Assemblées publiques organisées par le SEP australien sur la trahison de Syriza en Grèce

Par nos reporters
30 juillet 2015

Le Parti de l'égalité socialiste (Socialist Equality Party – SEP) a organisé des assemblées publiques dimanche dernier en après-midi à Sydney et à Melbourne sur les leçons politiques à tirer face à la trahison de la classe ouvrière grecque par Syriza.

Bien que convoquées à court préavis, ces assemblées ont néanmoins attiré beaucoup de gens. Elles ont été les seules activités publiques tenues en Australie pour discuter du rejet par le gouvernement Syriza du « non » écrasant obtenu lors du référendum du 5 juillet en Grèce et de l'imposition de nouvelles mesures d'austérité qui permettront de réduire la Grèce à un état de semi-colonie des banques européennes. 

Les présentateurs du SEP ont expliqué les racines historiques et la nature de classe de Syriza et de ses homologues internationaux de la pseudo-gauche, pourquoi le Comité international de la Quatrième Internationale, le mouvement mondial trotskyste, a été capable de prédire la trahison de Syriza, et quelles sont les implications politiques de ces développements pour la classe ouvrière internationale.

Les conférenciers à Sydney étaient Nick Beams, membre du comité national du SEP, et Oscar Grenfell, organisateur et membre du comité national des Étudiants et jeunes internationalistes pour l'égalité sociale (EJIES). Le secrétaire national du SEP James Cogan et l'organisateur et membre du comité national de l'EJIES Will Morrow étaient les présentateurs à l'assemblée de Melbourne. 

Des présentations PowerPoint ont été utilisées lors des deux assemblées pour expliquer en détail l'évolution économique, sociale et politique essentielle survenue en Grèce depuis la crise financière mondiale de 2008-2009 et l'imposition ultérieure au cours des six dernières années d'un taux de chômage, de baisses de salaires et d'un taux de pauvreté sans précédent sur la population grecque. Les présentations ont souligné l'impact humain dévastateur et également traité de l'émergence de Syriza, de son élection au pouvoir sur un programme anti-austérité et de sa rapide capitulation devant les exigences du capital financier. 

Oscar Grenfell

«La trahison de la classe ouvrière grecque par Syriza, qui a l’appui de la pseudo-gauche internationale, constitue un avertissement de ce que la pseudo-gauche fera si elle prend le pouvoir où que ce soit», a expliqué Oscar Grenfell lors de l'assemblée de Sydney. 

Grenfell a examiné la réaction de la pseudo-gauche en Australie et ailleurs dans le monde face aux politiques du gouvernement Syriza. «Ces formations présentent Syriza comme la voie à suivre pour les travailleurs», a-t-il déclaré. Il a ensuite comparé cette fausse allégation à l'analyse faite par le World Socialist Web Site et le SEP et les avertissements qu'ils ont lancés.

Le membre du comité national du SEP Nick Beams a commencé son discours en demandant à l'auditoire de s'interroger à savoir pourquoi l'analyse du WSWS avait été si «étonnamment précise» et pourquoi le Comité international de la Quatrième Internationale était «la seule tendance dans le monde à avoir lancé une mise en garde quant au rôle que Syriza allait jouer».

Nick Beams s'adressant à l'assemblée de Sydney

Beams a expliqué que ce n'est pas parce que nous avons une boule de cristal ou que nous avons fait une série de conjectures inspirées, mais bien parce que l'analyse du Parti est basée sur la méthode scientifique du marxisme et l'étude constante, depuis plus d'un siècle, des expériences historiques de la classe ouvrière internationale.

Le marxisme est une science de perspective basée sur une analyse objective des processus enracinés dans les contradictions du mode de production capitaliste et du caractère de classe de toute tendance politique. «Il est donc en mesure de révéler les forces motrices des événements tels qu'ils se déroulent et d'armer la classe ouvrière avec une perspective lui permettant d'intervenir dans ces événements afin de changer leur cours.» 

Beams a expliqué que les racines de la crise en Grèce et la transformation de ce pays en «un protectorat économique du capital financier international» découlent de la décomposition du système capitaliste mondial. Les mêmes mesures d'austérité impitoyables seraient déchaînées contre les travailleurs de n'importe quel pays.

Les exigences des banques allemandes sur la Grèce sont le résultat de processus économiques et politiques mondiaux qui ont intensifié les antagonismes interimpérialistes, tandis que les grandes puissances mondiales ont cherché à se décharger du fardeau de la crise financière sur leurs rivales et la classe ouvrière internationale. Ce sont ces mêmes processus qui sont également à l'origine de l'éruption du militarisme impérialiste et qui posent le danger d'une nouvelle guerre mondiale.

