Elections européennes: Des pertes considérables pour les partis au pouvoir et des gains pour les partis anti UE

Par Chris Marsden
27 mai 2014

Lors des élections au parlement européen, les partis opposés à l’Union européenne (UE), se disant de droite ou de gauche, ont tiré profit de l’hostilité contre les mesures d’austérité imposées par les gouvernements européens. Avec un faible taux de participation dans les 28 pays tout au long des quatre jours de vote, un grand nombre de personnes ont aussi fait connaître leur opposition en restant à la maison.

Le résultat le plus significatif pour l’extrême droite a été réalisé en France où les premières estimations donnent le Front national (FN) arrivant en tête de scrutin avec 25 pour cent de soutien pour un taux de participation de 40 pour cent. Signal dévastateur de l'hostilité populaire, le Parti socialiste au pouvoir du président François Hollande n’a recueilli que 14 pour cent du scrutin, arrivant troisième derrière la droite traditionnelle de l’Union pour un mouvement populaire (UMP).

La dirigeante du FN, Marine Le Pen, a réagi en réclamant la dissolution de l’assemblée nationale. La France a « parlé haut et clair et clamé » qu’elle voulait être dirigée par « des Français pour les Français, avec les Français, » et non par des « commissaires » étrangers depuis Bruxelles, a-t-elle dit.

En Grande-Bretagne, le parti droitier anti UE, le United Kingdom Independence Party (UKIP) est devenu le plus grand parti; c'est la première fois que ce n'est ni le Labour (Travailliste) ni les conservateurs (Tories). Dirigé par Nigel Farage, ce parti devrait remporter environ 28 pour cent des voix, soit près du double des 16,5 pour cent remportés en 2009. Labour devrait obtenir 25,7 pour cent des scrutins contre 24,5 pour cent pour les conservateurs qui sont au pouvoir.

Le partenaire de coalition des conservateurs en Grande-Bretagne, les Libéraux-démocrates, ont été quasiment décimés, et leur vote réduit de moitié à juste en-dessous de 7 pour cent, ce qui les relègue en cinquième position, derrière le Parti des Verts. Il ne leur reste plus qu’un seul membre au parlement européen.

Le taux de participation a atteint tout juste 33,8 pour cent au Royaume-Uni.

En Allemagne, les partis de la coalition au pouvoir ont tenu bon. Les chrétiens-démocrates de la chancelière Angela Merkel ont subi une baisse du soutien au profit de leurs partenaires, les sociaux-démocrates. Des estimations ont crédité les conservateurs de 36,1 pour cent des voix et le SPD de 27,6 pour cent. Mais la victoire des partis pro EU en Allemagne n'est qu'une maigre consolation, vu les résultats obtenus en France. De plus, le parti anti-euro d’Allemagne, l’Alternative für Deutschland (AfD) (façonné d’après le modèle de UKIP) a décroché comme prévu entre 6,5 et 7 pour cent des voix et sept sièges au parlement européen. Il sera probablement rejoint pour la première fois par un membre du parti néonazi allemand NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands).

Parmi les autres réussites de la droite on compte la victoire du parti nationaliste anti-immigrant danois, le Parti du peuple danois et en Autriche le Parti autrichien de la liberté (FPÖ) qui remporte un cinquième du scrutin, contre 7,3 pour cent en 2009. Le parti nationaliste flamand de Belgique N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie) devrait recueillir entre 30 et 32 pour cent des voix en Flandre.

Aux Pays-Bas, toutefois, le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders, devrait arriver quatrième avec 12,2 pour cent après être arrivé second la dernière fois. Il est placé derrière les chrétiens-démocrates du centre-droit, les démocrates 66 et le parti du premier ministre Mark Rutte, le Parti libéral VVD. Compte tenu de la prestation du FN en France, il est significatif que Wilders ait souffert en raison de ses liens avec le parti de Marine Le Pen, et tout particulièrement suite aux commentaires faits par son père, Jean-Marie, qui a dit que le virus Ebola pourrait régler « en trois mois » le problème de l’explosion démographique dans le monde et les problèmes d'immigration en France.

Lucas Hatong, le plus ancien eurodéputé du Parti néerlandais pour la liberté (PVV) a exhorté le PVV à se distancer du FN fasciste et à engager une alliance avec UKIP pour imiter ses efforts pour habiller le nationalisme et le message anti UE dans des termes plus respectables.

Le parti conservateur au pouvoir en Hongrie, le Fidesz, a également perdu deux sièges, et le parti d’extrême droite Jobbik est arrivé second avec trois sièges mais sans avoir progressé. Les socialistes ont perdu deux de leurs quatre sièges, mais deux nouveaux partis de gauche ont remporté trois sièges et les Verts un.

