Les droits démocratiques et la défense d'Edward Snowden

Par Thomas Gaist et Joseph Kishore
27 janvier 2014

Snowden, qui a rendu un immense service à la population en dévoilant les programmes de surveillance du gouvernement américain et de ses alliés, fait face à des accusations déposées par l'administration Obama sous l'Espionage Act et des menaces d'exécution ou d'assassinats extrajudiciaires. Ceux qui sont coupables de trahison envers la Constitution des États-Unis qualifient de «traître» celui qui a révélé leurs crimes.

Jeudi, le procureur général américain Eric Holder s'est opposé explicitement pour la première fois aux propositions voulant accorder la clémence à Snowden, en disant que cela «va trop loin». Il a repris les paroles d'Obama, affirmant que Snowden était coupable d'avoir divulgué des secrets d'État et devait revenir aux États-Unis pour faire face à ses accusations et se soumettre au «système de justice» qui a torturé Bradley Manning et l'a condamné à 35 ans de prison.

Holder a fait ses remarques le jour même où un rapport du Conseil de surveillance de la vie privée et des libertés civiles (Privacy and Civil Liberties Oversight Board, PCLOB), dont les membres sont nommés par le président et acceptés par le Sénat, admettait que les programmes en question étaient illégaux. L'un des principaux programmes dévoilés par Snowden, l'enregistrement en masse des appels téléphoniques, «n'a pas de véritable base légale», conclut le Conseil, et «soulève des problèmes au niveau du Premier et du Quatrième Amendement de la Constitution».

Autrement dit, les programmes de la NSA sont illégaux et inconstitutionnels. Les conclusions du PCLOB sont inévitables pour quiconque examine objectivement le contenu de ces programmes d'espionnage qui font la collecte des données de centaines de millions d'Américains sans mandat ni raison suffisante. Toutefois, la Maison-Blanche s'est immédiatement opposée aux conclusions du comité et a rejeté sa proposition de mettre un terme au programme.

La chasse aux sorcières contre Snowden, encouragée par le discours d'Obama, s'est rapidement intensifiée dimanche de la semaine dernière lorsque des démocrates et des républicains du Congrès ont accusé Snowden d'avoir agi en tant qu'espion pour le compte du gouvernement russe. À l'émission «Meet the Press», le républicain Mike Rogers, président de la Commission de la Chambre des représentants sur les services de renseignement, a dit de Snowden qu'il était «un voleur qui, nous croyons, avait des complices; qui a volé des informations, dont la vaste majorité n'a rien à voir avec la vie privée», mais plutôt des informations «sur nos opérations à l'étranger qui visent à collecter des renseignements pour garder les Américains en sécurité».

Dianne Feinstein, la présidente démocrate de la Commission sénatoriale sur les services de renseignement, a prêté foi aux accusations totalement non fondées de Rogers, affirmant «qu'il pourrait bien avoir» agi en tant qu'espion pour les Russes.

Le fait que Snowden est en Russie en raison d'une campagne internationale menée par les États-Unis pour lui interdire l'accès à tout pays a simplement été ignoré. L'été dernier, tandis qu'ils tentaient d'empêcher Snowden de quitter l'aéroport international Sheremetyevo de Moscou, les États-Unis et leurs alliés avaient osé forcer l'avion du président bolivien à atterrir, car ils soupçonnaient que l'ancien contractuel de la NSA se trouve à bord.

Réagissant à ceux qui l'accusent de travailler pour les Russes, Snowden a répondu dans une entrevue avec le New Yorker: «Ce ne sont pas les calomnies qui me rendent perplexe. C'est le fait que les médias rapportent les paroles de gens qui admettent eux-mêmes que ce qu'ils disent n'est que pure spéculation.»

Les attaques contre Snowden ne sont toutefois pas basées sur les faits, mais bien sur la diffamation et le mensonge. Pour le péché impardonnable d'avoir divulgué les secrets et les crimes du gouvernement, Snowden doit être enfermé, ou pire. La semaine dernière, Snowden a demandé protection auprès des autorités locales russes. S'adressant aux médias, son avocat a expliqué ce geste en affirmant qu'«Edward croit que sa vie et sa sécurité sont en danger.»

Et pour cause. Snowden a fait sa demande après la parution d'un article dans Buzzfeed, basé sur des entrevues avec des représentants de l'armée et des services du renseignement, au titre provocateur: «Les espions des États-Unis souhaitent la mort de Snowden».

«J'aimerais bien lui [Snowden] mettre une balle dans la tête», est cité un représentant du Pentagone. «Il est le plus grand traître de l'histoire des États-Unis.»

Un entrepreneur pour la Défense à l'étranger affirme: «La plupart de ceux à qui je parle me disent qu'il doit être jugé et pendu; laissons tomber le procès et pendons-le tout simplement.» Un analyste de la NSA affirme quant à lui que s'il en avait le droit, «J'irais le tuer moi-même.»

L'appareil d'État et médiatique baigne dans ces sentiments fascistes. Mercredi, le Wall Street Journal a publié un commentaire de Daniel Henninger dans lequel ce dernier écrivait que «l'avenir de M. Snowden en tant qu'Américain célèbre pourrait bien se rapprocher davantage des Rosenberg que de Paul Revere»: c'est-à-dire qu'il devrait subir le même sort que les victimes d'une des plus infâmes exécutions politiques et parodies de justice de l'histoire des États-Unis.

Henninger a ensuite soutenu que l'opposition à la surveillance d'État est la manifestation d'une «paranoïa du public».

Jeudi, une déclaration de la ministre des Affaires étrangères de l'Australie, Julie Bishop, a montré que ces attaques font partie d'une vendetta internationale contre Snowden. Bishop a dit à un groupe de réflexion de Washington D.C. Que Snowden était coupable de «trahison sans précédent» et qu'il «continuait honteusement à trahir sa nation en se cachant en Russie».

La réaction hystérique des agences d'espionnages, des politiciens et des gouvernements n'est pas seulement l'expression de la haine contre Snowden, mais aussi des craintes de la vaste opposition populaire dont Snowden est lui-même une manifestation. Les mensonges et les manigances de l'establishment politique qui visent à assurer la poursuite des programmes illégaux n'ont pas du tout réussi à éroder la profonde hostilité que ressent la population envers la violation des droits démocratiques fondamentaux, ni le fort appui populaire pour Snowden lui-même.

L'élite dirigeante super-riche tente, en procédant à la destruction des droits démocratiques, de défendre ses intérêts contre les opprimés et les exploités de la planète. Dans les méthodes barbares utilisées contre Snowden, les travailleurs ont un avant-goût du genre de méthodes qui seront employées contre toute opposition sociale et politique à l'aristocratie financière et patronale à la tête de l'État.

La société mondiale est dominée par une ploutocratie dont les vastes pouvoirs et privilèges sont incompatibles avec les droits démocratiques. La semaine dernière, un rapport d'Oxfam sur les inégalités de richesse mondiales montrait que les 85 plus riches individus du monde possèdent autant de richesse que la moitié la plus pauvre du globe, soit 3,5 milliards de personnes. De plus, le 1 pour cent le plus riche de la population possède 46 pour cent de toute la richesse de la planète.

La classe ouvrière internationale doit se soulever en appui à Edward Snowden. Ce mouvement doit être lié au développement d'un mouvement indépendant, en défense des droits démocratiques et sociaux, et en opposition à l'administration Obama, à l'establishment politique et au système capitaliste qu'ils défendent.

(Article original paru le 24 janvier 2014)