La grève des travailleurs du pétrole et les luttes internationales de la classe ouvrière

Par Jerry White
26 février 2015

La grève des travailleurs des raffineries de pétrole américaines, entrée dans sa quatrième semaine, exprime une volonté croissante de la part des travailleurs de lutter pour la défense des emplois, des salaires, de la sécurité et des conditions de travail. Cette grève à laquelle participe six mille cinq cent travailleurs est la plus grande que connaît l’industrie pétrolière depuis 1980. Elle s’inscrit dans une action plus générale des travailleurs – dockers, enseignants, postiers, travailleurs de l’automobile et autres – pour inverser des décennies de baisse de leur niveau de vie.

Le syndicat des métallos (United Steelworkers union, USW) cherche à restreindre la grève en n’appelant qu’un cinquième de ses 30.000 adhérents dans cette industrie à faire grève et en n’installant des piquets de grève que dans 12 raffineries sur 63. L’USW est étroitement alignée sur le gouvernement Obama et s’emploie à empêcher que le débrayage ne se développe en confrontation politique avec la Maison Blanche qui, pas plus tard que le week-end dernier, était intervenue pour bloquer un mouvement de grève de 20.000 dockers sur la Côte Ouest.

N’ayant à subir qu’une réduction minimale de la production, Shell, ExxonMobil, BP, Chevron et les autres géants du pétrole ont refusé de céder aux revendications salariales, dérisoires, à celles relatives à des horaires de travail dangereusement longs et au remplacement de plus encore de travailleurs à plein temps par des travailleurs à contrat intérimaires.

Il est nécessaire de poursuivre la grève et de briser le carcan imposé par l’USW. Dans un premier temps, l’arrêt du travail doit être étendu à toutes les raffineries du pays. Un appel doit être lancé aux ouvriers de chaque secteur pour la défense des travailleurs de l’industrie pétrolière face à toute action menée par le gouvernement Obama ou les tribunaux en vue de briser la grève.

Ceci n’est cependant que le début. Les travailleurs des raffineries de pétrole et la classe ouvrière dans son ensemble doivent élaborer une stratégie politique plus générale.

Les problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs du secteur pétrolier américain font partie d’une crise nationale et, en fait, d’une crise internationale. Dans chaque pays, les travailleurs sont soumis à des attaques de la part des banques et des groupes multinationaux géants, qui sont soutenues tant par des gouvernements soi-disant de « gauche » que par des gouvernements de droite. L’actuelle offensive contre les emplois, les salaires, les retraites et les prestations sociales – qu’elle ait lieu à Athènes ou à Detroit – vient à la suite de décennies de restructurations et de réductions des salaires. Les Etats-Unis viennent de connaître la plus longue période de stagnation des salaires depuis la Grande Dépression.

L’assaut gouvernemental et patronal fut intensifié après le krach de Wall Street en 2008: les élites dirigeantes aux Etats-Unis et partout dans le monde ont mis en œuvre une politique destinée à faire payer à la classe ouvrière le renflouement de l’aristocratie financière à hauteur de plusieurs milliers de milliards de dollars.

Dans un pays après l’autre, des programmes d’austérité brutaux sont entrés en vigueur. De soi-disant « réformes structurelles » furent imposées dans le but de détruire ce qui restait des acquis sociaux obtenus au cours d’un siècle de lutte. Toutes les restrictions imposées à l’exploitation des travailleurs et au pillage de la société par les banques et les grandes entreprises ont été levées.

La conséquence en est un appauvrissement systématique de la population laborieuse allant de pair avec des bénéfices record pour le patronat, une flambée des cours de la bourse et une rémunération des PDG atteignant des dizaines, voire des centaines de millions de dollars. L’inégalité sociale a retrouvé les niveaux qu’elle avait au début du siècle dernier. Pour ne citer qu’un chiffre statistique : 85 milliardaires possèdent plus de richesses que la moitié la moins riche de l’humanité, c'est-à-dire 3,5 milliards de personnes.

Chaque tentative de résistance entreprise par les travailleurs, que ce soit en Europe, en Asie, en Amérique du Sud ou du Nord, est bloquée ou sabotée par des syndicats qui concentrent tous leurs efforts sur la répression de la lutte de classe et qui ont été transformés en annexes des grands groupes et de l’Etat.

