Ukraine: les accords de Minsk au point de rupture

Par Niles Williamson
20 février 2015

Les combats ont augmenté en Ukraine de l'est dans la ville de Debaltseve mardi dernier, alors que le cessez-le-feu négocié la semaine dernière à Minsk n'a pas été appliqué.

Des combats de rue faisaient rage à Debaltseve, pendant que des milices séparatistes prorusses avançaient pour prendre le contrôle de la ville où au moins 5.000 soldats ukrainiens demeurent piégés. Les séparatistes visent le renforcement de leur position stratégique pour prendre la ville – une plate-forme ferroviaire clé qui relie les villes de Donetsk et Lougansk contrôlées par les rebelles – des mains du régime de Kiev soutenu par l'OTAN.

Eduard Basurin, le porte-parole pour le ministère de la Défense de la République populaire de Donetsk (RPD), a dit à des journalistes que les séparatistes contrôlaient «80%» de Debaltseve mardi dernier.

Le ministère de la Défense ukrainien a fait part de l'embuscade d'un groupe de soldats capturés par des séparatistes prorusses. Alors que Kiev n'a pas confirmé le nombre de prisonniers, les séparatistes prétendaient détenir jusqu'à 300 soldats.

Lors d'un échange téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel mardi dernier, le président ukrainien Petro Poroshenko a qualifié les tentatives des séparatistes de consolider leur contrôle sur Debaltseve d’ «attaque cynique» contre l'accord de cessez-le-feu. Durant ce même échange, il aurait fait appel au Conseil de sécurité des Nations unies pour «prévenir des manquements futurs... et des opérations militaires de grande envergure au cœur de l'Europe».

La fin de semaine dernière, le leader séparatiste Aleksandr Zakharchenko a dit que les rebelles ne considèrent pas Debaltseve comme faisant partie des termes du cessez-le-feu et qu'ils demandent aux forces ukrainiennes encerclées de déposer leurs armes et de se rendre. «Toute tentative de la part des forces armées ukrainiennes de débloquer Debaltseve sera considérée comme une infraction des accords de Minsk; de telles tentatives seront combattues, nos adversaires seront éliminés», a dit Zakharchenko.

Autre signe que l'entente de Minsk est en train de s'effondrer: les deux parties ont déclaré qu'elles ne retireraient pas leur armement lourd, incluant l'artillerie, du front tant que l'autre côté continuerait à tirer. L'entente de la semaine dernière stipulait le retrait de tout l'équipement lourd du front à partir de mardi, deux jours après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Le porte-parole de l’armée ukrainienne Andriy Lysenko n'a pas hésité d'affirmer qu'«il n'y a pas de cessez-le-feu et il n'y a donc pas de préalable à un retrait de l'armement lourd».

Des leaders séparatistes ont annoncé qu'ils ne commenceraient pas à retirer leur équipement lourd tant que le régime de Kiev n'en faisait pas autant. «Nous ne ferons rien unilatéralement. Cela ferait de nos soldats des cibles», a déclaré Denis Pushilin.

La poursuite des combats démontre que l'entente récente à Minsk n'a rien apporté pour mettre fin à la guerre sanglante menée par procuration entre l'OTAN et la Russie en Ukraine de l'Est ou au danger que ce conflit puisse devenir une guerre totale entre l'OTAN et la Russie, une puissance nucléaire.

Les tensions demeurent extrêmement élevées. Les États-Unis sont la principale cause de cette situation, eux qui ont déclenché le conflit en installant un régime de droite à Kiev en février dernier à travers un coup d'État dirigé par des fascistes et qui veulent manifestement intensifier ce conflit.

L'entente de Minsk a été négociée entre les gouvernements d'Allemagne, de la France, de la Russie et de l'Ukraine, face aux craintes que l'intention des États-Unis de procurer directement des armes au régime de Kiev puisse déclencher une guerre qui pourrait s'étendre à l'ensemble du continent européen.

Mardi, la porte-parole du département d'État des États-Unis, Jen Psaki, disait que l'administration Obama était toujours prête à équiper le régime ukrainien en matériel militaire létal. «Nous pensons certainement qu'une approche diplomatique et une approche politique est la bonne approche dans cas-ci, mais les mêmes options qui étaient sur la table il y a une semaine ou deux restent sur la table», a-t-elle dit aux journalistes.

Si Washington n'a pas encore répudié ouvertement l'entente de Minsk, c'est surtout parce que la situation militaire dans laquelle se trouvent les forces pro-Kiev en Ukraine de l'Est est désespérée. Après le dernier cessez-le-feu ukrainien, également négocié à Minsk en septembre dernier, le régime de Kiev a refusé de déplacer ses forces et son artillerie des positions dans l'est et les combats ont continué.

Kiev réagit à nouveau à l'accord de Minsk en essayant de gagner du temps sur le terrain et de renforcer sa position en vue d’une nouvelle offensive contre les séparatistes. Mardi, Prosoheko a autorisé la mise en œuvre d’un échéancier jusqu’à la fin de l'année pour le recrutement d’hommes n’ayant pas plus de 27 ans.

Les tensions entre la Russie et les États-Unis augmentent également, alors que Moscou et Washington s'accusent réciproquement de procurer des armes à leurs alliés en Ukraine à l'encontre du cessez-le-feu.

Suite à une rencontre du premier ministre hongrois Viktor Orban mardi, le président russe Vladimir Poutine a accusé les puissances occidentales d'armer le régime de Kiev. «D'après nos données, des armes ont déjà été envoyées [à Kiev]», a-t-il dit à des journalistes. «Ce n'est pas surprenant. Je suis convaincu que peu importe qui procure des armes, le nombre de victimes pourrait augmenter, mais le résultat ne changera pas.»

Le département d'État américain a publié une déclaration lundi qui attribue entièrement la continuation des combats à la Russie pour . Il a averti que les hostilités entre les forces armées ukrainiennes et les séparatistes prorusses «menacent le récent cessez-le-feu ainsi que le retrait prévu de l'armement lourd».

Le département d'État a annoncé qu'il «suit attentivement les rapports selon lesquels un nouveau contingent d'équipement militaire russe se déplace vers Debaltseve». La déclaration se conclut en demandant à la «Russie et les séparatistes qu'elle appuie d'immédiatement mettre un terme aux attaques» et «d'appliquer pleinement leurs engagements des accords de Minsk du 5 et 19 septembre».

Jouant toujours son rôle dans l'escalade de la pression politique et économique contre la Russie, l'Union européenne a annoncé de nouvelles sanctions dirigées contre ceux qui, en Russie et en Ukraine, sont accusés d'appuyer les séparatistes. Lundi dernier, l'UE annonçait son ajout de 19 personnes à la liste d'individus en Russie et dans l'est de l'Ukraine qui seraient visés par des gels d’actifs et des interdictions de voyager, incluant le sous-ministre de la Défense russe. 

(Article paru d’abord en anglais le 18 février 2015)