Au sommet de l’OTAN, les Etats-Unis et l’Europe menacent la Russie et préparent des opérations militaires contre l’EI

Par Jordan Shilton
6 septembre 2014

Le premier jour du sommet de l’OTAN au Pays de Galles a été dominé par des intrigues à l’encontre de la Russie et des préparatifs d’action militaire en Irak et en Syrie.

Jeudi, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a annoncé que les Etats membres avaient approuvé une aide militaire directe de 15 millions d’euros à l’Ukraine. Le « paquet complet de mesures spécifiques » est conçu pour venir en aide dans le domaine de l’« amélioration logistique, du commandement et du contrôle, des communications et de la cyber-défense. » L’aide inclut « des armes de haute précision ».

Dans le même temps, les Etats-Unis et l’Union européenne sont en train de planifier une nouvelle série de sanctions contre la Russie, qui devraient être dévoilées aujourd’hui.

Le ton agressif adopté au sommet avait été donné dans un communiqué commun du premier ministre britannique David Cameron et du président Barack Obama, publié dans le journal The Times. Les chefs des deux Etats impérialistes ont décrit l’OTAN comme une alliance entourée de dangers et d’ennemis et qui doit être prête à agir résolument pour défendre ses intérêts. Le communiqué commence en disant : « Avec la Russie pointant une arme contre l’Ukraine et les extrémistes islamiques commettant des meurtres odieux, l’OTAN doit renforcer son alliance ».

« Nous nous réunissons à un moment où le monde est confronté à de nombreux défis dangereux et évolutifs. A l’Est, la Russie a violé les règles du jeu de par son annexion illégale et autoproclamée de la Crimée et l’envoi de troupes sur le sol ukrainien qui menacent un Etat nation souverain. Au Sud, un arc d’instabilité s’étend de l’Afrique du Nord et du Sahel vers le Moyen-Orient, » dit le communiqué.

A lire une telle déclaration, on pourrait difficilement imaginer que ce sont les principales puissances de l’OTAN, en premier lieu les Etats-Unis, qui ont joué le rôle principal dans la création de la crise, tant en Europe de l’Est qu’au Moyen-Orient.

Les Etats-Unis et l’Allemagne ont organisé en février en Ukraine un coup d’Etat mené par des fascistes dans le but de faire passer Kiev dans leur sphère d’influence et mettre en route l’actuel conflit avec la Russie. Au Moyen-Orient, les forces mêmes qu’on dénonce actuellement comme des « extrémistes » et des « terroristes » avaient été saluées l’année dernière comme des « rebelles » combattant contre le gouvernement de Bachar al Assad pour une transition démocratique en Syrie.

Rien de tout cela ne pouvait se mettre en travers des plans de Cameron et Obama visant à faire monter l’agressivité de l’OTAN vis-à-vis de Moscou. Avec un cynisme sans pareil, Obama et Cameron ont déclaré, « Alors que la Russie tente de forcer un Etat souverain à abandonner son droit à la démocratie en braquant une arme sur lui, nous devrions soutenir le droit de l’Ukraine à déterminer son propre avenir et poursuivre nos efforts pour renforcer les capacités ukrainiennes. »

La référence aux « capacités » de Kiev est un engagement relativement clair en faveur d’une aide militaire renforcée. Le week-end dernier, il fut annoncé que la Grande-Bretagne constituerait, avec six autres membres de l’OTAN, une force expéditionnaire conjointe et que serait constituée une force de réaction rapide de 4.000 hommes, capable d’intervenir n’importe où en l’espace de seulement deux jours.

