La richesse des milliardaires s’élève à 7,3 billions $

Par Joseph Kishore
22 septembre 2014

Selon un rapport publié jeudi dernier par Wealth-X et UBS, la richesse des milliardaires s’élève maintenant à 7,3 billions de dollars, une augmentation de 12 pour cent par rapport à l’année dernière. Il y a 2325 milliardaires dans le monde, un nombre record, en hausse par rapport aux 2170 en 2013 et aux 1360 en 2009, l’année qui a suivi le krach financier.

Les milliardaires représentent 0,000033 pour cent de la population mondiale. Cela équivaut à environ 3 millions de personnes pour chaque milliardaire. Malgré cela, cette minuscule couche sociale possède environ 4,5 fois la richesse totale de la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,5 milliards de personnes.

D’autres comparaisons aident à placer ces chiffres en perspective. Le produit intérieur brut combiné (la valeur totale de tous les biens et services produits en une année) de la Sierra Leone et du Liberia, qui sont ravagés par une épidémie d’Ebola qui pourrait tuer des dizaines ou même des centaines de milliers de gens, représente moins de 7 milliards $ – ou un millième de la richesse de 2325 individus.

La ville de Detroit dans le Michigan, où les retraites sont détruites et où l'eau potable est coupée dans le cadre de procédures judiciaires liées à la faillite de la ville, a un déficit budgétaire de 330 millions $ qui pourrait être repayé 20.000 fois par les milliardaires du monde.

Les marchés boursiers et le capital financier sont les forces motrices derrière la richesse des milliardaires. L’industrie en tête de liste, selon les Wealth-X, est «l’investissement, la finance et les banques» qui représente près de 20 pour cent de la population milliardaire mondiale, suivi par les conglomérats industriels à 12 pour cent et l’immobilier à 7 pour cent. Plus d’un milliardaire sur six réside dans les capitales financières mondiales: New York, Moscou, Hong Kong ou Londres.

Derrière ces chiffres se cache une relation sociale essentielle au fonctionnement du système capitaliste. L’aristocratie financière et patronale profite d’une redistribution massive de la richesse avec l’appui et l’encouragement des principaux États impérialistes et des banques centrales. Ce n’est pas seulement une énorme richesse qui côtoie une énorme pauvreté, mais l’un est directement le produit de l’autre.

Le capitalisme américain est au centre de la crise de l’économie mondiale et de la contre-révolution sociale organisée par la classe dirigeante. Depuis 2008, sous la direction de l’administration Obama, les ressources du Trésor américain et de la Réserve fédérale ont été ouvertes à Wall Street, qui s’est lancée dans une orgie sans précédent de spéculation. Les sauvetages des banques et l’«assouplissement quantitatif» aux États-Unis ont été repris par des mesures similaires internationalement, particulièrement en Europe.

Six ans plus tard, les marchés boursiers continuent d’atteindre des sommets. Jeudi, les deux principaux indices boursiers américains – le Standard & Poor’s 500 et le Dow Jones Industrial Average – ont fermé en hausse par rapport à des sommets atteints antérieurement. La dernière hausse marquée est survenue lorsque la présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, a dit que la banque centrale allait garder les taux d’intérêt à près de zéro (c’est-à-dire qu’elle va approvisionner les banques avec de l’argent pratiquement gratuit) pendant une «période considérable».

Conséquemment, le nombre de milliardaires américains a crû de 57 pour cent lors de la dernière année. Le pays héberge le plus grand nombre de milliardaires dans le monde (571), ce qui représente près de 25 pour cent de la population milliardaire mondiale et trois fois plus que n’importe quel autre pays.

Au même moment, comme l’a montré le WSWS, les revenus pour la majorité de la population ont continué de chuter. Entre 2010 et 2013, la période de la «reprise» d’Obama, le revenu moyen du cinquième le plus pauvre de la population a chuté de 8 pour cent, tandis que le revenu du dixième le plus riche de la population a augmenté de 10 pour cent, les plus riches emportant le gros de ces gains. L'argent ainsi accordé aux banques doit être récupéré par la destruction des programmes sociaux et l'imposition d'un recul historique dans les conditions de vie de la classe ouvrière.

La réponse de la classe dirigeante à cette crise mène non seulement à une hausse explosive des inégalités sociales, mais crée aussi les conditions pour une catastrophe économique encore plus grande.

Des commentateurs plus perspicaces ont noté avec inquiétude l’écart entre la montée en flèche des marchés boursiers mondiaux et l’état de l’ «économie réelle». Écrivant dans le Financial Times, Jay Pelosky a averti que «l’état de l’économie mondiale ressemble à un soufflé qui est sur le point d’imploser». Il cite plusieurs signes alarmants: «Le consommateur américain demeure tranquille, les hausses dramatiques dans les niveaux des dettes asiatiques écartent la possibilité de reprise économique, tandis que l’Europe stagne. La demande mondiale demeure inadéquate.»

Tandis que les marchés boursiers continuent de croître, les prédictions économiques continuent de se détériorer. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a récemment réduit ses prévisions de croissance économique dans toutes les principales économies en 2014 et 2015.

L’inquiétude croît parmi les milliardaires eux-mêmes. Sam Zell, le président d’ Equity Group Investments (qui a une valeur nette de 4,8 milliards $) a noté plus tôt ce mois-ci que le «marché boursier atteint des sommets historiques, mais pas l’activité économique». Zell a dit que les investisseurs n’ont «pas d’autre place pour investir, et les marchés boursiers en reçoivent bien plus qu'ils ne le devraient. Ça ne peut pas continuer comme ça éternellement.»

Non seulement les investisseurs de Wall Street achètent des actions, mais les entreprises elles-mêmes acheminent d’immenses sommes d’argent dans les marchés boursiers, au lieu d’augmenter la production. Dans la première moitié de cette année, les sociétés américaines ont racheté 338 milliards $ de leurs propres actions, plus que pendant toute autre période de six mois depuis 2007.

Voilà dans quel état se trouve véritablement le capitalisme mondial: il est soutenu par une injection illimitée de liquidités, dirigé par une aristocratie financière dépendante à la spéculation et à un assaut soutenu contre la classe ouvrière et il se dirige tout droit vers un effondrement encore plus important.

L’état extrêmement précaire de la situation économique et le parasitisme de la classe dirigeante qui la gère sont les principaux facteurs qui expliquent le tournant vers le militarisme et la dictature. Sans issue face à la crise du système de profit, la classe dirigeante, menée par l’aristocratie financière américaine, se tourne de plus en plus vers le militarisme à l’étranger et la répression à l’intérieur du pays.

Telles sont les mesures employées par une classe dirigeante qui est dans une impasse historique. La classe ouvrière internationale doit riposter avec sa propre solution à la crise: la révolution socialiste.

(Article paru d'abord en anglais le 19 septembre 2014)