GM et le syndicat UAW: la supercherie de la participation aux bénéfices

Par Jerry White
11 février 2015

Des cadres de General Motors et du syndicat United Auto Workers (UAW) ont récemment célébré l’envoi de chèques de «participation aux bénéfices» de 9.000 dollars par GM à chacun de ses 48.000 travailleurs horaires comme une preuve du succès de la collaboration patronale-syndicale et que la subordination des travailleurs à la course aux profits de la grande entreprise peut effectivement apporter des «récompenses».

«C'est réellement reconnaître le dur travail que l'équipe en entier a effectué en 2014 pour améliorer notre performance», a dit le directeur financier de GM Chuck Stevens. Sans être en reste, le président de l’UAW Dennis Williams s'est exclamé, «L'annonce de General Motors ne laisse aujourd'hui aucun doute sur l'environnement fort et stable que la convention collective GM/UAW a créé. GM a démontré qu'une compagnie peut faire des profits, les actionnaires peuvent faire fructifier leurs investissements et nos membres peuvent être récompensés pour leur dur travail.»

Plusieurs choses doivent être dites par rapport à ces commentaires. Pour commencer, «l'environnement stable que la convention collective GM/UAW a créé» inclut l'abandon des augmentations salariales annuelles, des ajustements aux coûts de la vie, des congés payés, de la journée de huit heures, des régimes de santé et de pension, actuels et futurs, et d'innombrables autres fruits de dures luttes. Comparé aux dizaines de milliers de dollars que chaque travailleur a perdus à travers ces concessions, le chèque de 9.000$ chez GM – ou les chèques de 6.900$ chez Ford ou de 2.700$ chez Fiat-Chrysler – représente une bagatelle.

Ceci a permis à certains «membres de l'équipe» de s'en sortir bien mieux que d'autres. Leurs 6,6 milliards de dollars de profits en Amérique du Nord, par exemple, permettront à Stevens et au PDG de GM d'empocher au moins 18 millions de dollars en rémunération pour 2014. Ceci représente 303 fois le revenu d'un travailleur GM de longue date; 543 fois le salaire annuel d'un nouveau travailleur de second rang; et 972 fois plus que les travailleurs contractuels qui sont engagés à 9$ l'heure.

Ensuite, il y a les spéculateurs de Wall Street qui contrôlent GM et le reste de l'industrie automobile. Des investisseurs milliardaires tels que Warren Buffett ont certainement vu la valeur de leurs actions augmenter rapidement depuis la restructuration de l'industrie automobile. Même après la hausse de cette semaine suivant l'annonce des profits records de GM pour le quatrième trimestre, les analystes prédisent que les actions de GM augmenteront de 18 pour cent cette année.

Le conseil d'administration de l'entreprise augmentera le paiement de dividendes de 20 pour cent – l’augmentant d'à peu près $400 millions en le faisant passer à 2.4 milliards, ou six fois le montant de ce qui a été distribué en chèques de «participation aux bénéfices». Les réserves estimées à 25 milliards de dollars de GM ne seront pas dépensées sur l'augmentation des salaires réels pour le prochain contrat UAW-GM, mais pour plus de paiements de dividendes et de rachats d'actions pour bénéficier les spéculateurs financiers et cadres d'entreprises.

Le président de l’UAW Williams n’a pas mentionné les autres «membres de l'équipe» qui ont fait des gains spectaculaires sur la base des salaires et conditions misérables payés aux travailleurs de l'automobile. Ce sont ces aspirants capitalistes comme Williams qui gèrent l’UAW, une entreprise dont le chiffre d'affaires atteint plusieurs milliards de dollars, qui prétendent représenter les travailleurs de l'automobile.

Avec le contrôle de milliards de dollars en actions GM, Ford et Fiat-Chrysler, fonds de retraite, régime de santé VEBA et l'immobilier, coentreprises de formation d'employés et d'investissement, l'armée internationale, régionale, et municipale d'entrepreneurs UAW a tiré des profits de l'exploitation accrue des travailleurs. Ils ont aussi réussi à augmenter les cotisations syndicales de 25 pour cent.

Depuis le début des années 1980, l’UAW a abandonné toute lutte pour améliorer les salaires et les conditions de vie des travailleurs. Au contraire, au nom de la défense des profits des entreprises et l'amélioration de la «compétitivité» des producteurs d'automobiles de Detroit contre ses rivaux internationaux, l’UAW a collaboré à la fermeture de centaines d'usines, à la mise à pied de plus d'un million de travailleurs de l'automobile et une coupe après l'autre des salaires et avantages sociaux.

Aujourd'hui, les paiements forfaitaires et les plans de participation aux bénéfices représentent entre 20 et 25 pour cent du salaire annuel d'un travailleur. Il y a trente ans, l’UAW négociait régulièrement des contrats avec une amélioration annuelle de 3 pour cent chaque année en plus d'ajustements aux coûts de la vie pour contrer les conséquences de l'inflation.

