Le gouvernement français s’apprête à imposer les réductions de salaires exigées par les banques

Par Pierre Mabut
9 mai 2014

Mardi, le président François Hollande du Parti socialiste (PS) a été interviewé à la télévision pour marquer le deuxième anniversaire de son entrée en fonction. Il est devenu entre-temps le président le plus impopulaire depuis la fondation de la Cinquième République en 1958 avec seulement 21 pour cent d’avis favorables.

Après avoir fait de fausses promesses selon lesquelles il inverserait la courbe du chômage d’ici la fin de 2013 tout en permettant aux employeurs de licencier en masse, il a promis de ne pas se représenter à l'élection présidentielle de 2017 si le chômage n’était pas réduit.

Hollande a déclaré que le chômage, qui se situe actuellement à 10 pour cent et qui, selon les chiffres de l’OCDE, devrait passer cette année à 10,4 pour cent, est son « obsession. »

« Moi, je n’ai rien à perdre, » a-t-il dit, en annonçant son intention d’intensifier les attaques contre le niveau de vie et les droits sur le lieu de travail. Les 50 milliards d’euros de coupes budgétaires d’ici 2017 et les 35 milliards d’euros de suppression de charges sociales pour les employeurs, déjà annoncés publiquement dans le « pacte de responsabilité », ne sont que le début.

Hollande a dit avoir des regrets après deux ans au pouvoir. Ses regrets ne concernent pas les attaques contre les emplois des travailleurs et la misère créée par son programme d’austérité. Ses regrets sont de n’avoir pas réussi à faire adopter plus rapidement une loi sur le mariage homosexuel et de n’avoir pas mis en garde les Français sur « la gravité de la crise. »

La véritable obsession de Hollande et du Parti socialiste (PS) est cependant, comme en témoigne l’histoire, de rendre les entreprises françaises compétitives sur le marché mondial aux dépens de la classe ouvrière. L’accommodement qu’il a trouvé en 2013 avec les syndicats avec l’accord sur la « compétitivité et la sécurisation de l’emploi (lire flexibilité) » a fait des ravages et provoqué des pertes d’emplois massives.

Sa récente nomination, après la débâcle du PS aux élections municipales, du premier ministre réactionnaire, Manuel Valls, est tout le contraire d’une quelconque préoccupation pour les chômeurs. Alors qu'il prétendait s’adresser aux « Français », le message visait en réalité à rassurer les employeurs, les banques et l’Union européenne.

« Nous devons aller encore plus vite parce que pour les Français, c’est insupportable, ils veulent des résultats. On va aller plus vite sur la réforme territoriale… on va aller plus vite sur l’allègement du coût du travail. »

François Hollande est soumis à une pression croissante de la part de la Commission européenne et des banques pour réduire les salaires et créer un marché du travail flexible. Le patron du Medef (Mouvement des entreprises de France), Pierre Gattaz, avec lequel Hollande et les syndicats collaborent étroitement, insiste actuellement pour « négocier » l’abandon du Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) de 1.128 euros net par mois pour le remplacer par un « Smic intermédiaire. »

Gattaz affirme vouloir réduire le chômage. « Nos entreprises ont peur d’embaucher, » dit-il. « Diminuons cette peur par exemple en lissant la ‘marche’ que représente un emploi au niveau du Smic. »

Gattaz veut un secteur à bas salaire subventionné par les agences de l’Etat et qui ressemble à tous égards aux réformes allemandes de Hartz IV : un système qui oblige les gens à accepter des emplois à bas salaire, réduit drastiquement les allocations chômage et abaisse de manière générale le niveau des salaires. Actuellement, 3,1 millions de travailleurs perçoivent le Smic sur un effectif réel de 28,8 millions de travailleurs, à l'exclusion des travailleurs des agences intérimaires et les apprentis.

Actuellement, un travailleur sur huit du secteur privé gagne le Smic, soit 10 pour cent de plus qu’en 2011.

Les promesses douteuses de Hollande de réduire le chômage des jeunes s’appuient avant tout sur leur embauche à des conditions inférieures au seuil de pauvreté, en réduisant considérablement le niveau des salaires et particulièrement le salaire minimum, comme l’a déjà laissé entendre Gattaz. Depuis 2013, le gouvernement PS a réduit le financement de l’apprentissage de 20 pour cent, ce qui a entraîné une baisse de 8 pour cent des apprentis. Le nombre total de 420.000 places passera à 500.000 d’ici 2017, a-t-il affirmé.

Et maintenant, le gouverneur de la Banque de France s’associe à Gattaz pour réclamer une réduction des salaires. Christian Noyer, également un membre de la Banque centrale européenne, a estimé dans sa lettre annuelle adressée au président français, que Hollande devrait aller beaucoup plus loin.

« Il faut bien comprendre que l’allègement de charges n’est pas une condition suffisante de la restauration de la compétitivité… Le marché du travail demeure trop rigide et trop peu incitatif à la prise de risques par les entreprises pour créer des emplois, » écrit-il.

Noyer dit que le gel des salaires de 5 millions de fonctionnaires jusqu’en 2017 n’est pas suffisant. Il exige des licenciements et dit que le gouvernement Hollande devrait ré-évaluer le Smic, qui selon Noyer, est « très préjudiciable à l’emploi. »

L’UE fait claquer son fouet par le biais de Noyer en exigeant que Hollande démolisse les droits et le niveau de vie des travailleurs et ramène le déficit public à 3 pour cent du produit intérieur brut d’ici 2015. Ceci paraît de plus en plus douteux sans l’imposition de nouvelles attaques massives comme celles qui ont provoqué la dévastation sociale en Grèce.

La Commission européenne a averti la France que ses prédictions de 1,7 pour cent de croissance pour 2015 étaient irréalistes. Elle prévoit que le déficit public atteindra 3,4 pour cent en 2015. La dette publique s’élèvera à 96,6 pour cent du PIB, dépassant de ce fait les limites budgétaires de l’UE.

Le gouvernement PS imposera tous les dictats de Bruxelles, en dépit des critiques symboliques et vides de sens des députés PS à l’Assemblée nationale, avec le soutien des syndicats et de leurs apologistes de pseudo-gauche. Le sentiment de tromperie ressenti par les travailleurs face aux trahisons de leurs intérêts par les syndicats s’est vu confirmé dans un récent sondage.

Ce sondage révèle que 68 pour cent des personnes interrogées ne font nullement confiance aux syndicats. Cela représente une forte hausse par rapport aux 47 pour cent en 2010, lorsqu’ils avaient imposé les coupes dans les retraites exigées par le président de droite Sarkozy.

(Article original paru le 8 mai 2014)

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