Cameron et Obama n’ont laissé subsister aucun doute dans leur déclaration que de telles décisions visaient la Russie, écrivant « Nous devons utiliser nos armées pour assurer une présence durable en Europe de l’Est, en faisant clairement savoir à la Russie que nous respecterons toujours notre engagement de légitime défense collective au titre de l’article 5. »

Cameron et Obama ont soulevé tout particulièrement la question des budgets de défense en remarquant que seuls quatre membres de l’OTAN dépensaient au moins 2 pour cent de leur produit intérieur brut pour leur armée. Ceci visait tout particulièrement l’Allemagne qui dépense 1,3 pour cent de son PIB pour la défense.

L’intensification de l’agenda militariste est en porte à faux avec les sentiments de la majorité de la population qui, dans son écrasante majorité, est opposée à la guerre. Ceci se voit clairement dans la manière dont se déroule la réunion de l’OTAN : ses dirigeants se réunissent derrière un cercle d’acier de 2,7 mètres de haut qui entoure l’hôtel Celtic Manor resort de Newport, au Pays de Galles, le tout gardé par de nombreuses forces policières et militaires.

A la soi-disant initiative de la Pologne et d’autres membres d’Europe de l’Est, le sommet est susceptible d’accepter l’entreposage, dans des bases situées près de la frontière russe, des munitions, du carburant et des forces qui serviront dans le cadre de la rotation. Ceci servant à éviter de rompre officiellement l’acte fondateur OTAN-Conseil russe de 1997, dans lequel l’OTAN s’engageait à ne pas stationner en permanence des troupes de combat à l’Est. Compte tenu de la création de la force de réaction rapide et des préparatifs pour l’arrivée de troupes en Pologne et dans les pays baltes, de telles garanties sont dénuées de tout sens pratique.

Des membres particuliers de l’OTAN sont de plus en train d’accroître leur intervention en Ukraine. Selon le quotidien allemand Die Welt, des discussions auront lieu au sommet sur un projet germano-britannique conjoint d’aide à l’armée ukrainienne. Le soi-disant fonds C4 s’efforcerait de moderniser les systèmes de commandement et de contrôle de l’Ukraine en étant dirigé par des officiers britanniques et allemands.

De telles propositions ne font que souligner le danger d’un affrontement direct entre la Russie et les forces de l’OTAN et qui pourrait conduire à l’éclatement d’une guerre.

Bien que le président ukrainien Petro Porochenko ait donné, en marge du sommet de l’OTAN, un engagement verbal pour un projet de cessez-le-feu devant entrer en vigueur le 5 septembre, les forces armées de Kiev ont continué hier de livrer des combats sanglants aux séparatistes près de la ville de Mariupol. Des coups de feu et de fortes explosions ont résonné dans les alentours de la ville et des barrages routiers érigés par des soldats ukrainiens ont été signalés pour empêcher l’avancée des séparatistes vers la ville.

L’OTAN projette aussi une action coordonnée pour intensifier une intervention militaire en Irak et en Syrie. Dans une rubrique du Times, Obama et Cameron ont déclaré, « les événements ailleurs dans le monde, notamment en Irak et en Syrie, menacent notre sécurité chez nous. Et l’OTAN n’est pas simplement une alliance d’amis qui s’entr’aident en cas de besoin. C’est aussi une alliance basée sur les intérêts nationaux particuliers. »

Dans un commentaire distinct, Cameron a exhorté les alliés de l’OTAN à prendre des mesures à l’encontre de l’EI (Etat islamique) en ajoutant vouloir envisager le bombardement de cibles en Syrie sans l’autorisation d’Assad.

Rasmussen a ajouté lors de sa conférence de presse, « Je crois que la communauté internationale dans son ensemble a l’obligation d’arrêter l’avancée de l’Etat islamique. » « Il n’y a eu aucune demande sollicitant l’implication de l’OTAN, » a poursuivi Rasmussen, mais si le gouvernement irakien formulait une telle demande, elle serait « examinée sérieusement. »

Le gouvernement irakien s’est empressé d’adresser, dans le quart d’heure qui a suivi la conférence de presse de Rasmussen, une demande d’assistance à l’OTAN.

(Article original paru le 5 septembre 2014)