La grève du secteur pétrolier révèle une combativité croissante des travailleurs américains

Par Jerry White
11 février 2015

La grève d’une semaine des travailleurs des raffineries de pétrole aux Etats-Unis a montré la colère sociale générale face à l’érosion continue du niveau de vie et des conditions de travail durant les six dernières années, soi-disant une période de reprise économique. Dimanche matin, 1.400 travailleurs des raffineries de l’Illinois et de l’Ohio se sont ralliés au débrayage des 3.800 travailleurs déjà en grève depuis le 1er février en Californie, au Texas, dans le Kentucky et dans l’Etat de Washington.

Piquet de grève à la raffinerie BP-Husky près de Toledo

Les six dernières années ont été la plus longue période de stagnation des salaires depuis la Grande Dépression, alors même que les gains et les bénéfices des sociétés et les cours de la bourse atteignaient des niveaux record. Avec la grève du secteur pétrolier, les travailleurs américains commencent à riposter en revendiquant des salaires plus élevés. Ils confirment les craintes des groupes de pression américains et des médias qui avaient prévenu d’une « poussée des salaires » cette année.

« Au cours des dix-neuf dernières années, chaque fois que notre salaire a augmenté, le coût de la vie en a fait autant, » a dit au World Socialist Web Site un travailleur du piquet de grève de la raffinerie Marathon de Galveston Bay près de Houston, Texas. « La dernière fois, nous avons obtenu une augmentation de salaire de 2,4 pour cent, mais nos frais de santé ont augmenté de 4 pour cent! Peu importe ce qui se passe, la société semble toujours être gagnante. »

Exxon Mobil, Chevron, Shell et BP – quatre des plus grandes sociétés au monde – s’obstinent et refusent de bouger d’un pouce sur les revendications salariales des travailleurs, sur une diminution des frais de santé, une meilleure sécurité et une réduction de l’embauche de travailleurs intérimaires. Au lieu de cela, les géants pétroliers profitent du récent effondrement des prix du pétrole brut pour exiger une réduction plus grande encore des coûts. BP a déjà imposé un gel des salaires à l’ensemble de sa main-d’œuvre salariée dans le monde et les travailleurs sous contrat affectés aux opérations de forage doivent faire face à une réduction de salaire de 15 pour cent.

Si la chute des prix pétroliers a affecté les bénéfices, les entreprises ont, au quatrième trimestre, profité plus que prévu de leurs opérations de raffinage, qui bénéficient du bas niveau des coûts du pétrole brut. Tesoro [société américaine de raffinage] a empoché 698 millions de dollars au cours des neuf premiers mois de 2014, une augmentation de 67 pour cent par rapport à la même période de l’année précédente.

Alors même qu’ils suppriment des emplois et exigent davantage de concessions des travailleurs, les géants pétroliers continuent à dépenser des dizaines de milliards en rachats d’actions et en dividendes aux investisseurs fortunés. « Nous voulons d’abord protéger les dividendes, » s’était exclamé lors d’une conférence le 29 janvier Ryan Lance le PDG de ConocoPhillips à l’adresse des investisseurs.

« Dans la présentation de leur premier bilan financier pour la totalité d’un trimestre depuis le début de l’effondrement des prix du brut l’été dernier, les dirigeants des sociétés pétrolières ont quasiment tout réduit, » a remarqué le Houston Chronicle. « Les emplois, les plans de forage, les augmentations, les bénéfices et même la taille des équipages a été drastiquement réduite, mais pas un seul des grands producteurs de pétrole n’a discuté d’une éventuelle baisse des dividendes. »

Les négociations entre le syndicat des métallos (USW, United Steelworkers union) et Shell – le principal négociateur pour l’industrie – ont échoué la semaine passée après que l’USW a rejeté une sixième offre du groupe sis aux Pays-Bas. Le syndicat a accusé la société d’être « coupable de mauvaise foi dans les négociations, de refuser d’aborder… les questions obligatoires, de retards indus dans la fourniture d’information, d’entrave aux négociations et de menaces à l’encontre de travailleurs s’ils participent à une grève. »

Cependant, la direction de l’USW continue de restreindre la grève à tout juste 11 des 65 raffineries où le syndicat est majoritaire aux Etats-Unis, ce qui correspond en gros à 13 pour cent des 65 pour cent de capacité totale de raffinage que ce syndicat pourrait bloquer. Moins d’un cinquième des 30.000 travailleurs du pétrole de l’USW a reçu l’ordre de débrayer.

Dans les raffineries en grève, les compagnies poursuivent les opérations en recourant à des cadres, des travailleurs sous contrat et, dans certains cas, à des gens venant d’autres syndicats. Vendredi soir, un briseur de grève conduisant une camionnette à la raffinerie Martinez Tesoro en Californie a heurté deux piquets de grève, dont l’un a du être hospitalisé selon les travailleurs. Des agents de sécurité surveillent les piquets de grève par vidéo et les sociétés ont publié des communiqués provocateurs déclarant leur détermination à continuer la production.

