Syriza s’apprête à conclure une entente avec l’Union européenne

Par Christoph Dreier
13 février 2015

Après la réaction vivement négative des marchés financiers et des gouvernements européens au discours du premier ministre nouvellement élu Alexis Tsipras devant le parlement grec la semaine dernière, dans lequel il a répété certaines des promesses qu’il avait faites durant sa campagne, Tsipras et ses ministres des Finances et des Affaires étrangères se sont empressés de rassurer les banques et l’Union européenne (UE) que le gouvernement dirigé par Syriza n’allait pas faire marche arrière sur les coupes dans les services sociaux ni sur la coopération de la Grèce avec l’UE.

Il n’a fallu que Tsipras annonce prudemment qu’il allait annuler progressivement les coupes de son prédécesseur dans le salaire minimum ainsi que d’autres vagues promesses pour susciter un tollé dans les médias qui l’ont accusé de chercher l’«affrontement».

La réalité est toute autre. Le ministre des Finances Yanis Varoufakis a dit à CNN que la réembauche des employés de l’État qui avaient été mis à pied n’allait toucher qu’«un tout petit misérable un pour cent de ceux qui ont perdu leur emploi». Il a ajouté que «malgré les critiques que l’on peut faire de la zone euro, si l’on en fait partie, il faut s’efforcer d’y rester.»

Le gouvernement a rédigé un plan en dix points qu’il devait présenter mercredi à une réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles. Ce plan vise à remplacer partiellement les accords précédents sur le remboursement de la dette et à offrir des garanties au budget fédéral grec au cours des six prochains mois.

Selon des reportages parus dans la presse grecque, le plan n’est pas considérablement différent du régime d’austérité que l’Union européenne a imposé à la Grèce. Le soi-disant «accord provisoire» laisserait intact 70 pour cent des mémorandums établis entre le gouvernement grec et la troïka (l’UE, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne).

À la place des 30 pour cent restants sur le plan de remboursement, Syriza s’engagerait à mettre en œuvre 10 réformes, dont on ne connait toujours pas le contenu. Elles seraient réalisées dans le cadre d’un accord avec L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Comme il s’engage à respecter la plupart des mémorandums sur le règlement de la dette, le nouveau gouvernement grec espère recevoir la dernière tranche d’aide financière de l’EU, soit plus de 7 milliards d’euros, ainsi que les profits que la Banque centrale européenne a générés avec les prêts à l’État grec. De plus, le gouvernement dirigé par Syriza demande que soit abaissé le surplus budgétaire primaire qu’il doit atteindre en 2015, voulant qu’il passe de 3 à 1,5 %.

Avec cet argent, le gouvernement de Tsipras veut garantir le paiement des obligations d’État jusqu’en juin. À partir de juillet, des paiements beaucoup plus gros arriveront à échéance. La dette totale de l’État grec s’élève à 320 milliards d’euros.

Le gouvernement précédent, dirigé par le parti Nouvelle Démocratie d’Antonis Samaras, avait déjà proposé une prolongation au plan de remboursement de la dette.

En proposant le soi-disant accord «provisoire», Syriza a affirmé qu’elle allait faire tout ce qu’elle pourrait pour garantir les paiements aux banques et aux créanciers et satisfaire les demandes des ministres des Finances de l’UE.

Certains articles font mention que le gouvernement proposerait entre autres de maintenir un organisme de contrôle pour surveiller le budget de la Grèce. La vieille «troïka», profondément détestée par la majorité de la population grecque, serait remplacée par un nouvel organisme qui siégerait à l’extérieur de la Grèce.

Jusqu’à maintenant, les représentants de l’UE ont rejeté les propositions du gouvernement grec. Un porte-parole de la Commission de l’UE a dit mardi que de nombreuses discussions prenaient place entre Bruxelles et Athènes. Aucune entente n’a toutefois été conclue.

Et la Commission européenne ne s’attend pas à ce qu’il y ait un accord après la réunion de mercredi ou après la réunion prévue lundi. Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble a affirmé: «Je ne comprends toujours pas comment le gouvernement grec entend se débrouiller.»

Que Syriza accepte en grande partie le plan de remboursement de la dette va main dans la main avec son appui pour la politique étrangère agressive de l’UE. Le nouveau ministre des Affaires étrangères de la Grèce, Nikos Kotzias, un ancien fonctionnaire du Parti communiste grec stalinien (KKE) politiquement proche de Syriza, a développé sa position sur les questions de politique étrangère dans une entrevue avec Spiegel Online. Dans cette entrevue, il a déclaré qu’il appuyait la politique provocatrice de l’UE envers la Russie.

Kotzias a déclaré que la sécession de la Crimée de l’Ukraine et son intégration dans la Fédération de Russie, dans la foulée du coup d’État fasciste qui a porté au pouvoir à Kiev en février dernier un gouvernement aligné sur les États-Unis et l’Union européenne, étaient illégales. Il a défendu les sanctions qu’a imposées l’UE à la Russie. «Des sanctions si cela est nécessaire, oui», a dit Kotzias.

L’un des premiers gestes officiels du nouveau gouvernement grec a été de donner son appui à une intensification des sanctions imposées par les États-Unis et les puissances impérialistes européennes.

Kotzias a alors affirmé qu’il fallait garder un oeil sur la stabilité de la région. «La Grèce est au milieu d’un triangle», a-t-il dit. «L’Ukraine est en haut, la Libye à gauche et le Moyen-Orient à droite, à peine à 300 kilomètres de nous. Toutes les régions sont déstabilisées.»

Il a dit que son gouvernement voulait user de son influence sur des nations comme la Chine, l’Inde et la Russie pour protéger les intérêts de l’UE. «Nous voulons un pont… dont les fondations seraient dans l’Union européenne», a-t-il déclaré à Spiegel Online.

Mardi, Kotzias a rencontré le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier. Mercredi, il s’est rendu à Moscou pour s’entretenir avec son homologue russe, Sergei Lavrov.

(Article paru d’abord en anglais le 11 février 2015)