L'importance des événements en Grèce

Par Jerry White
13 juillet 2015

Les événements qui ont cours en Grèce sont d’une grande importance pour les travailleurs de l’automobile et tous les travailleurs aux États-Unis. Devant une campagne interminable de chantage économique et même des menaces de coup militaire, les travailleurs grecs ont, de façon écrasante, rejeté les demandes de l’Union européenne, du FMI et des banques partout dans le monde qui voulaient leur imposer une nouvelle série de mesures d’austérité brutales.

Avant le référendum du 5 juillet, les banques étaient fermées, les retraits aux guichets automatiques étaient limités à environ 50 dollars par jour et les retraités se faisaient réduire leurs chèques de pension. Les médias et les politiciens d’Europe ont soutenu qu’un vote «non» mènerait à l’expulsion de la Grèce de l’Union européenne et au suicide économique.

Contre ces menaces, le peuple grec, mené par la classe ouvrière et la vaste majorité des jeunes, a voté 61 pour cent contre 39 pour cent pour rejeter les demandes des banques d’augmenter l’âge de retraite, d’augmenter les taxes sur les plus démunis et de supprimer encore plus d’emplois dans le secteur public dans un pays où plus de 50 pour cent des jeunes sont déjà sans emploi.

En disant «non», les travailleurs grecs exprimaient l’opposition de centaines de millions de travailleurs partout dans le monde qui sont écœurés de faire d’interminables sacrifices, au moment même où les profits des entreprises, les marchés boursiers et la richesse du 1 pour cent de la population atteignent des sommets. La résistance héroïque des travailleurs grecs a été un choc pour l’establishment politique en Grèce, en Europe et aux États-Unis. La classe dirigeante pense qu’elle peut intimider les travailleurs avec des menaces sans fin. Cependant, depuis le vote, de hauts responsables en Europe ont dit que si la Grèce veut rester dans la zone euro, elle doit accepter des propositions qui vont au-delà de celles qui ont été rejetées le 5 juillet dernier.

Les événements en Grèce sont importants et pas que pour ce pays. Les mêmes dynamiques sociales et politiques fondamentales sont présentes partout. Les gouvernements et les sociétés partout dans le monde exigent sans cesse que les travailleurs abandonnent ce qu’ils ont gagné précédemment. Ils soutiennent que les banques doivent obtenir un remboursement intégral et que la société ne peut tout simplement pas «se permettre» des salaires, des retraites, de l’éducation décente, etc. Et dans chaque pays, il y a la même colère et hostilité bouillonnantes. À Detroit, les travailleurs ont fait l’expérience des récentes procédures de faillite. Dans ce qui était jadis la capitale mondiale de la fabrication d’automobile, ils se sont fait dire qu’ils devaient accepter des coupes dévastatrices afin de rembourser les banques. Un juge fédéral a affirmé que les travailleurs municipaux à la retraite n’avaient aucun droit à des prestations et que les résidents n’avaient pas le droit à l’eau. Seulement les banques qui détiennent la dette de la ville ont des droits, a-t-il insisté.

Les travailleurs de l’automobile sont sur la ligne de front de l’assaut contre la classe ouvrière à travers le pays et internationalement. Avec la collaboration de l’UAW, les constructeurs automobiles ont fait 73 milliards $ de profits pendant les quatre dernières années. Néanmoins, ils maintiennent qu’ils ne vont pas retourner aux «vieux jours» des augmentations régulières de salaire. Le patron de Fiat Chrysler Automobile (FCA), Sergio Marchionne – qui a empoché 72 millions $ l’année dernière – a dit qu’il s’oppose «violemment» à la «notion de droit» par rapport aux augmentations de salaire.

L’assaut d’Obama contre les travailleurs de l’automobile en 2009 était le signal pour abaisser les salaires dans toute l’économie. Les salaires sont tombés au plus bas pourcentage du PIB depuis la Deuxième Guerre mondiale, tandis que le pourcentage du PIB lié aux profits des entreprises est à son plus haut niveau. Les profits extraits des travailleurs n’ont pas été dépensés sur l’amélioration ou la construction de nouvelles usines, sans parler d’embaucher de travailleurs et d’augmenter leur salaire. Plutôt, GM et d’autres entreprises ont dilapidé des milliards dans les rachats d’action, des dividendes et des fusions afin d’enrichir les investisseurs de Wall Street.

