Amnesty International rassemble des preuves sur des crimes de guerre commis par la milice pro-Kiev

Par Julie Hyland
12 septembre 2014

Amnesty International a publié le 8 septembre un rapport (report) sur les crimes de guerre commis par les forces pro-Kiev contre des citoyens d’appartenance ethnique russe en Ukraine orientale. Le document, « Ukraine : violations et crimes de guerre commis par le bataillon de volontaires Aïdar au Nord de la région de Lougansk, » est le résultat d’une mission d’enquête de deux semaines dans la région. Il confirme que le régime de Kiev utilise des milices d’extrême-droite pour réprimer l’opposition pro-russe au coup d’Etat de février qui était soutenu par l’Occident, avec l’appui tacite des Etats-Unis et de l’Union européenne (UE).

Le bataillon Aïdar figure parmi la cinquantaine d’unités de « volontaires » qui constituent un élément essentiel de l’« opération anti-terroriste » en Ukraine orientale, mise en place par le gouvernement du président Petro Porochenko. Amnesty n’indique pas les affiliations politiques du bataillon Aïdar dont la devise est « Dieu est avec nous » même s’il est décrit par ailleurs comme étant d’extrême-droite. Comme bon nombre d’autres organisations fascistes, ses membres étaient actifs dans les protestations du Maïdan qui étaient parrainées par Washington et Berlin et qui ont renversé en février dernier le président Viktor Ianoukovitch.

Avant les événements documentés par Amnesty dans le Nord de Lougansk, Aïdar avait été impliqué dans une attaque contre Shchastya, situé à 24 kilomètres de Lougansk, lors de laquelle dix civils étaient morts, et l’enlèvement de personnels influents dont le maire, Sergeï Kravchenko.

Le rapport précise, « Bien que salué par beaucoup à l’échelle nationale comme une force de combat engagée, le bataillon Aïdar a acquis localement la réputation de perpétrer des représailles brutales, de commettre des vols, des bastonnades et des extorsions. »

Certains de ces abus « constituent des crimes de guerre pour lesquels leurs auteurs et, probablement, le commandement, sont responsables en vertu du droit national et international. »

Les personnes enlevées ont été accusées d’être des collaborateurs russes, elles ont été violemment frappées et dévalisées. Amnesty cite l’enlèvement, les 25-27 août, de quatre mineurs de Novodruzhesk, dont l’un d’entre eux fait de la chimiothérapie pour un cancer du poumon. Celui-ci a expliqué en détail comment le bataillon Aïdar est arrivé chez lui en minibus, l'a contraint sous la menace d’un fusil à s’allonger sur le sol, l'a frappé à coups de pied et de poing, lui cassant la mâchoire. Il a été emmené dans un centre de détention de fortune, où 12 à 15 autres personnes étaient détenues, et gardé les yeux bandés et ligoté avec du ruban adhésif. Il a finalement été relâché mais seulement après que ses clés, son portefeuille et ses cartes bancaires lui ont été volés.

Un homme d’affaires de la région, accusé d’être un séparatiste, a été arrêté le 25 août par la milice Aïdar qui a volé 1.700 euros qui se trouvaient dans sa voiture. Un jour plus tard, on lui a dit que le bataillon Aïdar allait le remettre aux mains d’une unité du Service de sécurité ukrainien (SBU), « mais je voyais bien qu’il s’agissait des mêmes personnes. »

Le 23 août, il y a eu une descente des membres d’Aïdar au domicile d’Olena, 82 ans, dans le village d’Olexandrivka près de Severodonetsk, apparemment pour rechercher son petit-fils qu’ils accusaient d’être un séparatiste. Tirant à l’arme automatique, ils ont touché Olena qui s’était cachée dans le garage. Elle a subi sept heures de chirurgie pour des « blessures abdominales graves. »

Amnesty a dit avoir fait part de ses préoccupations sur de tels abus à un commandant d’Aïdar qui « a confirmé que le bataillon utilisait une procédure ‘simplifiée’ pour les détentions. » La police et les autorités militaires de Severodonetsk ont confirmé que 38 affaires pénales étaient ouvertes contre des membres du bataillon Aïdar, principalement pour vol qualifié.

Bien que celles-ci aient été transmises aux ministères de la Défense et de l’Intérieur, elles sont « restées à ce jour sans résultat tangible, » dit le rapport.

