Le changement climatique et le système capitaliste

Par Patrick Martin
24 septembre 2014

Les preuves scientifiques du changement climatique sont accablantes et irréfutables. Chaque année, de nouveaux rapports provenant des plus grands scientifiques du monde documentent l'impact des niveaux élevés de dioxyde de carbone et d'autres gaz à effet de serre sur l'environnement, en plus de lancer des mises en garde qu'une action immédiate est nécessaire pour éviter une catastrophe. Déjà, les conséquences du changement climatique peuvent être vues dans l'augmentation des grandes calamités climatiques telles les sécheresses, les inondations, les tempêtes mortelles et autres catastrophes.

Pourtant, il y a un contraste évident entre l'urgence de la situation et l'absence de toute réponse significative de l'establishment politique. Ce contraste est le produit du fait élémentaire qu'il est impossible de résoudre le problème du changement climatique, comme tout autre problème environnemental majeur, dans le cadre du système de l'État-nation capitaliste.

Pour cette raison, la perspective sur laquelle la Marche des peuples pour le climat est organisée n'offre aucune voie de l'avant. Les appels aux Nations Unies, aux gouvernements des grandes puissances mondiales, au président Obama et aux milliardaires qui souscrivent à la plupart des organisations environnementales – tous ces efforts ne mènent à rien.

D'un point de vue scientifique et technologique, le cadre d'une politique pour lutter contre le changement climatique est clair. L'élimination progressive des combustibles fossiles et leur remplacement par des sources d'énergie renouvelable comme les énergies éolienne, solaire, thermique, hydroélectrique et de biomasse, ne peuvent être réalisés que grâce à un important programme coordonné de travaux publics à l'échelle mondiale.

Toute proposition sérieuse de remédier aux effets du changement climatique et de stopper et d'inverser le réchauffement climatique se heurte toutefois à deux obstacles majeurs: la propriété privée des moyens de production exercée par une poignée de milliardaires capitalistes et la division du monde en État nations capitalistes rivaux.

Les grandes sociétés et les banques qui sont les véritables dirigeants de la planète représentent les intérêts d'une infime minorité de l'humanité, en premier lieu des quelque 2000 milliardaires qui constituent une aristocratie financière mondiale plus rapace, arrogante et réactionnaire que la noblesse française avant 1789 ou les propriétaires fonciers et les capitalistes tsaristes avant 1917.

Quelques dizaines de sociétés d'énergie monopolisent les ressources pétrolières et gazières du monde et voient dans toute diminution de la dépendance aux combustibles fossiles une menace à leurs gigantesques profits. Ces sociétés sont elles aussi étroitement liées aux grandes banques et institutions financières.

Le système de l'État-nation capitaliste constitue également une barrière impénétrable à toute politique de prise de décision rationnelle en matière de changement climatique et autres questions environnementales – prise de décision qui doit nécessairement être prise à l'échelle mondiale. Chaque puissance impliquée dans les discussions sur le réchauffement climatique mondial – les États-Unis, l'UE, la Chine, la Russie, les pays de l'OPEP – examine la question du point de vue des intérêts de sa propre classe dirigeante, et non pas de celui de la survie de l'humanité.

La classe dirigeante américaine joue le rôle le plus réactionnaire, refusant de se conformer à l'accord de Kyoto et ayant torpillé les négociations à Copenhague, Cancún et Durban. Après son arrivée au pouvoir en promettant de prendre des mesures pour s'attaquer au réchauffement planétaire, l'administration Obama a consciencieusement fonctionné comme une division de l'élite patronale et financière et de l'appareil militaire et du renseignement. Tout comme les négationnistes du réchauffement climatique, le Parti démocrate s'oppose à toute mesure importante pour s'attaquer aux problèmes environnementaux.

Le véritable rôle de l'administration Obama est résumé dans deux mesures prises la semaine dernière. Mardi, l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) a mis en veilleuse de nouvelles normes pour les émissions de carbone provenant des centrales électriques des États-Unis, les reportant au-delà des élections du 4 novembre, dans un effort évident de s'attirer les faveurs des monopoles énergétiques. Et jeudi, le Congrès américain a définitivement approuvé les plans d'Obama de dépenser 500 millions de dollars pour armer les «rebelles» pro-impérialistes en Syrie, dans le cadre de ses efforts pour élargir la guerre au Moyen-Orient.

Le Parti de l'égalité socialiste (Socialist Equality Party – SEP) lance une mise en garde: aucun progrès ne sera possible dans la lutte contre le changement climatique sans une rupture avec l'impérialisme américain et mondial et une déclaration de guerre ouverte contre le système capitaliste même. Seule la mobilisation indépendante de la classe ouvrière internationale, sur la base d'un programme socialiste, offre une voie de l'avant.

Dans ce contexte, nous rejetons entièrement les revendications que la menace pour l'environnement est causée par le développement économique en général, par les conditions de vie prétendument trop élevées des travailleurs ou par la surpopulation. Ces conceptions, qui remontent à Thomas Malthus et aux débuts du capitalisme, représentent un effort réactionnaire pour blâmer l'humanité pour les problèmes causés par le mode de production capitaliste.

Le socialisme est un progrès au-delà du capitalisme et non pas une régression vers une forme plus petite et plus primitive de la vie. La terre peut supporter une population avec un niveau de vie moyen bien supérieur à celui qui prévaut actuellement sous le capitalisme.

La base sociale pour renverser le capitalisme est la classe ouvrière, qui ne doit pas être confondue avec les syndicats, dont beaucoup ont participé à la Marche des peuples pour le climat. Les syndicats ont depuis longtemps cessé de représenter la classe ouvrière. Ils jouent maintenant un rôle essentiel dans la réalisation de l'assaut implacable sur les emplois et les conditions de vie, faisant tout ce qu'ils peuvent pour soutenir le Parti démocrate et le système capitaliste.

Les syndicats et les organisations qui gravitent autour d'eux (dont les nombreuses organisations qui ne sont «socialistes» que de nom seulement), voient la Marche pour le climat comme une opportunité pour renforcer le Parti démocrate et ses appuis pour les prochaines élections.

Le SEP et ses alliés se battent à l'échelle internationale pour un programme révolutionnaire, comprenant la nationalisation de toutes les grandes entreprises et des banques afin de les placer sous le contrôle démocratique des travailleurs. Cette mesure doit devenir le point de départ de la réorganisation rationnelle de l'économie mondiale afin de satisfaire les besoins des masses – y compris leurs besoins environnementaux – et non pas des intérêts lucratifs privés.

Cette transformation doit être réalisée par l'unification internationale de la classe ouvrière dans tous les pays, l'abolition des frontières nationales et du système de l'État-nation, et la création d'une fédération mondiale des républiques socialistes qui s'affairera à abolir les inégalités économiques.

La lutte pour ce programme nécessite la construction d'une direction politique au sein de la classe ouvrière. Nous demandons instamment à tous ceux qui ont participé aux manifestations et aux marches pour le climat de contacter le SEP, de lire le World Socialist Web Site et de prendre la décision de lutter pour le socialisme mondial.

(Article paru d'abord en anglais le 20 septembre 2014)