La grève dans le pétrole s’étend à d’autres usines au Texas et en Louisiane

Par Jerry White
25 février 2015

La grève des travailleurs de l’industrie pétrolière aux États-Unis s’est étendue au cours du week-end. À Port Arthur au Texas – la plus grosse raffinerie aux États-Unis – et à deux autres raffineries et une usine pétrochimique de la Louisiane, 1350 travailleurs ont débrayé.

À la quatrième semaine de débrayage, 6550 travailleurs de l’industrie pétrolière en Californie, en Indiana, en Ohio, au Kentucky, au Texas, en Louisiane et dans l’État de Washington participent à la plus importante grève de l’industrie depuis 1980.

C’est la première fois que la grève s’étend depuis le 8 février. Elle prend place au moment où le Syndicat des métallos (United Steelworkers, USW) est critiqué sévèrement par les travailleurs de la base qui exigent la grève totale des 30.000 métallos de l’industrie pétrolière.

Dès le départ, le Syndicat des métallos avait pour objectif de contenir la grève des travailleurs de l’industrie pétrolière en la limitant à des grèves partielles qui n’ont eu qu’un impact minimal sur la production. Les géants du pétrole ont ainsi été encouragés à maintenir la ligne dure face aux travailleurs qui exigent de meilleurs salaires, un milieu de travail plus sécuritaire et moins d’employés contractuels.

Jeudi dernier, Shell, le principal négociateur pour l’industrie, a soumis une autre offre insultante – la septième d’affilée. Bien conscients qu’ils ne pourraient pas faire accepter une telle offre à leurs membres, les négociateurs des métallos l’ont rejetée.

Les travailleurs de la raffinerie de Port Arthur, située aux abords du golfe du Mexique, à quelque 150 km de Houston, ont débrayé vendredi à minuit. La raffinerie, qui produit 600.000 barils par jour, est dirigée par Motiva Enterprises, une coentreprise de Shell et Saudi Refinery inc. Samedi à minuit, les travailleurs des raffineries Motiva à Convent et Norco en Louisiane et d’une usine pétrochimique de Shell à Norco se sont joints à la grève.

Tout juste avant que la grève ne s’étende, le PDG de Motiva Don Romasko a fait parvenir un communiqué aux employés de l’entreprise qui louangeait la supposée générosité de Shell et de l’industrie pétrolière en général. Romasko – qui a empoché 10 millions $ en quatre ans à Tesoro avant de prendre la tête de Motiva – a souligné l’augmentation de salaire de 6,5% répartie sur trois ans (en deçà de l’inflation) et la proposition de geler, plutôt que d’augmenter, les primes de 20-25% que les travailleurs doivent payer pour faire assurer leur famille au sein du régime de santé.

Romasko s’est aussi vanté que l’industrie prévoyait faire une «évaluation de la répartition de la charge de travail» pour estimer l’épuisement au travail: un geste symbolique que les entreprises vont s’empresser de contourner pour maintenir la pratique répandue de la journée de 12 heures et de 14 jours de travail consécutifs avant un repos. Romasko a aussi déclaré qu’il n’était «pas raisonnable» d’imposer des limites au recours à des contractuels, car les compagnies pétrolières doivent conserver «une flexibilité de l’embauche pour s’adapter aux cycles économiques, aux horaires d’entretien et aux délais de production», selon un article paru dans le New Orleans Times Picayune. Ces paroles n’ont rien fait pour persuader les travailleurs. Les travailleurs des deux raffineries en Louisiane avaient voté «à très forte majorité» en faveur d’une grève l’an dernier, d’après un porte-parole du syndicat des métallos.

Le large soutien pour le débrayage au Texas et en Louisiane vient contredire le mensonge que les travailleurs des États du sud des États-Unis sont conservateurs et ne veulent pas combattre les grandes sociétés. Comme leurs homologues plus au nord, ils ressentent au contraire un fort désir de lutte pour recouvrer les pertes subies à leurs conditions de vie et de travail durant des décennies.

Le principal obstacle qui se dresse devant une telle lutte, ce sont les syndicats, qui sont alliés avec les patrons et le gouvernement et qui ont passé les trois dernières décennies et demie à étouffer toute forme de résistance de la classe ouvrière à la guerre menée par les grandes sociétés contre les travailleurs.

Le développement de la grève dans l’industrie pétrolière coïncide avec la capitulation du Syndicat international des débardeurs et magasiniers (International Longshore and Warehouse Union, ILWU) aux demandes du président Obama que le syndicat se plie aux ultimatums de la Pacific Maritime Association (PMA). L’ILWU et la PMA ont annoncé qu’une entente avait été conclue durant le week-end et qu’elle devait être approuvée par les débardeurs.

