La campagne pour le démantèlement des retraites aux Etats-Unis

Par Andre Damon
16 février 2015

Les Etats et les villes des Etats-Unis sont engagés partout dans une offensive directe contre les retraites des salariés du secteur public, ou fonctionnaires, qu’ils soient actifs ou déjà à la retraite. Ces attaques sont menées dans le mépris le plus total de la loi et foulent aux pieds les dispositions inscrites dans la constitution et qui protègent des prestations sociales gagnées par les salariés au cours de décennies de dur travail.

Au début du mois, le juge des faillites Christopher Klein a signé un ordre autorisant la ville californienne de Stockton, à poursuivre son projet de réduction drastique des retraites des salariés dans le cadre d’un accord passé en vue de sortir d’une procédure de faillite. L’accord conclu éliminera les prestations de soins de santé des retraités de la ville et réduira les retraites des salariés nouvellement recrutés, tout en augmentant les cotisations de retraite de ceux en activité.

Au moment où il a annoncé sa décision d’autoriser les tribunaux des faillites à réduire drastiquement les prestations des retraités, Klein n’a pu cacher son enthousiasme. Il a déclaré que CalPERS, le système de retraite des employés du public de l’Etat de Californie, « a imposé d’une main de fer son point de vue dans cette affaire. » Mais, s’est-il vanté, il s’est avéré que le fonds de pension « avait une mâchoire de verre. »

Dans l’Illinois, où le juge itinérant John Belz avait annulé l’année dernière une loi de 2013 qui réduisait les retraites des fonctionnaires, les responsables de l’Etat sont une fois de plus sur le sentier de la guerre. La procureure générale Lisa Madigan, une démocrate, s’apprête à aller devant la Cour suprême de l’Illinois pour plaider que, bien que la constitution de l’Etat déclare explicitement que les retraites des salariés du public « ne seront pas diminués ou altérés, » les « pouvoirs de police » de l’Etat lui permettent de réduire drastiquement au nom de la « sécurité publique » les prestations des retraités actuels.

L’argument se base sur une interprétation autoritaire et absurde du Dixième amendement de la Constitution des Etats-Unis qui spécifie que « les pouvoirs non délégués aux Etats-Unis par la Constitution, ni prohibés aux Etats, sont réservés aux Etats respectivement, ou au peuple. » Les Démocrates de l’Illinois avancent que cet amendement permet à l’Etat de supprimer des prestations de retraite qui sont protégées par la constitution sans même passer par un tribunal de faillite.

Si cet argument est accepté par la Cour suprême de l’Illinois, il créera un précédent et permettra à chaque Etat aux Etats-Unis de s’en prendre aux retraites des salariés du secteur public.

En Pennsylvanie, l’assemblée législative de l’Etat est en train de débattre d’un projet de loi qui gèlerait les prestations de retraite des fonctionnaires actifs ou à la retraite et qui remplacerait le régime de retraite des salariés nouvellement recrutés par un plan de style 401(k) [système d’épargne retraite par capitalisation]. A Jacksonville, en Floride, l’Etat projette d’importantes coupes dans les retraites des futurs retraités.

Ces décisions – et des actions identiques dans d’autres Etats et villes – font suite au précédent créé par la procédure de faillite de Detroit qui avait débuté en juillet 2013 pour se terminer en novembre dernier. Ces décisions ont totalement justifié les avertissements lancés par le World Socialist Web Site au moment de la demande de mise en faillite.

Le 20 juillet 2013, deux jours après le dépôt de bilan de la ville, le WSWS écrivait :

« Cette demande de mise en faillite a des implications nationales et internationales. Detroit va servir de test pour les autres villes du pays qui se sont retrouvées criblées de dettes du fait de la crise économique. L’utilisation de la bankruptcy court [tribunal fédéral spécifique pour les faillites, privées comme publiques, ndt] pour tailler dans les retraites et l’assurance-santé ouvrira la porte à des attaques du même genre contre des millions d’enseignants, de travailleurs des transports, des services d’assainissement, et d’autres employés municipaux.

