Alors que les raffineries américaines sont en grève depuis près de deux semaines

Lockout des dockers de la côte Ouest des Etats-Unis

Par Jerry White
14 février 2015

L'Association maritime du Pacifique (PMA), qui représente les transporteurs de fret, les opérateurs de terminaux et les entreprises d'arrimage, a imposé un lockout de quatre jours aux 20.000 travailleurs de 29 ports de la côte Ouest des Etats-Unis. Les docks étaient fermés jeudi et le seront à nouveau samedi, dimanche et lundi; un lockout similaire avait déjà eu lieu le weekend dernier.

La PMA a pris cette mesure punitive, qui coûtera aux travailleurs des centaines sinon des milliers de dollars en pertes de salaires de base et heures supplémentaires, en représailles à une présumée grève du zèle organisée par l’ILWU (syndicat international des dockers).

« Les membres de la PMA ont conclu qu'ils ne mèneraient pas d'opérations sur les navires ces jours-là, car ils auraient à payer des rémunérations très élevées à des équipes entières de travailleurs de l'ILWU pour une productivité sévèrement diminuée, tandis que s'accumule le retard du fret sur les ports de la côte Ouest, » dit une déclaration de la PMA.

« Ceci est une tentative de la part des employeurs d'imposer une pression économique sur nos membres pour mieux peser sur les négociations de contrats », a dit le président de l'ILWU Robert McEllrath. « Le syndicat se tient prêt à négocier, comme c'est le cas depuis plusieurs jours ».

La PMA a annulé des pourparlers qui avaient déjà été reportés à jeudi et n'a pas rencontré l'ILWU depuis le 6 février. L'ancien contrat de travail a expiré le 1er juillet dernier, mais l'ILWU a ordonné à ses membres de continuer à travailler pendant neuf mois dans l'espoir de conclure un accord avec la médiation du gouvernement.

Un bateau attendant d’être déchargé

Les appels du syndicat à quelques concessions de la part de la direction n'ont eu d'autre résultat que de voir ces sociétés hautement profitables exploiter la situation pour prendre l'offensive. La PMA aurait proposé une hausse de salaire de 2,8 pour cent par an pour un nouveau contrat d'une durée de 5 ans. Elle a aussi désigné l'impôt indirect de 40 pour cent sur l'assurance maladie dite Cadillac de l'Affordable Care Act (loi sur la protection des patients et des soins abordables) d'Obama, pour demander la fin des assurances maladie pleinement à la charge de l'employeur, une conquête sociale gagnée par les travailleurs portuaires grâce aux luttes de plusieurs générations.

Comme d'autres employeurs, la PMA fixe de strictes limites aux travailleurs cherchant à récupérer les revenus perdus durant la plus longue période de stagnation des salaires depuis la Grande Dépression. Ils font pression pour la suppression de plus d'acquis sociaux encore alors même que les bénéfices des entreprises et les marchés financiers grimpent en flèche pour la sixième année consécutive de la soi-disant reprise économique.

Ce lockout a lieu au moment où la grève des raffineries américaines en est à sa deuxième semaine. Le principal négociateur Royal Dutch Shell a claqué la porte des pourparlers cette semaine, et les négociations ont été suspendues au moins jusqu' au 18 février. Bien que les cinq plus grosses societés pétrolières (Shell, ExxonMobil, BP, Chevron et ConocoPhillips) aient fait $90 milliards de bénéfices l'année dernière en dépit de la chute des prix du pétrole brut, elles s'opposent à toute revendication visant une amélioration des salaires et des conditions de travail.

Ces sociétés ont riposté à la grève partielle du Syndicat des travailleurs de l'acier (USW), qui ne mobilise que 5 200 sur les 30.000 travailleurs du syndicat, en supprimant les prestations maladie des grévistes et en mobilisant des cadres, des employés d’autres entreprises et d’autres catégories de personnel pour maintenir la production.

Les employeurs ont le soutien total du gouvernement Obama et des deux partis de la grande entreprise. Jeudi, un groupe bipartite de membres du Congrès a appelé a une « résolution rapide » du conflit sur la côte Ouest.

« Nous estimons qu'il s'agit aujourd'hui de la plus grande menace pour notre nation, » a dit le député Kurt Scrader (Démocrate de l'Oregon), utilisant le vocabulaire habituellement associé aux soi-disant menaces terroristes. Schrader a pressé Obama, qui se trouvait dans la région de la Baie de San Francisco pour un sommet sur la cybersécurité vendredi, de rencontrer les dirigeants de la PMA et de l'ILWU, écrit le Los Angeles Times.

