Le Groupe de l’égalité socialiste en Irlande tient son premier meeting public

Par Paul Mitchell
14 février 2015

Le Groupe de l’égalité socialiste (SEG), récemment fondé, a tenu son premier meeting public le 3 février à Dublin sur le thème : « La lutte pour le trotskysme en Irlande ».

Dermot Byrne (à gauche) prend la parole à côté de Chris Marsden secrétaire,national du Parti de l’égalité socialiste (SEP du Royaume-Uni)

Dermot Byrne, qui dirigeait le meeting, a ouvert la réunion en relevant combien il était important qu’après de nombreuses années Dublin voyait à nouveau « un groupe de marxistes se réunir pour mettre au centre de leur travail la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière ». Il a expliqué comment, après sa fondation, le SEG avait contacté le Comité international de la Quatrième internationale (CIQI) afin de lancer une discussion sur la construction d’un parti trotskyste en Irlande.

Le secrétaire national du Parti de l’égalité socialiste (SEP) du Royaume-Uni, Chris Marsden, a commencé son intervention en présentant l’impact de la crise économique mondiale de 2008 sur l’Irlande, qui s’était vue décerner les titres de « Tigre celte » et de « Far West de la finance européenne » du fait de ses taux de croissance élevés.

« Lorsque le krach est survenu, il a été dévastateur, » a dit Marsden. Il a décrit la manière dont l’économie s’était contractée, le chômage avait grimpé et les prix de l’immobilier avaient baissé de moitié. Les banques ont été renflouées à hauteur de 150 milliards d’euros, un montant « époustouflant » pour lequel la classe ouvrière « a été saignée à blanc à coups de réductions de salaires, de hausses d'impôts… et de taxes, dont la redevance détestée sur l’eau courante ». L’inégalité avait « atteint des proportions maladives, » a-t-il ajouté.

Marsden a ensuite examiné le rôle des deux principales organisations en Irlande qui prétendent représenter « une alternative socialiste, ou à l'occasion révolutionnaire, voire même trotskyste », à savoir le Parti socialiste (SP) et le Parti socialiste des travailleurs (SWP).

Il a expliqué comment ils s'étaient attirés les bonnes grâces de la bureaucratie syndicale, qui avait négocié une suite d'accords interdisant les grèves, celles du petit groupe en voie de disparition des Travaillistes de « gauche », et celles des nationalistes de Sinn Fein et des soi-disant « Indépendants ».

« Au sommet de leur mouvement, certains, tels Joe Higgins du SP et Richard Boyd-Barrett du SWP, prennent leur siège au parlement et sont cités en permanence par les médias comme étant la voix officielle de la contestation ».

« La plupart du temps ils parlent de ‘pouvoir populaire’, de boycotts et de ‘groupes techniques’, plutôt que de socialisme. Ce qu'ils désirent le plus c'est imiter Syriza en Grèce et accéder au gouvernement, avec pour unique engagement celui d’alléger les pires effets de l’austérité ».

Marsden a ajouté que « La lutte pour le trotskysme en Irlande », intitulé du meeting, signifiait la lutte pour l’indépendance politique de la classe ouvrière, contre toutes les tendances de la pseudo-gauche qui se fondent sur le maintien ou la réforme du système de profit capitaliste.

Il a dit que le SEG avait compris ceci quand il avait rédigé sa déclaration d’intention.

« Le développement d’une conscience socialiste signifie donner aux travailleurs et aux jeunes les plus avancés une compréhension du caractère international de la lutte de classe et de la révolution socialiste. Ceci requiert l’assimilation des expériences stratégiques de la classe ouvrière au cours du 20e siècle, que l'on trouve dans l’histoire et l’héritage théorique du mouvement trotskyste, et notamment de la lutte menée sur des décennies contre la domination de la classe ouvrière par la petite bourgeoisie ».

« Le CIQI est né de la lutte intransigeante contre ces forces, dirigées dans les années 1950 par Michel Pablo et Ernest Mandel internationalement et par Tony Cliff et Ted Grant au Royaume-Uni et en Irlande ».

