Une réunion du Detroit Workers Action Committee de Detroit s'oppose aux coupures d'eau et à la procédure de faillite de la ville

Par les journalistes du WSWS
15 septembre 2014

Dans la soirée du mardi 10 septembre, plus de 40 travailleurs, étudiants, retraités et jeunes ont participé à une réunion d'urgence du Detroit Workers Action Committee (DWAC) sur le Campus de l'Université de Wayne State. 

Après un temps de discussion, une déclaration intitulée « lutter contre les coupures d'eau et la faillite de Detroit ! » a été votée par les présents et passée à la grande majorité. La déclaration, qui sera distribuée dans toute la ville, appelle à un mouvement politique de la classe ouvrière indépendant pour s'opposer à la mise en faillite de Detroit, en finir avec les profits faits sur le dos des services publics et garantir l'accès à l'eau comme un droit social.  

Lawrence Porter, vice-secrétaire national

Lawrence Porter, vice-secrétaire national du Socialist Equality Party (SEP), a présenté la résolution du DWAC. Il a expliqué que la procédure de faillite est soutenue par l'ensemble de l'élite politique, Démocrates et Républicains, et est supervisée par le juge Steven Rhodes de la Bankruptcy court [l'équivalent du tribunal de commerce mais pouvant aussi juger les personnes publiques, ndt], le maire démocrate Mike Duggan et le liquidateur judiciaire Kevyn Orr.

Le Service des eaux et de l'assainissement de Detroit a repris les coupures d'eau aux résidents après un mois de « pause ». Rhodes, qui a déclaré que les coupures « donnaient un œil au beurre noir à la ville, » a tenté de créer les conditions politiques pour intensifier les attaques contre les travailleurs et les retraités. 

« Le SEP a organisé cette réunion pour préparer une lutte contre les attaques menées à tous les échelons de l'Etat pour détruire les droits des travailleurs obtenus par des dizaines d'années de luttes, » a expliqué Porter. 

« Ces coupures expriment les objectifs réels du liquidateur judiciaire et de cette faillite. Contrairement aux affirmations selon lesquelles tout cela serait fait pour reconstruire Detroit et aider les citoyens de la ville, c'est en fait mené pour détruire des droits détenus de longue date, ce qu'ils ne pourraient pas faire d'une autre manière. » 

« Ce qui se passe à Detroit est une conspiration et un crime social, » a ajouté Porter. « Cela a lieu à Detroit, mais ce n'est que le début. La classe dirigeante veut utiliser la ville comme modèle pour le reste du pays. » Il a cité en particulier les actions tendant à se servir des bankruptcy courts pour écarter les protections constitutionnelles qui couvrent les retraites des employés municipaux.

Porter a passé en revue les expériences faites par le SEP et son organisation internationale étudiante, l'IYSSE, dans leur opposition à cette faillite, entre autre la manifestation contre la privatisation du Detroit Institute of Arts en octobre et l'enquête ouvrière sur la faillite de Detroit en février. 

« La faillite de Detroit est une conspiration soutenue par le gouvernement Obama et fait partie d'une contre-révolution nationale et internationale contre les droits de la classe ouvrière, » a-t-il dit.  

Porter a ensuite mis en avant le programme du DWAC pour s'opposer à cette faillite et aux coupures d'eau.  

« Nous appelons à la formation d'un mouvement de masse de la classe ouvrière qui soit indépendant. Cela ne va pas changer ni s'arrêter en s'en remettant aux tribunaux, aux démocrates et aux républicains ou aux syndicats. Ils travaillent tous ensemble. 

« Nous appelons à un mouvement indépendant, qu'est-ce que cela signifie ? Indépendant des partis bourgeois. Les démocrates et les républicains défendent le système capitaliste. Ils sont absolument unis contre la classe ouvrière. 

Porter a encouragé ceux qui étaient présents à se battre pour construire le DWAC afin d'organiser la classe ouvrière et de se préparer à des actions de masse, y compris une grève générale dans toute la zone de Detroit. 

Cette introduction a été suivie par un temps de discussion sur les détails du programme du DWAC. 

Nathan étudiant à l'université de Wayne State a demandé comment les travailleurs pourraient lutter contre les grands médias, qui soutiennent complètement cette faillite et la politique des coupures d'eau. 