« Tout comme la Grèce est devenue le modèle des attaques contre les travailleurs dans toute l’Europe et au-delà, la faillite de Detroit – qui va bien au-delà même des mesures brutales appliquées en Grèce – va établir un mode opératoire pour la prochaine étape des attaques contre la classe ouvrière aux États-Unis et partout ailleurs. Ce qui est en jeu ce sont toutes les avancées obtenues sur plus d’un siècle par la classe ouvrière au prix de luttes et de sacrifices immenses et souvent sanglants. » (Voir : « La faillite de Detroit »)

L’assaut mené tant au niveau des Etats qu’au niveau local contre les retraites des salariés du public s’accompagne d’une campagne pour démanteler ce qui reste des retraites dans le secteur privé. En décembre, le Congrès a adopté une loi autorisant les fonds de pension multi-employeurs à réduire drastiquement les prestations versées aux retraités et a éliminé une jurisprudence fédérale de dizaines d’années spécifiant que les retraites de travailleurs actuellement à la retraite ne pouvaient être réduites.

L’assaut sur les retraites est entièrement bipartisan vu que Démocrates et Républicains sont tout aussi implacables les uns que les autres lorsqu’ils s’attaquent à la classe ouvrière. Cette attaque est coordonnée par le gouvernement Obama qui a joué un rôle crucial dans la faillite de Detroit.

La campagne de démantèlement des retraites est l’une des composantes de l’attaque de l’administration Obama sur les salaires et les prestations sociales des travailleurs. Cette attaque inclut aussi le démantèlement des prestations de santé financées par les employeurs sous les auspices de l’Affordable Care Act et l’attaque systématique lancée contre les salaires en 2009 avec la restructuration de l’industrie automobile.

Le sempiternel refrain qui accompagne cette campagne est l’affirmation qu’il « n’y a pas d’argent, que les caisses sont vides » pour payer les retraites. C’est un mensonge.

Même le Washington Post – qui a remarqué un « changement dans le contrat social » alors que « les employeurs, les employeurs privés tout comme les gouvernements, considèrent de plus en plus que la prolifération des coûts de retraite est insupportable » – s’est senti obligé de souligner que « l’offensive pour réduire les prestations de retraite a lieu en dépit non pas seulement d’une longue période de solides rendements boursiers mais aussi d’un rebond de l’immobilier qui devrait alimenter une forte croissance du revenu des villes. »

La hausse spectaculaire des cours boursiers a été alimentée par des cadeaux à hauteur de milliers de milliards de dollars aux banques, à qui on a fourni un flux ininterrompu d’argent quasi gratuit. Dans le même temps, des centaines de milliards de dollars ont été débloqués pour financer des opérations militaires dans le monde entier alimentées par l’incessante course à l’hégémonie mondiale de la classe dirigeante américaine. Ce qui doit être payé par un renversement historique de la position sociale de la classe ouvrière.

En ce qui concerne la classe dirigeante, les jeunes gens ne devraient pas avoir d’avenir, les travailleurs devraient vivre avec des salaires de misère, les chômeurs devraient mourir de faim et les personnes âgées devraient mourir prématurément.

Ce qui est le plus extraordinaire, c’est l’absence de résistance organisée. Ici, les syndicats qui se sont depuis longtemps transformés en entreprises commerciales, jouent un rôle essentiel. Ils ont collaboré à tous les stades avec les Démocrates et les Républicains pour saper et attaquer les retraites. Le syndicat des Teamsters, par exemple, a pleinement soutenu la loi fédérale autorisant les fonds de pension à réduire fortement les prestations. Une multitude de syndicats de l’Illinois appuient la plainte des Démocrates pour réduire les prestations de retraite. Les syndicats jouent un rôle clé dans la répression de l’opposition à la faillite de Detroit.

Ces organisations droitières et les cadres corrompus qui les contrôlent ne s’intéressent qu’à protéger leurs intérêts financiers de gestionnaires des fonds de pension. Pour maintenir le fonds à flot, ils acceptent volontiers de réduire drastiquement les prestations des syndiqués.

Les tensions sociales atteignent le point de rupture. La grève des travailleurs du secteur pétrolier aux Etats-Unis, en dépit des efforts entrepris par le syndicat des métallos USW pour l’isoler et la trahir, témoigne de la combativité et de la détermination grandissantes des travailleurs américains qui ont subi des décennies durant les suppressions d’emplois et les baisses de salaires et des prestations sociales. Pour faire avancer cette lutte, et les nombreuses autres luttes à venir, les travailleurs doivent s’armer d’une nouvelle stratégie politique qui se base sur l’indépendance à l’égard de syndicats favorables au patronat, une rupture avec les Démocrates et le système bipartite du capitalisme américain, ainsi que sur un programme socialiste afin de réorganiser la société dans l’intérêt des besoins sociaux et non des profits privés.

(Article original paru le 14 février 2015)