Toute l'idée de la «participation aux bénéfices» a toujours été une fraude dont le but est d'obscurcir le conflit fondamental entre les travailleurs et les propriétaires capitalistes et de prêcher «l'unité» de classe. L'enrichissement de la classe capitaliste dépend de l'exploitation et l'appauvrissement croissants de la classe ouvrière et celle-ci est loin d'avoir les mêmes intérêts que les capitalistes. Cette réalité sociale a été confirmée par les expériences des travailleurs du monde entier.

Les travailleurs américains subissent la stagnation la plus prolongée des salaires depuis la Grande Dépression, pendant que les super-riches accumulent des niveaux de richesse qui rendraient jaloux les pharaons égyptiens. Les salaires d’aujourd’hui ont été réduits à leur plus petite portion de la production économique annuelle depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Les profits des grandes sociétés ont quant à eux explosé.

Cet état des choses a commencé à alarmer une section de l'establishment politique et patronal. De plus en plus de groupes de réflexion font des avertissements concernant une «lutte pour les salaires» des travailleurs. Tout combat victorieux pour l'amélioration des salaires pourrait entraîner un vaste mouvement de lutte.

C'est dans ce contexte que l'on doit comprendre la rhétorique creuse d'Obama pour «l'économie de classe moyenne» et «plus de prospérité pour tous». Pendant ce temps, le président de l’UAW Dennis Williams déclare que «des augmentations générales des salaires sont importantes pour nos membres, et il est important pour nous en tant que nation d'augmenter notre niveau de vie».

En réalité, Obama et l’UAW ont utilisé la restructuration de GM et Chrysler en 2009 comme modèle pour transformer les États-Unis en plate-forme de main d'oeuvre à bas salaire, au point où ils se vantent du fait que les entreprises ramènent leur production de la Chine et du Mexique aux États-Unis.

Les chèques au montant plus élevé que prévu sont une manœuvre pour réduire les attentes d’une réelle augmentation de salaire dans les négociations collectives prévues pour 2015. Les travailleurs savent qu'ils ne sont pas responsables de la mauvaise gestion criminelle des cadres de GM qui ont caché des failles fatales, et s'ils étaient forcés de payer pour tout ça – sous forme de chèques de participation aux bénéfices moins élevés – les plans de l’UAW et de GM pour remplacer les augmentations du salaire réel par des combines basées sur la performance seraient à risque.

La rhétorique de Willians autour des augmentations salariales et l'abolition du système à deux niveaux ne vise qu’à endormir la population. Le fait est que l’UAW est tout aussi opposé à de réelles augmentations salariales que GM et Wall Street. Toute augmentation dans les «coûts fixes» est dommageable pour les profits – aux yeux de l'entreprise, Wall Street et l’UAW – qui ont été maintenus par une réduction stupéfiante de 35 pour cent dans les coûts de la main d'oeuvre depuis 2007.

Le président de Fiat-Chrysler Sergio Marchionne a récemment dit qu'il est «hostile» à l'idée que les travailleurs «aient droit» à des augmentations régulières. Comme il a dit précédemment, «Nous devons offrir de réels avantages (financiers) à nos travailleurs tant que notre organisation demeure performante. (Mais) nous devons aussi partager les désavantages de cette entreprise, en particulier ses problèmes de nature cyclique.»

En d'autres mots, tant que les producteurs d'automobiles profitent d'un boom temporaire dans les ventes de voitures – alimenté largement par les prix réduits de l'essence, de bas taux d'intérêt et une demande qui a été contenue depuis la récession – les travailleurs peuvent s'attendre à quelques miettes. Mais s’il y a diminution des profits, ce qui sera inévitablement le cas à cause de la crise économique mondiale, une soudaine baisse dans la demande ou les décisions criminelles et à court terme de la direction sur lesquelles les travailleurs n'ont aucun contrôle, la classe ouvrière devra payer.

La perspective servile mise de l'avant par l’UAW doit être rejetée. La vie des travailleurs ne peut pas dépendre de l'anarchie du marché capitaliste. Au lieu de la «participation aux bénéfices», les luttes de la classe ouvrière doivent être guidées par une stratégie socialiste: la réorganisation de la vie économique pour que la richesse créée par les travailleurs puisse être utilisée pour l'amélioration de la société et non pas pour enrichir une minorité.

Les travailleurs de l'automobile doivent construire de nouvelles organisations de lutte, dirigées par la base et indépendantes de l’UAW et des deux partis de la grande entreprise, pour préparer un réel combat afin de récupérer les pertes désastreuses qui ont été encaissées. Nous exhortons les travailleurs à contacter le Parti de l'égalité socialiste pour entamer cette lutte.

(Article paru d’abord en anglais le 6 février 2015)