Dans chaque cas de figure, la droite a, en premier lieu, profité du soutien à l’austérité et à l’UE de la part des partis sociaux-démocrates et de la duplicité des syndicats dans l’application de l’austérité et des attaques menées contre la classe ouvrière.

Les travailleurs sont en quête d’un moyen de contre-attaquer, même là où il n’y a pour l’heure pas de moyen politique de le faire. C’est la raison pour laquelle, ailleurs en Europe, des partis se présentant comme des adversaires de « gauche » de l’austérité, mais non de l’UE, ont obtenu de bons résultats.

En Grèce, SYRIZA, qui est dirigée par Alexis Tsipras, a remporté les élections sur une plateforme anti-austérité, affichant une nette avance de 3 pour cent sur le parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie. Sa ligne pro UE, fondée sur la renégociation des termes du remboursement de la dette grecque, a ouvert la voie au parti fasciste Aube dorée pour que celui-ci obtienne entre 9 et 10 pour cent des voix et gagne ainsi un siège au parlement européen.

Le PASOK social-démocrate, jadis le principal parti de Grèce, fait actuellement partie de la coalition connue sous le nom d’Elia (olivier en grec), et est arrivé quatrième avec entre 8 et 9 pour cent, tandis qu’un mouvement populiste To Potami n’a recueilli qu’entre 5 et 7 pour cent, soit autant que le Parti communiste grec (KKE).

En Espagne, le parti populaire au pouvoir (PP) du premier ministre, Mariano Rajoy, et le principal parti d’opposition (PSOE) ont tous deux subi de fortes pertes. La part de scrutin du PP a chuté par rapport à 2009, de 42 pour cent à tout juste 26 pour cent, tandis que le vote du PSOE a dégringolé de 39 pour cent à 23 pour cent. Ensemble, les deux partis ont perdu plus de cinq millions de voix par rapport aux élections de 2009. Les votes de protestation sont en grande partie allés à la Gauche unie qui est menée par les staliniens (10 pour cent) et une création populiste fragile appelée Podemos (Nous pouvons) qui est issue du mouvement des Indignados (les Indignés) (8 pour cent). Les partis régionalistes en Catalogne ont obtenu de bons résultats.

En Italie, le Parti démocrate (PD) du premier ministre Matteo Renzi a obtenu 41 pour cent, devant le Mouvement Cinq étoiles (M5S) du comédien Beppe Grillo à 22 pour cent et le parti Forza Italia de l’ancien premier ministre Silvio Berlusconi à 15,5 pour cent. La Ligue du Nord anti-euro a recueilli 6 pour cent des voix et la liste de pseudo-gauche Tsipras/le groupe L’Autre Europe (du nom du dirigeant de SYRIZA) a obtenu 4,1 pour cent.

Ces résultats ne suivent aucun modèle, sinon celui d’exprimer chacun une opposition confuse mais néanmoins croissante contre le dispositif politique existant, contre l’UE et contre les attaques sociales imposées par les gouvernements partout sur le continent.

Il est certain cependant qu’une majorité de la presse en Europe soulignera que le danger au projet de l’UE, de la « droite » et de l’« extrême gauche », doit être combattu. Ceci prendra inévitablement la forme d’appels à résister aux pressions populistes visant à s’écarter de l’austérité, tout en cherchant si possible à apaiser voire neutraliser les formations droitières anti UE, en insistant pour dire que le patriotisme et le nationalisme sont mieux servis en faisant partie intégrante d’une « Europe forte. » Les gains obtenus par les partis de droite seront utilisés pour pousser à l’adoption de mesures anti-immigration afin de trouver un bouc émissaire à la catastrophe sociale déclenchée contre les travailleurs.

Ce dont on ne tiendra absolument pas compte, c’est de la voix de tous ces travailleurs et jeunes dont la désillusion avec l’organisation politique existante et l’opposition à l’Union européenne s'ancre dans leur expérience de brutales suppressions d’emplois, de réduction des salaires et des conditions sociales, du caractère non-démocratique de l’UE et de l’intensification du militarisme par les puissances européennes, telles les actions provocatrices menées contre la Russie en Ukraine.

Le Partei für Soziale Gleichheit en Allemagne et le Socialist Equality Party en Grande-Bretagne se sont présentés aux élections européennes dans le but de proposer une alternative socialiste aux partis d’austérité pro UE et à la droite nationaliste. Ils ont appelé à la formation de gouvernements ouvriers et des Etats socialistes unis d’Europe.

Les sections du Comité international ont accordé une importance toute particulière à la lutte contre le militarisme et le danger de guerre, demandant de faire de cette élection un référendum contre la guerre, qui représente actuellement en Ukraine une menace de la plus grande intensité.

Pour de plus amples renseignements sur la campagne, consulter le site SEP (UK) election web site (en anglais) et le PSG election web site (en allemand).

(Article original paru le 26 mai 2014)