Porter a répondu en expliquant que les travailleurs doivent considérer le World Socialist Web Site comme une alternative aux grands médias. « Nous combattons les médias et nous avons notre propre média, le WSWS. Les médias d'information de Detroit sont des conglomérats patronaux dont la ligne suit les intérêts du monde des affaires, ils soutiennent la faillite et les coupes, et cela les discrédite. » 

Willie Griffin, président de Garden View Estates, a indiqué que dans ses immeubles il y a plus de mille résidents qui ont souvent des problèmes d'accès à l'eau comme à l'électricité. 

Philip, étudiant à Wayne State, a demandé quelle est la position du SEP sur l'organisation People's Water Board et sur l'utilité de la désobéissance civile, comme le fait de bloquer physiquement les camions envoyés pour faire les coupures d'eau des gens. 

Porter a clairement dit que le SEP n'est pas en accord avec le People's Water Board. « Le People's Water Board a soutenu le démocrate John Conyers et travaille directement avec le Parti démocrate. Nous voulons quelque chose de très différent. Nous appelons à un véritable mouvement de masse de la classe ouvrière. 

Leona, une retraitée de Detroit, a demandé ce que le SEP entend par « classe ouvrière » et comment on peut enlever le profit des services d’approvisionnement. 

Jerry White, qui écrit pour le WSWS, a répondu en soulignant que la classe ouvrière est la majorité de la population aux États-Unis et internationalement. « Par notre travail collectif, nous produisons toute la richesse de la société, mais nous n'avons aucun pouvoir sur la manière dont elle est distribuée. Les démocrates et les républicains sont entièrement contrôlés par les élites.  

« Le service des eaux est censé être un service public, » a ajouté White. « Pourtant, 50 pour cent des revenus vont au paiement des frais de la dette aux banques. Les banques contrôlent actuellement le service des eaux. Elles coupent l'eau aux gens pour se débarrasser de la mauvaise dette. 

« L'argent n'est pas utilisé pour réparer les tuyaux d'eau qui fuient ou pour payer les retraites ; il va pour payer les intérêts des dettes aux créanciers. Les travailleurs doivent prendre le contrôle de ces services publics et les mettre sous le contrôle démocratique des travailleurs eux-mêmes. Les services publics doivent fonctionner pour répondre aux besoins humains, pas pour faire des bénéfices. 

« La construction de ce comité et son orientation vers la classe ouvrière sont la seule voie qui permette d'avancer. On ne le fera pas en canalisant la colère des travailleurs derrière les syndicats ou le Parti démocrate, » a dit White. 

Des participants ont parlé aux journalistes du WSWS après la fin de la réunion. 

Duaa, une étudiante de premier cycle à l'Université Wayne State, a trouvé la réunion très révélatrice. » J'ai entendu beaucoup de choses que je n'avais jamais entendues avant. Avant, j'étais mitigée sur la faillite, je me disais qu'il fallait peut-être que cela se fasse par ce que c'était nécessaire. Maintenant, je comprends qu'elle était voulue par les riches, et que ce sont eux qui vont en bénéficier. Après cette réunion je veux faire partie de la lutte contre la faillite. » 

Gabriella, une étudiante en licence d'anthropologie à Wayne State, a exprimé son soutien au travail du DWAC. « C'était bien d'entendre l'appel à l'action contrairement à la rhétorique creuse que j'ai pu entendre ailleurs. Les comités de travailleurs sont nécessaires. Je pense que les gens sont peut-être un peu appréhensifs, ils peuvent craindre pour leur emploi. Mais quand vous vous battez pour vos droits, vous devez faire des sacrifices. » 

Abby

Abby, une résidente de New York de 29 ans, s'est rendue à cette réunion pour en savoir plus sur les questions sociales à Detroit. « J'ai lu des statistiques avant sur l'inégalité sociale, mais cette réunion a renforcé ma colère contre la situation actuelle où les besoins de tant de gens sont négligés, et contre l'élite financière qui facilite cette pénurie. Je suis très touché par l'appel à l'action qui a été lancé ; je l’ai trouvé très stimulant. Je vais trouver un moyen de m'impliquer. » 

Jonathan

Jonathan, qui travaille à temps partiel pour le département d'anglais de Wayne State, a dit qu'il a trouvé la réunion extrêmement encourageante. « C'est très bien qu'il y ait eu autant de monde ici aujourd'hui. Je ne sais pas qui d'autre sera là la semaine prochaine, mais je vais définitivement y être. Je me considérais comme marxiste par le passé mais seulement dans un sens assez théorique. Je ne me sentais pas comme un véritable marxiste, mais en venant à cette réunion et en voyant qu'il y a un groupe qui fait quelque chose j'espère ajouter la pratique à la théorie. » 

(Article original paru le 11 September 2014)