Non à l’invasion israélienne de Gaza

Déclaration du Comité international de la Quatrième Internationale

19 juillet 2014

Le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) dénonce l’invasion terrestre dans Gaza par les forces armées d’Israël. Ce qui se déroule en ce moment est un crime de guerre consciemment commis contre une population sans défense de 1,8 million de Palestiniens qui est prise au piège dans la minuscule enclave de moins de 518 kmdu fait des blocus imposés par l’Etat sioniste au Nord et à l’Est, et par le régime égyptien au Sud.

Tous ceux parmi les cercles dirigeants qui affirment que le massacre est une réaction justifiée face aux roquettes de fabrication artisanale tirées sur Israël par le Hamas, mouvement islamiste palestinien, sont absolument méprisables. Un seul Israélien est mort suite aux actions de représailles organisées par le Hamas suite au massacre de dizaines de ses adhérents et de centaines de civils palestiniens, dont un grand nombre de femmes et d’enfants lors de frappes aériennes menées par Israël.

Durant tout le mois de juin, les forces israéliennes ont invoqué le prétexte de rechercher trois adolescents portés disparus pour se déchaîner en Cisjordanie, en interpellant plus de 600 membres du Hamas et en terrorisant la population palestinienne. Pendant ces deux dernières semaines, Israël a semé la mort et la destruction sur Gaza en ciblant non seulement plus d’un millier d’habitations de civils mais aussi des cafés, des mosquées, des dispensaires, des véhicules clairement identifiés comme faisant partie de la presse, des usines de traitement des eaux et des stations d’épuration.

L'affirmation que l’invasion de Gaza a été provoquée par le refus du Hamas d’accepter un cessez-le-feu négocié par l’Egypte n’est pas moins méprisable. Ce soi-disant cessez-le-feu ne comprenait aucune des demandes de base formulées par les Palestiniens et en premier lieu la levée du blocus économique et la libération des personnes détenues par Israël en Cisjordanie et d’autres prisonniers politiques. Il n'a été proposé que pour être rejeté et fournir ainsi aux Etats-Unis, aux puissances européennes et aux Etats arabes la propagande dont ils avaient besoin pour légitimer l’attaque israélienne.

Moufid al-Haseena, ministre du Logement du Hamas, a déclaré hier : « Nous voulons un cessez-le-feu, mais pas un cessez-le-feu à n’importe quel prix. Nous ne sommes pas des animaux. Qu’est-ce qu’un cessez-le-feu sans une ouverture des points de passage ? Sans salaire ? Sans emplois ? »

Au moins 243 Palestiniens avaient déjà été tués dans Gaza avant l’invasion terrestre, et plus de 1.800 autres blessés. Maintenant, le carnage va vraiment s'intensifier.

Le général de brigade Motti Almoz, porte-parole des Forces de défense d'Israël (FDI) a déclaré qu’à partir de jeudi soir 22 heures, « une ample force terrestre accompagnée d’un massif soutien des forces aériennes, navales et du renseignement prennent le contrôle de cibles dans Gaza, en s’attaquant aux tunnels, aux militants terroristes et à l’infrastructure. »

Le premier ministre du gouvernement israélien, Benjamin Netanyahou a ordonné hier la mobilisation de 18.000 réservistes supplémentaires. Les combattants palestiniens peu armés qui tentent de défendre leur peuple sont confrontés à plus de 60.000 soldats israéliens équipés de chars, d'artillerie lourde, d'avions et d'hélicoptères de combat, de drones armés et de la dernière génération de gilets pare-balles fournis par les Etats-Unis.

Les journalistes qui ont donné des informations sur Twitter et fait part dans d’autres comptes rendus des phases initiales de l’attaque ont déjà décrit des scènes de terreur survenues dans des villes du Nord de la bande de Gaza comme Bei Lahiya et Al Atatra. Le côté palestinien de la frontière est pilonné par ces chars et des tirs d’artillerie, des frappes aériennes et des navires de guerre israéliens croisant au large de la côte. L’électricité a été coupée plongeant ainsi la région dans une obscurité totale, à l’exception des éclairs provoqués par les explosions.