« Aujourd’hui, les successeurs des organisations pablistes et de celles défendant la théorie du ‘capitalisme d’Etat’ prônent un type de politique soi-disant de gauche qui a pour but de paralyser la classe ouvrière. Les organisations comme Syriza en Grèce, le SWP/People Before Profit (les gens avant les profits) et le Socialist Party en Irlande, ainsi que le NPA en France emploient une rhétorique de gauche pour embrouiller les travailleurs, mais ils sont les défenseurs les plus déterminés du système capitaliste….

« Ce n’est qu'en rompant politiquement avec ces organisations que la classe ouvrière en Irlande et internationalement sera en mesure de conduire une lutte victorieuse contre le capitalisme ».

« Que ce soit déjà entièrement compris ou non par ceux qui sont ici ce soir, » a dit Marsden, « le fait que l'importance capitale de cette lutte soit comprise par même un petit nombre de communistes ouvriers signifie que l'ensemble de la classe ouvrière irlandaise a une issue progressiste pour sortir de l’impasse dans laquelle elle a été fourvoyée par ses dirigeants nuisibles d’aujourd’hui. »

Toute l’histoire politique de l’Irlande se caractérise par un effort pour subordonner les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière à la bourgeoisie nationale et qui a fait des ravages. « Le CIQI n’est pas un défenseur du nationalisme irlandais. La partition et la création de la République d’Irlande ont mis fin, une fois pour toutes, au faux-semblant que la bourgeoisie irlandaise constituait une force anti-impérialiste, » a-t-il dit. L’histoire de l'Irlande a dès lors prouvé que c’est l’oppression de classe qui est le problème fondamental à surmonter. La lutte contre l’oppression nationale est intégrée dans et subordonnée à la lutte de la classe ouvrière pour le socialisme.

« La classe ouvrière irlandaise possède ses propres traditions socialistes dont elle peut être fière. Mais celles-ci ne peuvent en elles-mêmes, et à elles seules, être la base du développement d’une nouvelle direction révolutionnaire, » a-t-il dit.

« Ceci exige une collaboration quotidienne entre co-penseurs internationaux qui analysent collectivement les expériences stratégiques de la classe ouvrière mondiale, et une assimilation de la théorie révolutionnaire la plus avancée. La révolution socialiste, la plus complexe des tâches, ne peut être réalisée spontanément. Elle doit être préparée consciemment et dirigée par les travailleurs et les jeunes les plus avancés et les plus dévoués, formés en tant que marxistes par leur propre parti international. C’est ce que le Groupe de l’égalité socialiste (SEG) cherche à construire ».

En réponse à une question concernant le pouvoir des médias, Marsden a expliqué qu’il était plus important de comprendre le rôle de la pseudo-gauche. Ce sont eux, et non les médias qui ont systématiquement désamorcé la colère populaire contre la redevance sur l’eau courante en promouvant le « pas de politique, pas de dirigeants » qu’ils ont déguisé en « pouvoir populaire ».

En réponse à une question posée par un membre du SWP disant que le nouveau gouvernement de Syriza en Grèce représentait « une certaine rupture dans la conscience de la classe ouvrière par rapport aux idées neolibérales » et qu'il devait être soutenu, Marsden a insisté pour dire que c'était une position extrêmement dangereuse. Il a dit ne pas être d'accord avec l'idée que Syriza était « une expérience par laquelle la classe ouvrière devait passer. » Il a dit que Syriza s’était ouvertement déclaré pro-capitaliste et avait immédiatement formé une coalition avec le Parti de la droite nationaliste Grecs indépendants. « Il jettera aux orties toutes ses promesses électorales, » a dit Marsden. « Les partis de la pseudo-gauche le savent tous très bien et ils sont politiquement responsables de tout ce qui se passera en Grèce sous un gouvernement de Syriza ».

(Article original paru le 7 février 2015)