«La voie des manœuvres et des compromis est fermée, a déclaré Beams. Cela signifie que la seule solution de rechange est la mobilisation de la classe ouvrière grecque et européenne pour renverser la dictature de l'impérialisme et du capital financier : la révolution socialiste.» 

Beams a développé: «L'objectif primordial des couches privilégiées de la classe moyenne qui forment la base sociale de Syriza et de la pseudo-gauche internationale est d'empêcher la révolution socialiste de la classe ouvrière.»

Beams a exposé à l'assemblée qu'une situation révolutionnaire ne peut être «poussée à exister» par des révolutionnaires, mais qu'elle émerge plutôt des contradictions objectives de l'économie capitaliste, et il a souligné le rôle crucial que doit jouer un parti révolutionnaire dans la clarification politique de la classe ouvrière internationale.

«Ce qu'il faut, c'est le développement d'une direction révolutionnaire en mesure de constamment distinguer les intérêts indépendants de la classe ouvrière de toutes les tendances politiques qui cherchent à la lier à l'ordre capitaliste...

«La révolution sociale est à l'ordre du jour en Europe et les mêmes forces productives présentes sur ce continent sont présentes partout dans le monde, a-t-il dit. Tout dépend de la préparation au préalable d'une direction révolutionnaire.» 

Les conférenciers ont été chaudement applaudis et des séances de questions et réponses longues et animées ont suivi, tant à Sydney qu’à Melbourne. Plus de 3000 $ ont été amassés en dons et pour près de 300 $ de littérature marxiste a été vendue.

À Melbourne, les orateurs ont répondu à des questions sur les origines de la dette souveraine grecque, le rôle de l'Union européenne et de l'euro dans la crise grecque et sur la crise économique croissante en Australie. Une longue discussion s'est ensuivie

sur la perspective de la nationalisation des systèmes bancaires grec et européen et sur les implications d'une telle mesure. Will Morrow et James Cogan ont tous deux souligné que la nationalisation des banques grecques signifiait une lutte contre le capital financier international et faisait en sorte que les travailleurs grecs devaient se tourner vers la classe ouvrière d'Europe et du reste du monde.

James Cogan

«Quand nous parlons de l'expropriation du secteur financier par la classe ouvrière – nous ne parlons pas d'une quelconque mesure nationale, a souligné Cogan à l'assemblée. Il n'y a pas de solution nationale à la crise en Grèce, pas plus que cela le serait pour une crise dans n'importe quel autre pays, y compris l'Australie. Ce qu'il faut, c'est un mouvement politique unifié de la classe ouvrière autour d'un programme socialiste dans toute l'Europe, surtout en Allemagne, et internationalement. » 

À Sydney, la discussion a continué pendant près de 45 minutes. Des questions ont été posées sur le Partenariat Trans-Pacifique (PTP) et sur le rôle et le bilan politique du Parti communiste stalinien en Grèce.

Un membre du public a demandé pourquoi la classe dirigeante européenne n'avait pas donné d'argent pour empêcher l'éruption de luttes sociales. Bien que la classe capitaliste soit historiquement dépassée, a-t-il poursuivi, la classe ouvrière n'a-t-elle plus vraiment d’utilité, suggérant du coup qu'elle pourrait être remplacée par des machines.

Beams a donné une réponse détaillée sur les origines historiques de la crise financière mondiale, passant en revue les développements économiques qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale et les tournants décisifs survenus depuis la fin des années 1960 jusqu'à la crise de 2008-2009. Il a expliqué que toutes les tentatives de la classe capitaliste de surmonter les contradictions fondamentales de son système de profit ont échoué et que, par conséquent, plus aucune concession n'était possible et l'économie mondiale était décomposée en blocs commerciaux en compétition, entrainant du coup le danger d'une nouvelle guerre mondiale. 

La seule façon de s'en sortir pour la bourgeoisie, c'est l'intensification des attaques contre la classe ouvrière, et cela signifie la destruction des services de santé sociale et d'éducation et des autres besoins élémentaires...

«Tandis que la classe dirigeante a perdu son utilité, la classe ouvrière est la seule source de valeur dans la société et la seule force capable d’offrir une solution progressiste aux dangers de guerre et de dépression», a déclaré Beams, tout en soulignant la nécessité de construire une direction révolutionnaire pour préparer la classe ouvrière aux luttes à venir. 

(Article paru en anglais le 28 juillet 2015)