Le 70e anniversaire de la libération d'Auschwitz

Par Bill Van Auken
2 février 2015

Une cérémonie publique a eu lieu à Auschwitz le 27 janvier dernier pour marquer le 70e anniversaire de la libération du camp de concentration par les forces de l'Armée rouge soviétique le 27 janvier 1945. Le nom même de ce camp de la mort nazi, situé dans le sud de la Pologne, est synonyme des plus grands crimes du 20e siècle, de la barbarie capitaliste dans sa forme la plus extrême.

Entre le début de 1942 et la fin de 1945, des trains ont amené des Juifs de toute l'Europe occupée par les nazis aux portes d'Auschwitz, ornées de l'infâme slogan «Arbeit macht frei» («Le travail libère»). Plus de 1,1 million de personnes ont été mises à mort à Auschwitz, des centaines de milliers étant immédiatement envoyés aux chambres à gaz, d'autres exterminés par la faim, le surmenage, la maladie ou les expériences médicales hideuses menées par des individus comme Josef Mengele, surnommé «Ange de la mort».

Bien que 90 pour cent des personnes tuées dans le camp étaient des Juifs, on comptait aussi parmi les victimes emprisonnées et exterminées à Auschwitz 150.000 Polonais, y compris des prisonniers politiques, 23.000 Roms et Sinti (Tziganes), 15.000 prisonniers de guerre soviétiques et d'autres minorités nationales, des Témoins de Jéhovah et des homosexuels.

La «Solution finale de la question juive» par le régime nazi faisait partie d'un «Plan général pour l'Est» d'une portée plus vaste, qui prévoyait réduire d'environ 30 millions la population de l'Europe de l'Est et de l'Union soviétique par la famine et des déportations de masse. Le plan comprenait la démolition de villes entières et l'attribution de terrains aux colons allemands. À la fin de la guerre, l'Union soviétique avait perdu 14 pour cent de sa population, quelque 27 millions de personnes, tandis que la Pologne avait perdu quelque 5,8 millions d'habitants, ou 16 pour cent de sa population.

Auschwitz et tous les crimes nazis ont été commis par un régime porté au pouvoir avec le soutien de la classe dirigeante capitaliste de l'Allemagne dans le but d'écraser le mouvement ouvrier socialiste du pays et de surmonter la crise du capitalisme allemand par l'agression et la conquête militaires.

Seulement quelques centaines du nombre déclinant de survivants du camp de la mort, la plupart nonagénaires, ont participé cette année à la commémoration de l'anniversaire de la libération d'Auschwitz. Plusieurs ont fait des déclarations émouvantes, empreintes d'un sentiment d'urgence, conscients du fait qu'ils ne seraient probablement pas présents pour le prochain anniversaire important.

«Les gens oublient ce qu'était Auschwitz, et j'en suis terrifié parce que je sais à quel enfer cela peut mener», a déclaré Roman Kent, 85 ans. Il a conclu ses remarques à la cérémonie en disant: «Nous ne voulons pas que notre passé soit l'avenir de nos enfants».

Ces mots résonnaient d'autant plus que la cérémonie a été éclipsée par une nouvelle campagne vers la guerre mondiale et par la menace de crimes historiques à venir. On prépare consciemment de telles horreurs en falsifiant l'histoire. C'était évident dans les tentatives délibérées pour faire de l'anniversaire un moyen d'attiser les sentiments anti-russes en Europe et de promouvoir la «guerre au terrorisme» dirigée par les États-Unis.

Le gouvernement polonais est allé jusqu'à refuser d'inviter le gouvernement russe du président Vladimir Poutine, tout en donnant le titre d'invité d'honneur au chef du régime soutenu par l'OTAN en Ukraine, le président Petro Porochenko. Interrogé par une station de radio polonaise à savoir si l'attitude de Varsovie envers Poutine était mesquine, le ministre des Affaires étrangères Grzegorz Schetyna a répliqué que la présence du président russe était superflue parce que Auschwitz avait été libéré par «le premier Front ukrainien et par des Ukrainiens».

