France : la maire de Calais demande la répression des migrants et menace de bloquer le port

Par Stéphane Hugues
9 septembre 2014

La maire de Calais, Natacha Bouchart, du parti de droite Union pour un mouvement populaire (UMP) a menacé la Grande-Bretagne de bloquer le port de Calais à moins que le gouvernement de Londres ne contribue au financement de la répression des migrants pris au piège dans la ville et qui veulent passer en Grande-Bretagne. La menace de Bouchart comporte le bloquage du passage de milliers de voitures et de camions qui traversent chaque jour la Manche pour se rendre en Grande-Bretagne.

Bouchart a lancé sa menace après que 100 réfugiés désespérés ont tenté de prendre la police de vitesse et d’embarquer sur un ferry de P&O qui devait partir pour la Grande-Bretagne au début de la semaine dernière. L’équipage du ferry a relevé les rampes et l’escalier du ferry et a tourné ses lances à incendie contre les réfugiés.

« Je peux prendre la décision de bloquer le port (...) Je peux engager des pressions. Ce serait illégal, mais je veux aujourd'hui un geste fort des Britanniques, » a déclaré Bouchart à des journalistes parisiens après avoir rencontré le ministre français de l’intérieur Bernard Cazeneuve.

Elle a indiqué qu’elle n’avait pas discuté de sa proposition avec Cazeneuve, « Mais je lui ai dit que j'attendais qu'il engage des négociations fortes avec les Britanniques. » En bloquant le port, Bouchart tente de se servir de la situation pour obtenir de l’argent du gouvernement britannique. Elle affirme que Calais paye actuellement 10 millions d’euros par an de « frais de sécurité » pour faire la police des réfugiés.

Le coup de colère de Bouchart et ses menaces d’une action ouvertement illégale s’inscrivent dans des décennies de montée de la persécution de la part des autorités européennes contre les migrants qui tentent de traverser l’Europe pour atteindre la Grande-Bretagne. Il y a 1500 réfugiés de plus à Calais et dans ses environs qui voudraient se rendre en Grande-Bretagne. La plupart d’entre eux fuient la famine ou les guerres impérialistes qui sévissent dans leurs pays, dont la Syrie, l’Afghanistan, l’Érythrée et la Somalie, ils sont contraints de dormir en plein air sans abris.

Les groupes de soutien aux réfugiés tentent de les aider en distribuant de la nourriture, mais les réfugiés ont été réduits à des conditions de vie encore pires que les sans abris. Avant, ils pouvaient construire des abris de fortune sur des terrains inutilisés. Maintenant ces habitations sont systématiquement détruites.

Jusqu’en 2002, les réfugiés étaient abrités dans un centre de la Croix rouge à Sangatte près de Calais. Le ministre de l’Intérieur d’alors, Nicolas Sarkozy a fait fermer ce camp et a contraint les réfugiés à trouver refuge là où ils pouvaient sur la zone de Calais.

L’incident de cette semaine a été utilisé par les médias britanniques pour renforcer la propagande contre les aides sociales en Grande-Bretagne où le gouvernement a imposé pendant des décennies des programmes d’austérité massifs contre la classe ouvrière. Le Daily Star a écrit que la Grande-Bretagne devait mettre fin à sa politique des « aides sociales pour tous », son argument étant que « nous avons besoin d’être durs et d’arrêter de dérouler le tapis rouge. »

L’organe de la City, le Financial Times a tenté de faire porter aux « migrants illégaux » les conséquences de la politique d’austérité de celle-ci. « L’UE en tant que bloc a été bien trop réticente à traiter le défi de l’immigration illégale » dit ce journal, indiquant que l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni, la France et la Suède avaient accueilli 70 pour cent des personnes ayant le statut de réfugiés, alors que les Etats d’Europe de l’Est avaient été moins généreux. « Ce que les gouvernements doivent comprendre, cependant, c’est que l’immigration illégale n’est pas un problème qui pourrait être ignoré, » ajoute-t-il.

En fait, la situation désespérée des migrants à Calais témoigne du caractère complètement réactionnaire des programmes de l’UE de protection des frontières contre l’immigration comme Frontex. Ils ont créés une situation dans laquelle des millions de migrants sont piégés et des dizaines de milliers meurent aux frontières de la ‘Forteresse Europe’.

Le gouvernement britannique a mis en place des contrôles draconiens autour des côtes britanniques. Les contrôles frontaliers drastiques sur le continent européen ont entraîné un nombre incalculable de morts par noyade en particulier au large de l’île italienne de Lampedusa près de la Libye ravagée par la guerre.

Le gouvernement PS (Parti socialiste) du Premier ministre Manuel Valls a en particulier tenté de persécuter les migrants pour renforcer son image autoritaire et lancer des appels fascisants à la base électorale croissante du Front national (FN) néo-fasciste. Tout en lançant des mesures d’austérité profondes contre la classe ouvrière, Valls a défendu l’idée que tous les Roms devraient être déportés de France.

A Calais, le désespoir des réfugiés tentant de monter à bord du ferry vient du fait que depuis le début de 2014, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a placé en permanence toute une compagnie de CRS, la police paramilitaire largement haïe, pour leur faire la chasse.

En juillet de cette année, le nouveau gouvernement Valls a répondu à la demande de Bouchart d’expulser les migrants de la ville. Les objectifs réactionnaires de Bouchart et Valls sont de renforcer le sentiment anti-immigrés et d’en appeler à la base électorale croissante du FN en diabolisant ces réfugiés.

Valls a envoyé la police et les CRS qui ont utilisés des bombes au poivre et des gaz lacrymogènes pour charger plus de 500 réfugiés dans des bus et les emmener dans divers centres de détention dans toute la France pour qu’ils y soient soumis aux procédures concernant les immigrés illégaux.

Ce fut la plus grande attaque contre les réfugiés à Calais cette année, mais la police les a constamment harcelés depuis lors. En dépit de ce harcèlement, de nouveaux réfugiés ainsi qu’une partie des 500 qui avaient été emmenés ailleurs sont revenus dans la région de Calais.

(Article original paru le 6 septembre 2014)