Dans l'éventualité d'une grève ou d'un lockout, ont dit les députés, Obama devrait avoir recours à l'argument de « risque pour l'économie nationale » pour invoquer la Loi Taft-Hartley, comme l'avait fait le président George Bush en 2002, afin de rouvrir les docks.

Le port d’Oakland

Faisant écho à des remarques similaires à propos de la grève de l'industrie pétrolière, le porte-parole de la Maison-Blanche Eric Schultz a dit jeudi que le président suivait de près la situation des docks. Il a ajouté, « Nous pensons qu'elle devrait se résoudre à la table des négociations ».

A ce stade, Obama compte sur l'ILWU et l'USW pour contenir et finalement étouffer ces luttes avant qu'elles ne deviennent un catalyseur pour d'autres secteurs de la classe ouvrière, comme les 139.000 travailleurs de GM, Ford et Chrysler dont les contrats expirent en septembre prochain.

Mais si toutefois les syndicats n'y parvenaient pas, Obama et les deux partis de la grande entreprise auraient recours aux pouvoirs répressifs de l'Etat capitaliste, à savoir les lois anti-terroristes, la police militarisée, les troupes de la garde nationale, le FBI, etc, pour essayer de venir à bout d'un tel mouvement.

Depuis l'imposition de coupes claires dans les salaires et les droits sociaux des travailleurs de l'industrie automobile pendant la restructuration de 2009 chez General Motors et Chrysler, la Maison-Blanche a mis au centre de sa politique économique la baisse des salaires et le transfert des coûts d'assurance maladie et de retraite des sociétés aux travailleurs.

En cela, Obama a joui de l'entière collaboration du syndicat United Auto Workers, de l'USW, de l'ILWU et d'autres syndicats. Obama a nommé le Président de l'USW International Leo Gerard à sa commission pour la compétitivité des entreprises en 2013 afin qu'il réduise les coûts du travail dans les secteurs de la manufacture et de l'énergie.

Les syndicats ont tout fait pour étouffer l'opposition de la classe ouvrière. La grève du zèle de l'ILWU et le débrayage limité à l'appel de l'USW, avec des piquets de grève réduits et sans aucune tentative de mobiliser d'autres secteurs plus larges de la classe ouvrière, sont en grande partie inefficaces et le sont à dessein.

Les syndicats sont alliés à Obama et au Parti démocrate, ils ont passé des décennies à collaborer avec les employeurs pour baisser le niveau de vie des travailleurs. Les dirigeants syndicaux sont tout aussi hostiles à un mouvement social de la classe ouvrière que le sont leurs maîtres capitalistes.

Le président de l'USW Gerard et le Président de l'ILWU Robert McEllrath recherchent une concession symbolique qui, espèrent-ils, suffira à apaiser les travailleurs et à les convaincre d'accepter un contrat de plus leur faisant perdre des acquis. Les grandes entreprises ont réagi en mettant les syndicats au défi et en redoublant d'agressivité: lockout des travailleurs, annulation des prestations d'assurance maladie et organisation d'opérations visant à briser les grèves, tandis que se tiennent en réserve les gouvernements au niveau fédéral, régional et local.

Dans le même temps, les travailleurs ont de plus en plus le sentiment qu'ils doivent répliquer sur le même mode et se battre pour récupérer leurs années de pertes. La résurgence d'un tel état d'esprit est la conséquence de niveaux d'inégalité sociale sans précédent et de la complète insensibilité d’un gouvernement qui renfloue les banques, mène des guerres criminelles et approuve le pillage social de la part les élites capitalistes et financières.

Pour que les travailleurs trouvent une voie qui les fasse avancer, ils doivent s'émanciper de la mainmise des syndicats pro-patronaux. Ils doivent construire de nouvelles organisations de lutte contrôlées par la base, afin de mobiliser les travailleurs des docks et de l'industrie pétrolière dans un mouvement de grève puissant qui inverse l'érosion du niveau de vie et des conditions de travail. Confrontés à des sociétés maritimes et pétrolières organisées à l'échelle mondiale, les travailleurs doivent rejeter le nationalisme des syndicats et lutter pour s'unir avec leurs frères de classe internationaux dans une lutte commune.

La lutte pour la défense des emplois et du niveau de vie, tout comme la lutte contre la dictature et la guerre, est avant tout une lutte politique contre Obama, contre les deux partis de la grande entreprise et contre le système capitaliste qu'ils défendent.