Le président François Hollande fait la promotion du Front national néo-fasciste

Par Stéphane Hugues
27 avril 2015

Le commentaire dans lequel le président français François Hollande compare le FN (Front national) néo-fasciste au PCF (Parti communiste français) stalinien des années 1970 est une tentative réactionnaire de donner au FN une couverture populiste de « gauche ». Il a fait la remarque lors d’une édition spéciale de l’émission d’actualité « Supplément » sur Canal plus, où il est apparu pour essayer de détourner la colère croissante face à sa politique d’austérité.

La présentatrice, Maïtena Biraben, a montré à Hollande des extraits de vidéos sur sa politique d’austérité, sur le chômage et les guerres qu’il a menées au Moyen-Orient et en Afrique. Il y a eu un reportage de 10 minutes sur Gennay, une ville ouvrière dévastée du nord de la France, qui a un maire PCF et où 70 pour cent ont voté pour Hollande aux élections présidentielles de 2012 mais qui, cette année, a voté pour le FN de Marine Le Pen. Ses habitants, dont beaucoup survivent grâce à des allocations de 200 à 300 euros par mois, ont dit qu’ils avaient toujours voté pour le Parti socialiste de Hollande (PS) ou le PCF mais que maintenant, ils votaient pour le FN.

Après le reportage, Biraben a observé: « Beaucoup pensent que Marine Le Pen est plus à gauche que [PS Ministre de l’Économie] Emmanuel Macron. C’est là l’échec ... »

Hollande a répondu: « Ce n’est pas un échec. C’est là la mystification, l’illusion. Quand Mme Le Pen parle, c’est comme un tract du Parti communiste des années 70. Parce que c’est ça en réalité... Quand elle parle comme ce parti-là – ça parle dans cette région-là – parce c’était une région, et encore aujourd’hui, influencée par le Parti communiste. »

La comparaison anhistorique du FN au PCF des années 1970 par Hollande est aussi fausse que réactionnaire. Elle a également une signification politique plus générale et sinistre. Il fait, en tant que chef de l'État français et dirigeant du parti au pouvoir, la promotion de Le Pen et de son parti.

Le PCF des années 1970 était un parti stalinien politiquement banqueroutier. Il avait trahi la classe ouvrière au cours d’innombrables opportunités révolutionnaires, avant tout dans la grève générale de mai-juin 1968. Néanmoins, il était encore basé sur son association avec le gouvernement soviétique et avait une influence de masse dans la classe ouvrière, à la fois sur le plan électoral et par ce qui était encore, à l’époque, des syndicats de masse. Il avançait un programme réformiste de gauche à base nationale.

Le FN est un parti tout à fait différent, qui a été et reste fermement ancré à l’extrême droite. Ce parti, qui se base franchement sur le capitalisme, défend l’austérité, la guerre et la conquête impérialistes. Ses racines sont celles du fascisme français, dans le régime pétainiste de Vichy et les défenseurs les plus impitoyables de la domination coloniale française de l’Algérie.

La comparaison fausse de Hollande dissimule les racines fascistes bien connues du FN et témoigne du fort déplacement vers la droite de la politique française depuis la crise de 2008. Un élément central de ce changement a été la promotion des forces néo-fascistes, dont le FN, par les médias français et l’establishment politique. Alors que la dirigeante du FN, Marine Le Pen cherche à « dédiaboliser » son parti en minimisant ses liens avec Vichy et en prenant quelque peu ses distances avec les déclarations répétées de son père qui essaie de banaliser l’Holocauste, le président français lui-même aide à promouvoir la crédibilité « populiste » du FN.

La bourgeoisie s’appuie actuellement sur le gouvernement PS de Hollande pour imposer l’austérité et mener ses guerres impérialistes face à une opposition générale de la part des travailleurs et des jeunes. Mais ils comptent également sur le FN pour contenir la colère sociale dans les zones industrielles dévastées, anciennement dirigées par le PS et le PCF, et où les travailleurs rejettent désormais les anciens partis au pouvoir. Le néo-fascisme conduit le mécontentement social explosif dans la voie réactionnaire de la propagande anti-islam, de la transformation des immigrés en boucs émissaires et du nationalisme français. En cela, il s’est dégagé comme un élément essentiel du pouvoir bourgeois.

