Les étudiants doivent se porter à la défense des travailleurs municipaux du Québec

Défendons les régimes de pension et tous les services publics!

Déclaration des Étudiants et jeunes internationalistes pour l'égalité sociale (Canada)

16 septembre 2014

Les étudiants et jeunes internationalistes pour l'égalité sociale (EJIES) s'opposent vigoureusement au projet de loi 3 du gouvernement libéral de Philippe Couillard. Cet assaut frontal sur les salaires et les pensions des travailleurs municipaux s'inscrit dans le cadre d'une attaque plus large pour démanteler l'ensemble des services publics, notamment la santé et l'éducation. 

En visant les fournisseurs des services publics essentiels (les employés municipaux aujourd'hui, ceux des secteurs public et parapublic demain), la classe dirigeante veut faire payer les travailleurs pour la crise du système capitaliste mondial. Couillard a lui-même comparé la situation actuelle aux crises de 1982 et de 1997, la première étant marquée par une réduction de 20% des salaires des enseignants, et la seconde par l'élimination de dizaines de milliers d'emplois dans l'éducation et la santé. 

Nous appelons les étudiants et les jeunes à rejeter les efforts démagogiques de Couillard pour diviser la classe ouvrière en invoquant «l'équité intergénérationnelle». De tels arguments reviennent à prôner un nivellement vers le bas des conditions sociales. L'élite dirigeante veut faire avaler aux jeunes le mensonge que leurs perspectives d'avenir, aussi minables qu'elles soient déjà, seront pires si les travailleurs plus âgés n'acceptent pas les conditions de précarité et de pauvreté qui sont réservées aux prochaines générations. 

La propagande gouvernementale pour monter la population contre les travailleurs municipaux – présentés comme des «égoïstes» qui ne pensent qu'à leurs régimes de retraite «excessifs» – est une répétition de la campagne lancée en 2012 pour discréditer la grève étudiante. Les libéraux de Jean Charest avaient alors cherché, avec l'aide des médias de masse, à présenter les étudiants en lutte pour la défense de l'éducation publique comme étant des «enfants gâtés». Autant en 2012 qu'aujourd'hui, toute résistance à la brutale austérité capitaliste est immédiatement dénoncée comme de la violence. 

Les étudiants doivent se solidariser avec les travailleurs municipaux et leur apporter le plus grand soutien possible afin de faire de la défense des pensions le point de départ d'une vaste contre-offensive ouvrière contre tout le programme d'austérité de l'élite dirigeante. 

Pour qu'une telle mobilisation sociale soit possible, les étudiants et les jeunes doivent aider les travailleurs à s'affranchir de l'emprise politique et organisationnelle des syndicats pro-capitalistes. Ces appareils bureaucratiques étouffent depuis des décennies les luttes ouvrières en imposant les coupures de salaires et d'emplois, et en subordonnant politiquement les travailleurs au parti de la grande entreprise qu'est le Parti québécois. 

En opposition au nationalisme de la bureaucratie syndicale, seule une perspective internationaliste offre une issue à la dévastation sociale causée par le système de profit partout dans le monde. 

Les programmes d'austérité des gouvernements du Québec et du Canada suivent la même logique que celle mise en avant par les classes dirigeantes du monde entier suite à la crise financière de 2008. Incapables de sauver le système financier sans faire porter les coûts de son échec aux travailleurs, les élites dirigeantes procèdent à une véritable contre-révolution sociale qui projette déjà de larges sections de travailleurs des pays «riches» dans des conditions similaires à celles que l'on retrouve dans les pays du «tiers-monde».

Aux États-Unis, des milliers de travailleurs pauvres se font couper l'accès à l'eau pour ne pas avoir été capables de payer leur facture à temps. Craignant la montée des tensions sociales, la Garde nationale a été mobilisée au Missouri pour réprimer les manifestations en réaction au meurtre par la police d'un adolescent à Ferguson. En Europe, le taux de chômage pour les jeunes est à des niveaux de dépression, atteignant jusqu'à 60 pour cent en Grèce suite à six ans de mesures d'austérité dictées par le Fonds Monétaire International. 

Au Canada, l'inégalité sociale ne cesse d'augmenter alors que les services sociaux se font démanteler. Le salaire d'un des cent dirigeants d'entreprises les plus riches équivaut 200 fois le salaire canadien moyen. Pendant ce temps, le recours aux banques alimentaires augmente, alors que moins de 38% des chômeurs ont droit à des prestations de chômage comparé à 85% dans les années 1980. 

Depuis la crise de 2008, la «réforme des retraites» a été l'un des mots d'ordre de l'élite dirigeante partout dans le monde, et se trouve au centre du programme d'austérité du premier ministre canadien Stephen Harper. Un autre pan important de l'assaut sur les droits sociaux est la «réforme de l'éducation», c'est-à-dire l'attaque contre le droit et l'accès à l'éducation qui prend la forme d'une augmentation des coûts pour les étudiants et d'une réduction des fonds publics pour l'éducation. 

C'est en réaction à ce programme draconien qu'a éclaté la grève étudiante de 2012. Malgré la détermination des étudiants, cette lutte courageuse de plus de six mois a été isolée par les syndicats – avec l'appui des associations étudiantes, y compris CLASSE – puis détournée derrière l'élection de Pauline Marois du PQ. Son gouvernement a rapidement imposé un programme de compressions budgétaires qui contenait entre autres la hausse permanente des frais de scolarité. 

Les étudiants doivent tirer les leçons de cette expérience vitale. La défense de l'éducation est inséparable d'une lutte politique contre tout le programme d'austérité capitaliste et contre tous les partis de l'establishment, y compris le PQ et les partis supposément de gauche comme Québec solidaire et le NPD. 

La seule force capable de mener une telle lutte de manière conséquente est la classe ouvrière, dont le labeur produit toutes les richesses de la société et qui a la capacité de briser l'emprise de la grande entreprise sur la vie socio-économique. C'est vers cette force sociale que doivent se tourner les étudiants et les jeunes. 

Cela signifie aujourd'hui une solidarité militante et active avec les travailleurs municipaux contre le projet de loi 3. Il faut faire de la défense de leurs régimes de pension le fer de lance d'une vaste mobilisation des travailleurs canadiens – français, anglais et immigrés – pour la défense des salaires, des emplois et des services publics. Cela requiert une lutte politique indépendante des travailleurs pour la formation d'un gouvernement ouvrier qui réorganisera l'économie afin de satisfaire les besoins sociaux, et non les profits d'une minorité. 

Nous appelons les étudiants qui sont d'accord avec cette perspective à bâtir l'EJIES dans votre cégep ou université, en tant qu'organisation de jeunesse du Parti de l'égalité socialiste.