Le ministre palestinien de la Santé a fait état de « dizaines de personnes transportées dans des hôpitaux dans le Nord, qui suffoqueraient sous l’effet d’un certain type de gaz. » Avant l’offensive terrestre, les autorités sanitaires avaient déjà allégué que les FDI tiraient une fois de plus des munitions illégales au phosphore blanc tout comme ils l’avaient déjà fait durant l’attaque de 2008-2009 contre Gaza et comme les forces américaines l'avaient aussi fait durant le siège de 2004 de la ville de Falloujah en Irak.

Les représentants de Netanyahou ont déclaré que l’objectif n’était pas de renverser le gouvernement du Hamas. Le but de l’offensive est de perpétrer une tuerie de masse et d'infliger la destruction de masse pour ensuite se retirer après avoir réduit Gaza en cendres. Dans le Nord de l’enclave, des tracts largués par des avions des FDI ont ordonné à la population de six villes entières situées près de la frontière israélienne d’abandonner leur maison et de se réfugier dans la ville de Gaza. Les résidents de quatre villes au centre du territoire ont été sommés d’évacuer leur domicile pour se rendre à Khan Younes tandis que dans le Sud, il a été demandé aux habitants de deux villes d'aller à Rafah.

Des dizaines de milliers de personnes n’ont pas été en mesure ou n’ont pas voulu obéir aux instructions et se trouvent désormais à la merci de l’armée israélienne. Les prochains jours révèleront si l’ordre a été donné aux FDI de raser entièrement les communautés ciblées, sous le prétexte de détruire les tunnels allant de Gaza à Israël et de mettre un terme à la capacité des combattants du Hamas de lancer leurs tirs de roquettes inefficaces.

Les actions menées par le régime de Netanyahou témoignent de la totale désagrégation morale des défenseurs du sionisme et de l’impasse absolue de leur perspective réactionnaire de délimiter un Etat capitaliste juif sectaire au Moyen Orient. La tentative sioniste de canaliser les énormes tensions de classe internes de la société israélienne pour écraser la résistance de la population palestinienne qui dure depuis des décennies a pris l’ampleur d’un génocide. Indépendamment du nombre de gens qui mourront dans Gaza dans les jours et les semaines à venir suite à des tirs de missiles et sous les balles, la vie de centaines de milliers de personnes est menacée par le quasi effondrement de l’approvisionnement en eau potable et du traitement des eaux.

Le gouvernement Netanyahu serait incapable de mener sa guerre contre le peuple palestinien sans la palette d’accessoires nécessaires à ces crimes. L’impérialisme américain fournit à Israël une aide politique et militaire inépuisable. Les puissances européennes ont publié une déclaration prévisible disant qu’alors que l’Union européenne « déplore la perte de vies innocentes » dans la bande de Gaza, « Israël a le droit de protéger sa population. » L’Egypte, les autres Etats bourgeois arabes et l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas ont fustigé le refus du Hamas d’accepter le simulacre de cessez-le-feu qu’ils ont organisé avec Israël. La direction même du Hamas n’a d’autre réponse à apporter à l’attaque que d’en appeler à ces forces bourgeoises arabes et aux Nations unies, contrôlées par l’impérialisme, et qui ont totalement trahi le peuple palestinien.

Les atrocités infligées dans Gaza accentueront le dégoût et l’hostilité éprouvés par les travailleurs et les jeunes à l’égard de leur propre gouvernement et classe dirigeante, en Israël et à travers tout le Moyen-Orient et le monde. L’avenir dépend, comme le souligne la perspective du WSWS datée du 16 juillet (Voir :« La crise toxique de la société israélienne »), de la construction de sections du Comité international de la Quatrième Internationale pour lutter en faveur du programme de l’internationalisme socialiste, de l’unité de la classe ouvrière arabe et juive ainsi que pour une lutte commune contre le capitalisme et l’impérialisme.

(Article original paru le 18 juillet 2014)