Les récentes élections locales et régionales ont vu le FN apparaître comme un troisième pôle de la politique bourgeoise française. On s’attend largement à ce que le vieux duopole entre le PS et l’UMP (Union pour un mouvement populaire) conservatrice qui a dominé la vie politique bourgeoise en France depuis les années 1980 fasse place à une tripolarisation entre le PS, l’UMP et le FN.

Dans ces conditions, des secteurs du PS et de sa périphérie tendent leurs antennes vers le FN et sont en train de considérer des liens plus étroits avec l’extrême droite. Jean-Luc Mélenchon, ancien ministre PS et fondateur du Parti de gauche et de son alliance avec le PCF au sein du Front de gauche, donne depuis un certain temps une couverture politique à Eric Zemmour, journaliste et écrivain d’extrême droite. Il a également eu des rencontres avec Marine Le Pen. (Voir: De la pseudo-gauche à la nouvelle droite: le parcours de Jean-Luc Mélenchon)

Dans ce contexte, quelles que soient les critiques tactiques de Hollande vis-à-vis du FN, sa comparaison du FN au PCF des années 1970 soulève des questions précises. C’est durant les années 1970 que le PCF a formé une alliance politique durable avec un PS nouvellement formé qui avait été constitué peu après la grève générale de 1968 à partir d’anciens partis sociaux-démocrates et de couches du mouvement étudiant post-1968. Si Hollande pense qu’il fait une comparaison légitime en assimilant le FN au PCF des années 1970, est-il à la recherche d’une collaboration politique avec le FN ?

Étant donné qu’à l’intérieur du PS on escompte que, compte tenu de sa politique profondément impopulaire, le parti subisse un rejet désastreux des électeurs à la fin du premier mandat de Hollande en 2017, qui mettrait l’avenir du parti en doute, des parties du PS espèrent-elles survivre grâce à une sorte d’alliance avec les néo-fascistes ?

Quant au PCF, qui a objecté de façon prévisible à sa comparaison avec le FN par Hollande, ses faibles protestations contre de telles remarques sont fausses et hypocrites dans l’âme.

« Je suis scandalisé, » a déclaré le chef du PCF, Pierre Laurent, à la chaîne de télévision France2. « J'ai demandé au président de présenter des excuses publiques pour cette phrase. »

Laurent a appelé la remarque de Hollande « lamentable » et a dit, « c’était la seule chose » que Hollande « pourrait trouver pour répondre à la détresse des électeurs. » Il a ajouté: « Je me souviens des années 1970, la gauche avait un programme. »

Cette promotion d’un espoir que le PCF retournerait à sa rhétorique des années 1970 est totalement banqueroutière et ne trouve aucun écho dans les couches plus larges de la classe ouvrière. Il est contredit par l'histoire même du PS et du PCF. Ayant utilisé la rhétorique de « gauche » et les promesses d’un programme national de réforme pour obtenir le pouvoir avec l’élection de Mitterrand comme président en 1981, les deux partis se sont tournés, moins de deux ans après que Mitterrand a pris ses fonctions, vers des politiques d’austérité et vers la guerre.

Le « tournant de la rigueur » de Mitterrand en 1983 et la restauration en 1991 du capitalisme par la bureaucratie stalinienne en URSS ont montré l’extrême hostilité envers la classe ouvrière des couches de la classe moyenne aisée pour lesquelles parlait la bureaucratie du PCF. Le programme national qu’ils avançaient et qui en dernière analyse a toujours servi de rempart contre une poussée révolutionnaire internationale de la classe ouvrière, s’est révélé comme non viable dans le contexte de la mondialisation. Ils ont réagi en allant dans le camp de la réaction sociale.

Après des décennies pendant lesquelles le PCF a endossé la politique réactionnaire de l’austérité et de la guerre et est resté l’allié du PS, les travailleurs trouvent de plus en plus difficile de distinguer le PCF d’aujourd’hui d’un parti d’extrême droite. Comme l’a observé Biraben, la démagogie populiste de Marine Le Pen frappe beaucoup de gens comme étant « à gauche » de gouvernements PS et de leurs alliés.

Cela crée l’environnement politique avili dans lequel Hollande, Mélenchon, et Co, essayant de détourner la colère montante de la classe ouvrière, tendent leurs antennes politiques en direction du FN.