Dans sa guerre contre les travailleurs grecs l’Union européenne ne cède pas un pouce de terrain

Par Christoph Dreier et Barry Grey
19 février 2015

Lundi, les ministres des Finances de l’Eurogroupe réunis à Bruxelles ont dit clairement qu’ils poursuivraient, sans céder un pouce de terrain, la politique d’austérité brutale qui a précipité la Grèce dans une catastrophe sociale sans précédent.

Alignés derrière l’Allemagne, les ministres des Finances ont unanimement rejeté les propositions du gouvernement dirigé par Syriza pour des modifications, largement symboliques, du plan de remboursement de la dette imposé par l’Union européenne, la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international. Le chef des ministres des Finances de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, actuel ministre des Finances des Pays-Bas, a remis en début de réunion au ministre grec des Finances Yanis Varoufakis un projet de déclaration qui correspondait à un ultimatum : signez ou risquez une annulation des prêts et une faillite de l’Etat grec!

La déclaration précisait que la Grèce appliquerait consciencieusement le programme de remboursement de la dette, dont ses dispositions relatives à de nouvelles coupes, plus sévères encore, dans les emplois, les retraites et les services sociaux, ainsi qu’à une vente en urgence de biens publics aux banques et aux fonds spéculatifs.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, s’est fait le porte-parole de l’arrogance des élites dirigeantes européennes et internationales et de leur mépris pour la souffrance des masses grecques. Il a qualifié les appels du gouvernement grec en faveur de certains allégements, d’« irresponsables » et de « perte de temps » et a accusé le dirigeant de Syriza et premier ministre grec Alexis Tsipras, d’« insulter ceux qui avaient secouru la Grèce ces dernières années. »

L’« aide » donnée à la Grèce par les classes dirigeantes allemande et européennes depuis le krach de Wall Street en 2008 a été de réduire au chômage et à la pauvreté des millions de travailleurs grecs, de démolir le système de santé du pays et d’y créer le fléau de la famine et de la perte du logement; tout cela dans le but de faire payer à la classe ouvrière le renflouement de leurs banques à hauteur de milliers de milliards d’euros. Des « aides » identiques furent accordées à d’autres pays lourdement endettés comme l’Espagne, le Portugal et l’Irlande, et leurs conséquences sociales furent tout aussi catastrophiques.

L’offensive de l’austérité menée contre ces pays a servi à créer un précédent pour des attaques sans pareilles contre le niveau de vie de la classe ouvrière et les services sociaux en Grande-Bretagne, en Italie, en France, en Allemagne et ailleurs en Europe.

Les gouvernements de l’Union européenne ont de toute évidence décidé d’utiliser la réunion de lundi pour faire un exemple de la Grèce. Leur traitement méprisant de Syriza se voulait une leçon, par crainte que d’autres n’aillent s’imaginer qu’ils peuvent résister au pouvoir du capital.

Ils avaient pris la mesure de Syriza et voyaient ce parti non comme le représentant de masses insurgées mais comme un quémandeur parlant pour des capitalistes grecs défaillants. La réaction totalement prévisible de Syriza aux provocations de lundi a confirmé cette estimation.

Varoufakis a refusé de signer le projet de déclaration, il s’est plaint qu’il avait été d’accord pour signer un texte légèrement différent qui signalait une acceptation du programme existant de remboursement de la dette, mais contenait des différences non spécifiées dans la formulation.

Il a protesté contre le refus des ministres des Finances d’accorder à son gouvernement une petite marge de manœuvre alors qu’il était en train de renier ses promesses électorales et d’ appliquer le programme d’austérité. Il a néanmoins déclaré à l’issue de cette réunion infructueuse, « Je n’ai aucun doute qu’il y aura finalement un accord. »

La veille de la réunion, il avait dit au journal britannique The Guardian, « Nous sommes un parti de gauche, mais ce que nous mettons sur la table est essentiellement le programme d’un syndic des faillites de la City de Londres. » Il est allé jusqu’à appeler Schäuble « le seul politicien européen d’envergure sur le plan intellectuel » et fait l’éloge de la chancelière allemande Angela Merkel, « politicienne la plus avisée d’Europe. »

Il n’aura bien sûr fallu à Syriza qu’un peu plus de 24 heures pour achever sa capitulation. Le Wall Street Journal a rapporté mardi après-midi que les responsables grecs demanderaient mercredi une extension de l’actuel programme de remboursement de la dette.

Toute l’approche de Syriza est basée sur l’idée de cajoler les classes dirigeantes européennes pour qu’elles modifient légèrement leur politique. Tsipras avait espéré trouver du soutien parmi les secteurs de la bourgeoisie européenne ayant certaines divergences avec l’Allemagne. Il avait aussi misé sur les différences de politique économique entre les Etats-Unis et l’Allemagne qu’il pensait mettre à profit.

L’offensive de charme entreprise par Tsipras et Varoufakis dans différentes capitales européennes après la victoire électorale de Syriza visait exclusivement les élites économiques et politiques. Aucun appel ne fut lancé à la classe ouvrière.

Les dirigeants de Syriza n’ont jamais remis en cause la légitimité du système capitaliste. Au contraire, ils ont à mainte reprise exprimé leur soutien pour le système bancaire et leur détermination à rembourser intégralement à l’élite financière les dettes de la Grèce. La pièce maîtresse de leur programme est le soutien de l’Union européenne, le cadre politique et organisationnel de l’offensive des banquiers contre la classe ouvrière européenne.

Comme tous les partis petit-bourgeois, la politique de Syriza se fonde sur la notion qu’on peut se dérober aux grandes questions historiques et politiques et avoir recours aux manœuvres et aux tactiques ingénieuses. Dans le cas de Syriza, cette politique incluait la formation d’une coalition avec un parti droitier chauvin, les Grecs indépendants.

Il aura fallu moins de quatre semaines au gouvernement mené par Syriza pour totalement révéler au grand jour la faillite d’une perspective réformiste de la classe moyenne en période révolutionnaire ou contre-révolutionnaire.

L’offensive de la classe dirigeante ne peut être vaincue que par des moyens révolutionnaires : la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière contre le capitalisme dans toute l’Europe et au plan international. Syriza et les divers partis de la pseudo-gauche qui le soutiennent sont des obstacles à cette lutte. La construction d’une nouvelle direction révolutionnaire de la classe ouvrière doit s’effectuer dans une lutte contre eux.

(Article original paru le 18 février 2015)