Discours de Nick Beams : la Journée internationale des travailleurs et l'effondrement du capitalisme mondial

Par Nick Beams
14 mai 2014

Voici le texte du discours prononcé par Nick Beams, secrétaire national du Socialist Equality Party d'Australie, lors de la conférence internationale en ligne pour la Journée internationale des travailleurs organisée par le Comité international de la Quatrième Internationale le dimanche 4 mai dernier.

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Six ans après l'éclatement de la crise financière mondiale, les travailleurs du monde entier font face à un fait indiscutable: tous les dangers qui les menacent – la guerre et l'offensive généralisée contre leurs emplois et leurs conditions de vie – découlent de l'effondrement du système capitaliste mondial qui a commencé en septembre 2008. 

Dès le départ, le Comité international de la Quatrième Internationale a insisté sur le fait que cette crise vient des contradictions ancrées dans les fondations mêmes du système capitaliste. Ces contradictions, qui ont explosé avec l'éclatement de la Première Guerre mondiale en août 1914 et ont entraîné toutes les horreurs qui ont suivi, remontent à la surface une fois de plus. 

Quand nous décrivions cette crise comme un effondrement, nous n'entendions pas par là que le système capitaliste va simplement s’arrêter. La crise va développer à la place l'activité la plus intense de la part des classes dirigeantes sous deux formes: la poussée vers de nouvelles guerres impérialistes, chacune des grandes puissances cherchant à améliorer sa position au détriment de ses rivales, et la restructuration violente des relations de classe dans chaque pays pour renvoyer la classe ouvrière aux conditions de vie des années 1930 et avant. 

Nous insistions sur l'idée que la bourgeoisie et ses dizaines de milliers d'économistes, de laboratoires d'idées, d'équipes d'analystes et d'experts d'un genre ou d'une autre, soutenus par une vaste capacité informatique, n'ont aucune politique visant au retour de ce qui était considéré comme les conditions d'une économie capitaliste «normale». 

Notre analyse a-t-elle résisté à l'épreuve des faits? Elle a été complètement validée. Dans l'ensemble, le terme «stagnation séculaire» est utilisé pour qualifier la situation des principales économies capitalistes. 

Les États-Unis, qui sont toujours la plus grande économie nationale du monde, vont entrer dans leur sixième année de prétendue «reprise». Mais il s'agit d'une «reprise» sans précédent. Le produit intérieur brut a augmenté de 1,8 pour cent par an en moyenne depuis la fin de la récession, la moitié du rythme des trois périodes d'expansion précédentes. 

Au début du mois, les données officielles ont montré que la croissance des États-Unis au premier trimestre de cette année n'a atteint que 0,1 pour cent. Comme pour célébrer la folie de l'économie post-2008, Wall Street a salué cette nouvelle par un record en bourse. 

La situation en Europe n'est pas meilleure. Le chômage est à près de 12 pour cent, celui des jeunes dans certains pays est à 60 pour cent. Le PIB est presque de 10 pour cent inférieur à ce qu'il aurait été si la tendance d'avant la crise avait continué. Le PIB n'est même pas retourné aux niveaux atteints à la veille de la crise financière. L'investissement est en baisse de 25 pour cent et la production industrielle est de 16 pour cent inférieure à la tendance d'avant la crise. Au moins huit pays de la zone euro subissent une déflation – un signe immanquable de stagnation. 

Et quelles politiques les élites dirigeantes européennes, auteures du prétendu modèle social de marché qui était censé donner une forme plus humaine au capitalisme, proposent-elles? Elles exigent encore plus férocement l'austérité pour la classe ouvrière. 

Après l'éclatement de la crise de 2008, les commentateurs, les laquais universitaires et les pontifes de l'économie surpayés qui servent le système d'exploitation, ont affirmé que les fameux «marchés émergents», avec la Chine à leur tête, allaient offrir une nouvelle base pour le développement capitaliste mondiale. Nonobstant la catastrophe dans les grands centres du capitalisme, ces économies devaient pouvoir «se découpler» et ainsi, après quelques troubles, la croissance économique reprendrait. 

Quelle sinistre farce! La Chine est au bord d'un désastre financier. La question n'est plus de savoir s'il y aura une crise, mais quand éclatera-t-elle, quelle sera son ampleur, et quelles seront les conséquences pour le système capitaliste dans son ensemble. 

L'une des principales conclusions établies par le fondateur du socialisme scientifique, Karl Marx, est que l'accumulation capitaliste implique nécessairement l'entassement d'une grande richesse à un pôle de la société et l'accumulation de la pauvreté et de la misère à l'autre. La conclusion de Marx a fait l'objet d'attaques continuelles au fil des décennies parce qu'elle démontrait que la polarisation sociale n'est pas produite par des politiques que des politiciens «éclairés» pourraient en quelques sortes inverser, mais vient de la logique objective du système d'exploitation lui-même, et qu'elle ne peut donc être stoppée que par la renversement des relations de propriété capitalistes.

Les faits et les statistiques prouvent que Marx avait raison. Toute crise majeure de l'économie a cet effet: elle se débarrasse des phénomènes éphémères, de l'historique transitoire et temporaire, et met à nu les forces sous-jacentes, fondamentales, qui mènent le système de profit. La crise de 2008 n'était pas une exception. Durant les six années passées, la polarisation sociale s'est accélérée et le monde est maintenant aux mains d'une poignée de ploutocrates. 

