Trois victimes dont un garçon de douze ans

Les États-Unis reprennent les frappes de drone au Yémen

Par Thomas Gaist
3 février 2015

La frappe a été exécutée par la Central Intelligence Agency (CIA), selon l’information transmise par les porte-paroles des États-Unis au Wall Street Journal. La CIA administre l’un des deux programmes d’assassinats ciblés contre le Yémen, l’autre étant dirigé par le Joint Special Operations Command du Pentagone (JSOC).

Le président Barack Obama et les représentants militaires des États-Unis ont annoncé la semaine dernière qu’une nouvelle vague de frappes de drone était en préparation contre Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP). Les États-Unis ont lancé des centaines de frappes de drone contre des terroristes présumés au Yémen au cours des dernières années.

Cette frappe survient au moment où il semblerait que les États-Unis et l’OTAN préparent une intervention militaire d’envergure au Yémen et dans un nombre croissant d’autre pays. Le secrétaire d’État John Kerry a nommé le Nigéria, l’Afghanistan, la Somalie, le Yémen, la Libye et la République centrale d’Afrique comme candidats potentiels pour de nouvelles opérations militaires lors d’une allocution au Forum économique mondial à Davos le mois dernier.

Le président Obama a annoncé la semaine dernière qu’il allait écourter sa visite avec le premier ministre indien Narenda Modi pour se rendre à Riyad pour discuter avec le dirigeant de l’Arabie saoudite de la situation au Yémen et de la guerre menée par les États-Unis en Irak et en Syrie.

Le représentant de la sécurité nationale de l’administration Obama, Ben Rhodes a dit à l’agence de presse Reuter que la rencontre allait se concentrer sur les «questions de premier ordre sur lesquelles nous coopérons très étroitement avec l’Arabie saoudite» afin de nous assurer «que tout soit bien aligné» concernant les «intérêts convergents» des États-Unis et de l’Arabie saoudite.

Les efforts des États-Unis pour entrainer l’opposition syrienne sont étroitement coordonnés avec la monarchie saoudienne, a déclaré Rhodes.

Les déclarations données à l’émission «Face the Nation» la semaine dernière sur le réseau CBS News par le sénateur John McCain, un républicain, et Dianne Feinstein, une démocrate, soulignent l’appui bipartite dont jouit l’administration Obama et ses plans de lancer une autre offensive de violence militaire à travers de vastes régions du Moyen-Orient et de l’Afrique.

Soulignant que l’Iran est «actif au Bahreïn» était en train de «gagner», McCain appela à l’envoi d’une nouvelle mission d’entrainement, au déploiement de forces spéciales et à une campagne aérienne et de drones contre l’Iran et ses alliés, incluant le gouvernement syrien et le groupe Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP). Il a appelé également à une escalade de la guerre contre l’État islamique de l’Irak et de la Syrie (ISIS).

«L’Iran avance à traves la région», a déclaré McCain, ajoutant, «Les Iraniens sont maintenant soit dominants ou extrêmement influents en Irak, au Liban, en Syrie et au Yémen. AQAP et ISIS vont relativement bien, tant en Irak qu’en Syrie. Il n’y a aucune stratégie pour les vaincre.»

«Nous avons besoin de plus de troupes au sol», a dit McCain. «Des milliers de jeunes gens à travers le monde» se rallient à la bannière de l’ISIS et des groupes similaires, a-t-il souligné.

Reconnaissant que cela était «difficile à accepter pour les Américains», McCain appela au déploiement de «forces spéciales» et de «contrôleurs aériens», ainsi que des «agents de renseignement» et «d’autre personnel qualifié» au Yémen et dans les régions frontalières de la Syrie et de l’Irak.

«Nous ne pouvons pas entrainer les jeunes en Syrie et les y renvoyer pour qu’ils se fassent bombarder par les forces aériennes de Bashar Assad», a déclaré McCain, suggérant l’imposition d’une «zone d’exclusion aérienne».

Feinstein était constamment en accord avec McCain durant l’émission, soulignant la menace posée par l’influence croissante de l’Iran et affirmant qu’il était nécessaire de «bien revoir notre politique concernant le Yémen».

Elle a dit, «Ma préoccupation est: où va l’Iran? L’Iran est-il en train de développer un croissant iranien?»

Feinstein a prétendu la semaine dernière que l’AQAP avait déjà tenté d’introduire quatre bombes – spécialement conçues pour éviter les détecteurs de métal – en sol américain. Elle a demandé le déploiement d’unité de forces spéciales pour «éliminer» les dirigeants des groupes et demandé plus d’aide militaire aux gouvernements alliés des États-Unis en Israël, en Arabie saoudite et en Jordanie.

Questionnée à savoir si elle était favorable au déploiement de nouvelles forces au sol, Feinstein, tout en évitant une réponse directe, a indiqué clairement qu’elle était d’accord avec une telle proposition. Les États-Unis doivent «revoir» leur politique à l’égard de la Syrie, a-t-elle dit, exprimant son accord avec McCain que les États-Unis ne doivent pas «tolérer Assad».

Parlant au nom de l’administration Obama, le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Denis McDonough, a dit à «Face the Nation» que l’administration Obama se prépare à étendre les opérations militaires visant à «détruire… la présence d’Al-Qaïda » dans l’Asie du Sud, en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord.

McDonough a déclaré que la Maison-Blanche tente de négocier une «entente politique» avec les militants houthis qui ont pris le contrôle de la capitale du Yémen qui permettrait aux militaires américains et la CIA de «maintenir l’offensive contre Al-Qaïda dans la péninsule Arabique».

Les représentants des États-Unis ont annoncé que leur ambassade au Yémen était fermée au public et que les services consulaires sont suspendus pour une période indéfinie. L’ambassade des États-Unis a été fermée parce qu’elle est au centre du «chaos», a déclaré un représentant officiel anonyme du département d’État à l’agence de presse Reuters. La semaine dernière, les États-Unis ont commencé une évacuation partielle du personnel de l’ambassade.

(Article paru d’abord en anglais le 27 janvier)