La chute du prix du brut, en soi une expression de la crise du système de profit, a servi à monter une attaque contre les travailleurs des raffineries au niveau mondial. Alors même que « Big Oil » [les cinq ou six plus grandes sociétés pétrolières et gazières du monde] octroie des dizaines de milliards aux riches actionnaires – sous forme de dividendes et de rachats d’actions – il mène une offensive impitoyable contre les emplois, les salaires et les conditions de travail.

Les travailleurs du secteur pétrolier en particulier ont à faire à une industrie au caractère international. En mer du Nord, quelque 20.000 monteurs et travailleurs des plateformes pétrolières offshore sont confrontés à des réductions de salaire de l’ordre de 15 pour cent et à l’exigence de travailler 28 jours supplémentaire offshore par an sans augmentation de salaire alors qu’ont réduit l’effectif d’un cinquième. BP, Marathon, Canadian Natural Resources et d’autres sociétés veulent imposer aux travailleurs britanniques les mêmes horaires de travail éreintants auxquels sont déjà soumis les travailleurs américains dans le Golfe du Mexique. En réponse les travailleurs vont voter sur un mouvement de grève le mois prochain.

La résistance des travailleurs du pétrole est le signe qu’un mouvement de la classe ouvrière est en train de se développer internationalement. Des milliers de conducteurs de train allemands ont débrayé pour s’opposer aux suppressions d’emplois, réductions de salaires et autres attaques. Dans l’ouest de l’Australie où la fin du boom minier a entraîné des dizaines de milliers de licenciements, les conducteurs de trains minéraliers ont arrêté le travail. Ceci vient après la grève des cheminots de la compagnie du Canadien Pacifique, arrêtée après l’action menée par le gouvernement Harper pour la briser.

Partout dans le monde, les travailleurs sont confrontés à la faillite de tout un système économique, le capitalisme. Ils sont également confrontés à la banqueroute des syndicats. Ces organisations sont liées de façon irréversible au capitalisme et étroitement liées à son cadre d’Etat-nation. Fermement alignées sur leur classe capitaliste nationale respective, elles collaborent à la démolition des emplois et du niveau de vie au nom de l’accroissement de la « compétitivité » des grands groupes dont le siège est dans leur pays.

Le président de l’USW, Leo Gerard, est spécialiste des formes les plus ignobles de nationalisme américain. Il dénonce les « manipulations monétaires » de la Chine et le « dumping » des producteurs d’acier coréens, réclame des mesures protectionnistes pour favoriser la « sécurité nationale » et la préparation militaire. Sur la base du nationalisme économique, l’USW a collaboré avec les patrons de la sidérurgie pour détruire les emplois et les retraites de centaines de milliers de travailleurs.

Ces trahisons ne sont pas simplement le résultat de la couardise ou de la corruption personnelle. L’échec des syndicats aux Etats-Unis et partout dans le monde est dû à leur incapacité de fournir une stratégie internationale pour s’opposer au système capitaliste.

Les travailleurs du pétrole des Etats-Unis et d’Europe, les conducteurs de train d’Allemagne et d’Australie ont besoin, comme tout autre secteur de la classe ouvrière qui entre en lutte, d’une perspective et d’une stratégie qui prennent en compte les processus historiques, économiques et politiques plus larges qui sous-tendent la crise actuelle et les attaques immédiates dont les travailleurs sont l’objet.

Ce n’est que sur la base d’une politique internationale visant directement le système capitaliste qu’il est possible de s’opposer efficacement aux groupes transnationaux qui opèrent à l’échelle de la planète. Une telle politique internationale est en outre une condition préalable pour unir les travailleurs de chaque pays et pour vaincre les efforts inlassables de la classe dirigeante pour semer les divisions basées sur la race, la religion, la langue, etc.

Aux Etats-Unis et dans le monde les travailleurs doivent répondre à l’assaut coordonné sur le plan mondial, mené contre leurs emplois et leur niveau de vie, à l’aide d’une stratégie qui unisse la classe ouvrière internationale contre le système capitaliste. Ceci exige la construction de nouvelles organisations de lutte indépendantes des syndicats nationalistes et pro-capitalistes afin d’atteindre les secteurs les plus vastes de la classe ouvrière sur le plan national et international.

Une nouvelle direction doit être construite qui unisse la classe ouvrière internationalement et donne à ses luttes une stratégie politique indépendante pour la prise du pouvoir et la réorganisation de la vie économique sur la base des besoins humains et non des profits privés. C’est la perspective de l’internationalisme socialiste pour laquelle luttent le Socialist Equality Party aux Etats-Unis et ses partis frères au sein du Comité International de la Quatrième Internationale.

(Article original paru le 25 février 2015)