE, à la seule condition que les termes du remboursement de la dette grecque soient renégociés, SYRIZA soutient la collusion des classes dirigeantes européennes contre la classe ouvrière et les dictats de l’oligarchie financière mondiale.

Le 4 novembre, s’exprimant lors d’une conférence à l’université du Texas, Tsipras a dit clairement que sa principale préoccupation était la stabilité du capitalisme grec et européen. « Nous avons une union économique et une monnaie unique et les autres alternatives possibles sont pires, » a-t-il déclaré. « Une sortie de l'UE ne profitera à personne. »

Le combat contre la montée de l’extrême droite et le destin-même de la classe ouvrière nécessitent que l'on brise l’emprise politique exercée par les sociaux-démocrates, les syndicats et leurs apologistes de la pseudo-gauche. Le NPA et SYRIZA sont dirigés par une couche de la classe moyenne aisée qui cherche à se faire une niche politique au sein du gouvernement, de l’appareil d’Etat et de la bureaucratie syndicale en échange de l'étouffement de toute lutte indépendante de la classe ouvrière. Le plus grand service qu’ils rendent au capital est d'entacher le socialisme en l’associant à la défense servile de l’ordre existant.

Les Partis de l’Egalité socialiste (Socialist Equality Party) d’Allemagne et de Grande-Bretagne s’opposent sans ambiguïté à l’UE et à tous les gouvernements qui la constituent. Contre l’Europe du patronat, de l’austérité et de la politique réactionnaire, nous avançons la perspective d’une lutte unie de tous les travailleurs du continent pour former des gouvernements ouvriers et les Etats socialistes unis d’Europe. Pour la concrétisation de cette perspective il est indispensable de construire d’authentiques partis socialistes de la classe ouvrière en tant que sections du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article original paru le 23 novembre 2013)