Toute personne ayant la moindre familiarité avec l'histoire d'Auschwitz sait qu'il a été libéré par une unité de l'Armée rouge de l'Union soviétique. Plus de 200 soldats soviétiques sont morts dans la bataille pour libérer Auschwitz et la ville voisine polonaise. Le soi-disant «Front ukrainien» n'a pas été nommé ainsi à cause de la composition nationale de ses troupes, mais à cause du dernier endroit où il avait combattu et refoulé les occupants allemands.

Ce révisionnisme historique grotesque va dans le même sens que la déclaration faite plus tôt ce mois-ci par le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, à la télévision allemande lorsqu'il a condamné «l'invasion soviétique de l'Ukraine et de l'Allemagne» lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Quant au régime ukrainien actuel, qui a reçu une place d'honneur à la cérémonie, il a été porté au pouvoir il y a près d'un an à la faveur d'un coup d'État orchestré par l'Allemagne et les États-Unis, et mené par les bandes fascistes de Svoboda et du Secteur de droite, qui vénèrent l'héritage des SS de Hitler et des unités fascistes ukrainiennes qui ont participé à l'Holocauste.

Parmi les chefs d'Etat présents à la cérémonie se trouvait le président français François Hollande qui, dans la foulée de la fusillade Charlie Hebdo à Paris, a invité au palais présidentiel Marine Le Pen. Son parti, le Front national, est l'héritier politique des collaborateurs nazis français du régime de Vichy. Le geste de Hollande a marqué une nouvelle étape dans le tentative par les gouvernements européens de légitimer et réhabiliter le fascisme.

Était également présent le président allemand Joachim Gauck, l'un des principaux promoteurs de la renaissance du militarisme allemand et du retour à la politique impérialiste des grandes puissances qui a conduit aux catastrophes des Première et Deuxième guerres mondiales.

Un élément essentiel de ce processus est le rôle joué par des universitaires allemands pour réviser l'histoire et minimiser la responsabilité centrale de l'État allemand dans les guerres mondiales précédentes, et même pour relativiser les crimes du Troisième Reich. Le principal représentant de cette tendance au sein de l'historiographie allemande, Ernst Nolte, passe maintenant pour un grand historien. Et en février 2014, l'historien basé à Berlin Jörg Baberowski – ardent défenseur ardent de Nolte – a déclaré au magazine Der Spiegel: «Hitler n'était pas psychopathe, et il n'était pas méchant. Il ne voulait pas que les gens parlent de l'extermination des Juifs à sa table.»

On a beaucoup écrit sur l'absence de Poutine à la cérémonie d'Auschwitz. Mais les médias ont peu parlé de la décision du président américain Barack Obama d'envoyer un relatif inconnu, le secrétaire au Trésor Jack Lew, pour représenter Washington, alors que Obama et de hauts dirigeants militaires américains se rendaient en Arabie Saoudite pour discuter des plans de guerre au Moyen-Orient avec le régime monarchique après la mort du roi saoudien Abdullah.

Une fois de plus, comme dans la période qui a mené au fascisme en Europe et au déclenchement de la Deuxième guerre mondiale, le capitalisme mondial est en proie à une crise profonde et structurelle qui pousse les puissances impérialistes rivales à chercher leur salut par l'agression militaire à l'étranger et la destruction des droits sociaux et démocratiques de la classe ouvrière chez elles.

Soixante-dix ans après sa libération, Auschwitz n'est pas le symbole abstrait du potentiel humain pour le «mal», mais un avertissement sinistre et urgent sur les crimes et catastrophes que le capitalisme en crise est capable d'infliger à l'humanité.

Une fois de plus, la classe ouvrière mondiale est confrontée à la dure alternative du socialisme ou de la barbarie, où même les crimes des nazis peuvent être éclipsés dans une Troisième guerre mondiale nucléaire.

(Article d'abord publié en anglais le 28 janvier 2015)