Amnesty présente les crimes qu’il documente comme étant le résultat de l’échec des autorités ukrainiennes à maîtriser « efficacement Aïdar et d’autres bataillons de volontaires en matière de commandement et de contrôle. »

Sinon, déclare Amnesty, les activités de tels bataillons « risquent d’aggraver considérablement les tensions à l’Est du pays et de saper les intentions proclamées par la nouvelle autorité ukrainienne de renforcer et de faire prévaloir l’Etat de droit plus généralement »

De telles affirmations dissimulent le caractère bidon de l’engagement de Kiev à respecter « l’Etat de droit. » Un rapport publié le 29 août par le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a constaté que le parlement ukrainien avait adopté trois lois élargissant le pouvoir de la police dans l’Est du pays qui « semblent être contraires aux normes et règles internationales des droits de l’homme. »

De plus, le recours de Porochenko aux milices d’extrême-droite n’est pas une question de structures de commandement insuffisantes. Cela fait partie des objectifs politiques réactionnaires de Kiev. Ceci comprend non seulement la poursuite d’une guerre civile brutale dans l’Est mais aussi l’appauvrissement des travailleurs ukrainiens au moyen de son pacte avec l’UE et le Fonds monétaire international (FMI). Ceci vise avant tout à fournir un prétexte pour une action militaire contre la Russie.

En début de semaine, la chaîne publique allemande ZDF a diffusé une vidéo filmée par la télévision norvégienne TV2 montrant des soldats ukrainiens arborant des symboles nazis sur leur casque et des croix gammées. Le magazine droitier américain Foreign Policy a décrit la situation à Marioupol, qui se trouve actuellement au cœur du fragile cessez-le-feu convenu entre Moscou et Kiev. Parmi les drapeaux ukrainiens qui flottent sur les bâtiments officiels calcinés, est-il dit, un autre symbole est tout aussi manifeste, la rune Wolfsangel (« Croix de loup ») du fascisme hitlérien.

Des membres du bataillon Azov néonazi jouent un rôle central dans la bataille que mènent les autorités pour prendre le contrôle. Fondé par Andriy Biletsky, chef de la fasciste Assemblée sociale nationale (ASN) et des Patriotes ukrainiens, le bataillon est parrainé par le troisième plus riche oligarque de l’Ukraine, Igor Kolomoysky, qui finance aussi d’autres unités paramilitaires.

Kolomoysky est juif, et détient la double nationalité ukrainienne et israélienne, fait qui souligne le rôle perfide de la politique étrangère israélienne qui, au service de son bailleur de fonds de Washington, soutient les forces les plus réactionnaires et antisémites.

Les forces pro-russes disent combattre dans ce conflit contre les nationalistes et les ‘fascistes’ ukrainiens et, dans le cas d’Azov et d’autres bataillons, ces affirmations sont essentiellement véridiques, » déclare Foreign Policy. Le magazine suggèreque Kolomoysky « semble être derrière l’attentat perpétré contre l’ambassade russe à Kiev, » le 14 juin lorsqu’elle a été attaquée avec des cocktails Molotov par des extrémistes de droite.

Foreign Policy déclare que le programme politique du bataillon Azov soutient le système natsiokratiya de gouvernement conçu par les nationalistes ukrainiens dans les années 1930 et 1940, « qui avaient combattu les forces soviétiques mais qui s'étaient aussi rendus coupables d’atrocités tel le meurtre de milliers de Juifs et de Polonais. »

Il cite Oleg Odnorozhenko, commandant adjoint du bataillon Azov, « historien de métier, » qui demande que « l’Europe et les Etats-Unis adoptent une attitude plus agressive envers la Russie et commencent à acheminer des armes aux forces pro-gouvernementales ukrainiennes. »

En d’autres termes, le but déclaré du bataillon qui a promis de « défendre Marioupol jusqu’au bout, » est d’entraîner les puissances occidentales dans un conflit avec Moscou.

Pour Foreign Policy, « L’omniprésence de ces unités paramilitaires a suscité des préoccupations quant à leur influence sur le gouvernement, » tandis que le Wall Street Journal fait remarquer avec une certaine inquiétude que les bataillons d’extrême-droite comme Azov avaient promis de marcher sur Kiev une fois la guerre était terminée dans l’Est.

Les unités droitières sont farouchement hostiles au plan en douze points qui a débouché sur le cessez-le-feu dans l’Est et tracé les étapes vers une décentralisation du pouvoir dans l’Est. Elles ont un intérêt direct à ce qu’il soit rompu.

Mais, à cet égard il y a peu de choses qui les séparent du régime ukrainien lui-même, et d’un grand nombre de leurs soutiens occidentaux. Tout en acceptant un cessez-le-feu, Kiev s’est empressé de poursuivre son offensive à l’Est à temps pour les élections, prévues en octobre, et qui approuveront automatiquement le régime UE/FMI.

Porochenko s’était vanté dernièrement que cinq des pays de l’OTAN, les Etats-Unis, la France, l’Italie, la Pologne et la Norvège, avaient promis d’aider à fournir des armes. En ce qui les concerne, la guerre civile en Ukraine orientale a donné un prétexte aux puissances de l’OTAN pour mettre en œuvre des projets de longue date d’encerclement militaire de la Russie. A cette fin, ils ont prouvé qu’ils n’étaient que par trop disposés à collaborer avec des nazis et d’autres éléments d’extrême droite.

(Article original paru le 11 septembre 2014)