La classe dirigeante est très consciente que la colère en Grèce n’est pas unique, que les tensions sociales partout dans le monde sont en train d’atteindre un point de rupture et qu’une étincelle quelque part pourrait déclencher une rébellion mondiale. Après le vote en Grèce, le Wall Street Journal a averti qu'une «contagion» de l’opposition politique pourrait se propager.

Les travailleurs se doivent d’être encouragés par la victoire du «non» en Grèce. Ce que la classe dirigeante craint, d’abord et avant tout, est l’opposition grandissante de la classe ouvrière dans chaque pays. Mais le désir de se battre n’est pas suffisant en lui-même. Les travailleurs ont besoin de leurs propres organisations, de leur propre programme politique. Il n’y a nulle part où cette vérité fondamentale est exprimée plus clairement qu’en Grèce même. Le «non» retentissant voté par les travailleurs et les jeunes Grecs a été presque immédiatement suivi de promesses du gouvernement SYRIZA (qui se donne comme nom la «gauche radicale!») de mettre en oeuvre les mesures que le peuple grec a rejetées. Le gouvernement grec tente maintenant désespérément de trouver un terrain d’entente avec les banques. La perspective de SYRIZA est enracinée dans son déni de l’importance de la classe, c’est-à-dire son rejet du besoin des travailleurs d’avoir leurs propres organisations, avec l'espoir vain que les conflits sociaux massifs qui se développement à travers le monde peuvent être contenus et le système capitaliste ainsi préservé. SYRIZA parle pour des sections de la classe moyenne privilégiée qui disent depuis longtemps que le marxisme est mort, que le socialisme est un projet futile. Les homologues internationaux de SYRIZA sont ceux avec qui les travailleurs ici sont familiers. Ce sont ceux qui soutiennent que le Parti démocrate peut être réformé, qui défendent l’autorité des syndicats comme l’UAW qui est, depuis longtemps, devenu un outil des entreprises, et qui affirment qu'il est illégitime pour les travailleurs de voler de leurs propres ailes.

C’est précisément l’opposé qui est nécessaire. Les efforts des travailleurs en Grèce, en Amérique et partout dans le monde pour obtenir une vie décente et un futur pour leurs enfants les placent en confrontation directe avec les gouvernements, les partis politiques et les syndicats capitalistes qui défendent la situation économique actuelle.

Pour que la classe ouvrière se batte pour ses propres droits sociaux – pour des emplois sécuritaires et payés décemment, pour des soins de santé, des logements et une éducation de qualité ainsi qu’une retraite confortable – les travailleurs doivent être organisés comme une force politique indépendante, en opposition à tous les partis contrôlés par les sociétés et indépendamment d'eux.

C’est seulement en s’emparant du pouvoir politique que la classe ouvrière peut réorganiser la vie économique sur la base des principes de l’égalité sociale. Les biens mal acquis des criminels financiers doivent être saisis, les banques et les grandes industries doivent être placées sous le contrôle démocratique des travailleurs et l’économie mondiale doit être réorganisée afin de répondre aux besoins des producteurs mondiaux – la classe ouvrière, la classe majoritaire de la planète – et non aux besoins des parasites financiers.

Aux États-Unis, les travailleurs doivent rompre avec le Parti démocrate et le Parti républicain – les partis jumeaux de la grande entreprise, de l’inégalité et de la guerre – ainsi qu’avec les syndicats d'entreprise, comme l’UAW. Les travailleurs doivent construire leur propre parti politique de masse afin de lutter pour un gouvernement ouvrier et socialiste. Voilà les leçons de la Grèce.

Nous exhortons les travailleurs de l’automobile à entreprendre cette lutte en communiquant avec le Parti de l’égalité socialiste.

(Article paru en anglais le 10 juillet 2015)