Prêt à tout pour empêcher une confrontation politique avec l’administration Obama, l’ILWU tente d’empêcher une grève des 20.000 débardeurs de la côte ouest qui viendrait immensément renforcer la lutte des travailleurs de l’industrie pétrolière et d’autres, comme les enseignants de Los Angeles qui n’ont pas eu d’augmentation de salaire en huit ans.

Tout en ayant des ressources illimitées pour sauver les banques et alimenter la bulle des marchés boursiers, l’administration Obama a placé la baisse permanente des salaires – ainsi qu’un transfert des coûts des régimes de santé et de retraite de l’employeur et du gouvernement vers les travailleurs – au cœur de sa politique économique.

Un rapport publié par le Conseil économique du président Obama la semaine dernière se vantait du fait que l’économie des États-Unis s’était remise de la crise financière mondiale plus rapidement que d’autres pays, car elle avait réglé ses «déséquilibres structurels». Cela signifie la réduction la plus brusque des dépenses du gouvernement en éducation publique et dans d’autres services sociaux depuis la Deuxième Guerre mondiale et une réduction marquée des dépenses en santé. Les salaires réels, note le rapport, ont chuté de 0,3% depuis 2010. La proportion de travailleurs salariés dont les heures supplémentaires sont payées est passée de 45 à 39%.

Le portrait de l’avenir envisagé par l’administration Obama donne encore plus froid dans le dos. Les emplois stables et les régimes de santé et de retraite payés par l’employeur seraient remplacés par une plus grande «fluidité du marché du travail» qui réduirait les travailleurs à l’état de travailleurs migrants sans aucune protection. Le gouvernement souhaite aussi se débarrasser des autorisations et des formations «inutiles», qu’il qualifie d’ «obstacles au travail». Ce plan coïncide avec ceux de l’industrie pétrolière qui visent à remplacer les travailleurs d’expérience par des employés contractuels à plus bas salaire.

Tandis que les travailleurs traversent la plus longue période de stagnation des salaires depuis la Grande Dépression, le 1% le plus riche de la population a englouti 95% de tous les gains en revenus depuis 2009. Les cinq plus importantes compagnies pétrolières – Shell, ExxonMobil, Chevron, BP et ConocoPhilips – ont engrangé 90 milliards de dollars en profits l’an dernier et ont gaspillé des milliards en rachat d’actions et en dividendes pour leurs riches investisseurs.

La grève dans l’industrie pétrolière est la première de beaucoup de luttes à venir qui marquent le retour des conflits de classe ouverts aux États-Unis.

Pour s’opposer aux sociétés géantes, les travailleurs de l’industrie pétrolière doivent se libérer du carcan que leur imposent le syndicat des métallos et d’autres syndicats propatronaux. La grève doit être étendue à toutes les raffineries, toutes les usines pétrochimiques et tous les terminaux pétroliers. Pour cela, il faut former des comités de grève des travailleurs de la base, indépendants du syndicat des métallos et en opposition à lui.

Dans leur lutte pour des salaires décents et des conditions de travail sécuritaires, les travailleurs entrent en conflit politique direct avec l’administration Obama et les deux partis de la grande entreprise. Les démocrates et les républicains n’hésiteront pas à utiliser la police militarisée et les lois antiterroristes pour défendre les intérêts de l’industrie pétrolière et de Wall Street.

Les travailleurs de l’industrie pétrolière ne sont pas seulement confrontés à l’intransigeance des compagnies. Derrière ces compagnies se dresse toute la classe dirigeante américaine. Enivrée par la richesse et le pouvoir, protégée pendant des décennies de la résistance ouvrière par les syndicats, celle-ci croit qu’elle peut toujours s’en tirer à bon compte.

La classe dirigeante est déterminée à faire payer les travailleurs pour le sauvetage des banques à coups de centaines de milliards de dollars, et pour les centaines de milliards consacrés à la guerre et à la répression.

À l’intransigeance de l’élite financière et patronale, les travailleurs doivent opposer leur propre intransigeance: l’unification de leurs luttes en un puissant mouvement politique pour casser l’emprise de l’aristocratie financière, y compris les multinationales de l’énergie, sur la vie économique et pour réorganiser l’économie afin de satisfaire les besoins des travailleurs et non ceux du profit privé.

(Article paru d’abord en anglais le 23 février 2015)