Un fort sentiment en faveur d’une extension de la grève et d’une fermeture de toute l’industrie règne parmi les piquets de grève. « Si nous nous engagions tous dans le même sens, nous serions plus forts, » a dit au World Socialist World Site l’un des travailleurs à la raffinerie de Toledo, dans l’Ohio qui appartient conjointement à BP et à Husky.

Une telle lutte nécessite cependant l’initiative des ouvriers à la base et une rébellion contre la direction de l’USW. Comme les autres syndicats, l’USW a collaboré des décennies durant avec le patronat afin de tirer les salaires vers le bas et de stimuler la « compétitivité » et le rendement des entreprises américaines. Les syndicats avaient affirmé que les sacrifices sans fin sauveraient les emplois et permettraient aux travailleurs de rattraper leurs pertes ultérieurement. En réalité, rien de tout cela ne s’est produit.

Au contraire, un énorme transfert de richesses a été effectué du bas vers le haut. L’attaque contre les emplois et les droits fondamentaux qui a débuté dans les années 1980 avec une vague d’anti-syndicalisme, de fermetures d’usine et de licenciements de masse a été intensifiée après la crise financière de 2008. Le premier geste du président Obama après le renflouement des criminels de Wall Street, responsables de cette crise, fut de restructurer General Motors et Chrysler et de réduire de moitié les salaires de dizaines de milliers de salariés nouvellement embauchés.

Quel que soit son discours sur « l’économie de la classe moyenne » et la « prospérité inclusive », Obama a fait de la baisse des salaires et du transfert des coûts de santé et de retraite des entreprises et du gouvernement vers les travailleurs, la pièce centrale de sa politique économique. En cela, la Maison Blanche s’est appuyée sur les services de l’USW et d’autres syndicats.

En 2013, le président Obama a nommé le président de l’USW, Leo Gerard, au poste de président du Manufacturing Partnership Steering Committee. Là, le chef de l’USW travaille avec les dirigeants d’entreprises pour réduire drastiquement les coûts de main-d’œuvre et accroître l’exploitation des travailleurs dans le secteur énergétique et manufacturier.

La semaine passée, le porte parole adjoint de la Maison Blanche a publié un communiqué pour demander aux compagnies pétrolières et à l’USW de recourir à la « méthode de la négociation collective qui a fait ses preuves » pour régler la grève. Le gouvernement veut mettre rapidement un terme à cette lutte parce qu’une avancée des travailleurs du pétrole inciterait d’autres catégories de travailleurs à faire de même, ce qui comprend les 139.000 travailleurs chez GM, Ford et Chrysler dont les contrats expirent cet été.

L’USW insiste pour que la grève ne concerne pas les salaires mais les conditions de sécurité et de travail. Le syndicat affirme que les revendications salariales isoleront les grévistes en dressant l’opinion contre eux. Ceci n’est pas seulement lâche, c’est faux. Il existe un soutien énorme en faveur d’une lutte pour contrer le déclin sur plusieurs décennies du niveau de vie de la classe ouvrière.

Il faut mettre fin à l’actuel isolement de la grève. Le mouvement de débrayage doit être étendu à une grève nationale des 30.000 travailleurs du secteur pétrolier membres de l’USW. En 1980, 60.000 travailleurs du secteur pétrolier avaient mené une grève nationale qui avait duré 14 semaines et défié le gouvernement Carter. Ils avaient obtenu une augmentation de salaire de 31 pour cent. Aujourd’hui, la lutte met les travailleurs directement et politiquement en conflit avec le gouvernement Obama, les deux partis du grand patronat et le système de profit qu’ils défendent.

Pour étendre la grève, la conduite de la lutte doit être arrachée des mains de l’USW. Des comités de grève de la base doivent être organisés afin de fermer toutes les 200 raffineries, les usines pétrochimiques, les oléoducs ainsi que les terminaux pétroliers.

Les travailleurs aux Etats-Unis et internationalement doivent se rallier aux grévistes, organiser des manifestations et des grèves de solidarité. Les travailleurs du secteur pétrolier sont en lutte pour toute la population laborieuse.

La grève du secteur pétrolier est le signe d’un renouveau de la lutte de classe aux Etats-Unis. L’émergence de luttes de masse dans la classe ouvrière américaine aux côtés de ses frères et sœurs de classe ailleurs dans le monde, modifiera fondamentalement le climat politique. Elle créera les conditions de l’apparition d’un puissant mouvement politique de la classe ouvrière contre l’inégalité sociale, la dictature et la guerre.

Pour sauvegarder les emplois, le niveau de vie et les conditions de travail des travailleurs du secteur pétrolier, l’industrie énergétique doit être nationalisée, placée sous contrôle ouvrier et réorganisée sur la base des besoins sociaux et non du profit privé.

(Article original paru le 9 février 2015)