Il a été calculé que les 85 personnes les plus riches du monde – seulement 85 – possèdent maintenant autant d'argent que les 50 pour cent les plus pauvres de la population mondiale, soit 3,5 milliards de gens. 

La richesse du 1 pour cent le plus riche est de 110.000 milliards de dollars. C'est 65 fois la richesse totale des 50 pour cent les plus pauvres. En même temps, 3 milliards de personnes vivent avec moins de 2,50 dollars par jour. Rien dans l'histoire ne peut être comparé à cette immense concentration de richesse. 

Ceux qui critiquent Marx soutiennent que ses conclusions étaient, peut-être, valides il y a 150 ans, mais qu'elles ont été dépassées par l'histoire. En fait, elles représentent l'analyse la plus presciente des tendances économiques et sociales fondamentales, non pour le 19e siècle, mais pour le 21e. 

La classe dirigeante et ses défenseurs ne peuvent expliquer la crise de leur propre système. Certains d'entre eux maintiennent qu'elle vient d'une régulation et d'une surveillance insuffisantes de la finance, d'autres, que c'est le résultat de mauvaises politiques. Certains, qui ont une fibre plus «gauchiste», adoptent un point de vue à plus long terme et maintiennent que la crise est due à l'abandon des politiques keynésiennes du boom d'après-guerre et à leur remplacement par un programme libéral lancé par Reagan et Thatcher. Comme si un acteur de série B et une fille d'épicier déterminée à s'élever socialement étaient des personnages historiques d'importance mondiale. 

Toutes ces assertions s'appuient sur l'affirmation que les crises sont en quelque sorte le résultat de facteurs externes au capitalisme lui-même, dont il ne serait qu'une victime. Cette approche découle d'une orientation de classe et de perspectives historiques bien définies. Quelles que soient les différences entre elles, toutes les ex sections «libérales» et «de gauche» maintiennent que le capitalisme n'est pas un mode de production qui s'est développé historiquement (et dont l'existence est finie dans le temps), destiné à passer dans l'histoire, comme l'esclavage et le féodalisme, mais que c'est la seule forme viable d'organisation socioéconomique. 

Les marxistes ont un point de vue fondamentalement opposé: les crises et les catastrophes économiques ne se développent pas en dehors du système capitaliste, elles sont ancrées dans ses contradictions internes fondamentales. 

Les partisans du profit nient l'existence de ces contradictions fondamentales. Mais comme l'a expliqué Marx: «Les crises existent parce que ces contradictions existent […] Le désir de se convaincre de la non-existence de ces contradictions est en même temps l'expression d'un vœu pieu que ces contradictions, qui sont réellement présentes, ne devraient pas exister.»

Les contradictions du capitalisme prennent deux formes principales: celle entre le caractère mondial de la production et le système des États-nations qui divisent le monde; et celle entre le développement de la productivité du travail et la production socialisée d'une part, et la propriété privée des moyens de production d'une autre, qui constitue le fondement de l'appropriation privée de la richesse par l'intermédiaire du système de profit. 

La première se manifeste par la lutte entre des États-nations rivaux et les grandes puissances pour la domination de l'économie mondiale, ce qui entraîne la guerre; la seconde, par les effondrements économiques qui sont surtout caractérisés par le développement du chômage et de la misère sociale parallèlement à la production d'immenses richesses. 

Pendant de longues périodes – tout au moins quand on les mesure à l'aune d'une vie humaine – il peut sembler que ces contradictions puissent être maintenues sous contrôle ou même dépassées. Mais comme le démontrent si clairement la crise économique et géopolitique mondiale actuelle, elles remontent à la surface une fois de plus. 

Il y a cent ans, en 1914, l'effondrement du capitalisme a pris la forme d'une guerre mondiale. Aujourd'hui, ses premières expressions ont pris la forme d'une crise prolongée du système financier mondial. 

Wall Street bat des records tandis que l'économie américaine et mondiale stagne. Est-ce que l'expression de la décomposition du système pourrait être plus flagrante? Et les conséquences de cet effondrement seront les mêmes qu'en 1914 – la guerre mondiale, la dépression, le fascisme et l'autoritarisme. 

Comme Marx l'a si bien dit : «L'incompatibilité croissante entre le développement productif de la société et ses relations de productions qui existaient jusque-là s'exprime par des contradictions amères, des crises, des spasmes. La destruction violente du capital, non pas par des relations qui lui sont extérieures, mais comme une condition de sa propre préservation, est la forme la plus frappante par laquelle s'exprime sa tendance à disparaître et à faire place à une forme plus élevée de production sociale.» 

Mais le capitalisme ne se retirera pas pacifiquement dans l'histoire. Il tentera d'entraîner toute l'humanité dans sa chute et d'imposer de nouvelles formes de barbarie. On ne peut pas laisser les classes dirigeantes l'emporter. La «tendance» dont parlait Marx, doit en fait être réalisée par une très grande force – la lutte unifiée de la classe ouvrière internationale, porteuse de la «forme plus élevée de la production sociale» – pour la conquête du pouvoir politique et l'établissement du socialisme international. 

Ce rassemblement international en ligne pour la Journée internationale des travailleurs, organisée par le Comité international de la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste, est un pas important dans cette direction. 

(Article original paru le 6 mai 2014)