Reportage depuis Athènes

Manifestations de masse contre l’austérité en Grèce

Par Robert Stevens et Christoph Dreier
4 juillet 2015

Vendredi soir a eu lieu à Athènes, en amont du référendum de ce dimanche, une manifestation massive contre le programme d’austérité de l’Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI).

Des dizaines de milliers de personnes se sont massées sur la Place Syntagma au centre d’Athènes, devant le bâtiment du parlement. Le principal sentiment exprimé par la foule était celui de sa détermination à mettre fin à des années d’austérité. De très nombreux jeunes étaient présents.

Certains manifestants portaient des banderoles faites eux-mêmes avec écrit dessus « Oxi » (« non ») ou des mots d’ordre dénonçant l’austérité. Certains portaient des pancartes évoquant la chancelière allemande Angela Merkel: « Merkel tais-toi, maintenant c’est le peuple qui parle », « Le moment est venu de changer le pays », et « Frau Merkel raus » (Mme Merkel dehors).

Les manifestants sur la place Syntagma

Même depuis un endroit surélevé des escaliers menant au parlement il était impossible de voir, dans toutes les directions, où s’arrêtait la manifestation. La foule avait commencé à affluer dès 7 heures du matin et à 10 heures elle se répandait encore sur la place Syntagma depuis la station de métro toute proche. Reuters a rapporté qu’au moins 50.000 personnes avaient participé à cette manifestation, mais même ce chiffre sous-estime le nombre de participants.

Au fur et à mesure que la place se remplissait, beaucoup chantaient et tapaient des mains au rythme de chants associés à l’opposition à la junte militaire grecque qui a dirigé le pays d’une main de fer entre 1967 et 1974. L’un de ces chants, Les cloches sonneront du célèbre compositeur Mikis Theodorakis fut chanté par le pianiste et chanteur Iro.

Si Syriza a appelé à la manifestation et si un grand nombre de participants exprimaient des illusions dans ce parti, elle représentait une répudiation massive de la perspective du gouvernement de chercher à renégocier un arrangement avec l’UE, la BCE et le FMI pour n’imposer que légèrement moins de coupes sociales avec un calendrier à plus long terme.

Durant la journée, les reporters du WSWS ont parlé à des dizaines de personnes disant participer à la manifestation pour revendiquer la fin d’années d’austérité qui ont conduit à l’effondrement du niveau de vie et à un taux de chômage et de pauvreté sans précédent.

« Je veux trouver un emploi. Je veux autre chose pour notre pays. Je ne veux pas aller travailler aux Pays-Bas, en Allemagne ou en Angleterre. Je veux rester ici et me battre contre cette situation, » a dit Georgis, 18 ans. « Je voterai Non. Nous ne savons pas ce qui se passera lundi, mais je veux autre chose de ce gouvernement. »

Il espère que Syriza mettra fin à l’austérité mais il n’est pas sûr que cela se produira. « J’ai voté pour que Tsipras soit notre premier ministre et je veux voir autre chose. Le risque que notre pays doit prendre est grand mais c’est l’unique solution. »

A la question de savoir ce qu’il pensait de l’objectif déclaré de Tsipras de conclure un accord avec l’UE après le vote du « non » au référendum, il a dit : « Si les gens votent « non » dimanche et si Tsipras fait cela, il ne nous respecte pas. Il nous a demandé de voter ‘oui’ ou ‘non’. Si nous votons ‘non’ et s’il conclut un marché avec l’Allemagne et l’UE, je ne pense pas qu’il nous respecte. Si le premier ministre ne respecte pas son peuple, je ne veux pas qu’il soit mon premier ministre. »

Anastacia est également venue à la manifestation pour protester contre les ravages sociaux causés par les diktats d'austérité de l'UE. « Nous sommes pauvres. Je n'ai pas de travail. J’ai deux licences et pas de travail. Voilà la raison pour laquelle je suis ici ». 

Interrogée sur le projet de Syriza de proposer de nouvelles mesures d'austérité, elle a dit tout en précisant qu'elle faisait toujours confiance au gouvernement, « C’est notre responsabilité de l'arrêter. Nous sommes là pour dire «non» et mettre fin à cette politique. Je ne me soucie pas de ce que le gouvernement va faire. Là, c'est à moi, c’est ma responsabilité ». 

Une partie de la manifestation 

Anna-Maria est venue à la manifestation, a-t-elle dit, parce que les mesures d'austérité ont conduit à ce que les gens « ont un tiers de l'argent qu'ils avaient, qu’ils ne peuvent pas payer leurs factures ou acheter leurs médicaments ». Elle voyait le référendum comme l’expression de la démocratie: « Ce n'est pas comme une élection, où on vote pour un parti en espérant qu'il va faire ce qu'il a promis. » 

Elle a dit au WSWS qu'elle voyait la lutte contre l'austérité comme une question internationale. « La politique d'austérité en Grèce est comme dans un enchaînement. Elle va partout. Voilà ce que nous ne voulons pas. Nous ne voulons pas que les gens en Europe souffrent des décisions que le un pour cent des très riches prend pour nous. Nous faisons tous partie d'une chaîne. La terre est composée de personnes et non d'argent ni de fonds spéculatifs ». 

Cet état d'esprit s’opposait fortement au gouvernement Syriza et à son Premier ministre Alexis Tsipras qui a parlé à la foule sur la place Syntagma plus tard dans la soirée. Tsipras avait appelé au référendum dimanche dernier comme à une manoeuvre pour combiner une nouvelle capitulation aux exigences de l'UE, peu importe le résultat de vote. 

Syriza avait déclaré d’avance que l'événement serait un « festival populaire ». Dans son discours Tsipras a tenu à souligner qu’«Aujourd'hui, nous ne protestons pas, nous célébrons aujourd'hui la démocratie, nous célébrons aujourd'hui la victoire de la démocratie, quel que soit le résultat lundi ». 

Tsipras a chanté les louanges d'une Europe vaguement « démocratique » et cherché à créer des illusions à son sujet. Puis il a dit: « Dimanche, nous ne décidons pas simplement de rester en Europe, nous allons décider de vivre avec dignité en Europe ... sur un pied d’égalité avec l’Europe ». 

Tsipras a salué les principaux pouvoirs de l'Union européenne alors même qu'ils sont en train de se démener pour entraîner un changement de régime en Grèce et un effondrement du gouvernement Syriza arrivé au pouvoir avec le mandat de s'opposer à l'austérité et d’y mettre fin. 

Son discours était un encouragement aux forces les plus de droite qui préparent une offensive massive pour écraser l'opposition des travailleurs et des jeunes. Après le discours de Tsipras, il a reçu une accolade enthousiaste de son partenaire de coalition Pannos Kammenos, du parti droitier des Grecs indépendants, qui avait plus tôt dans la journée déclaré que seule l'armée garantissaient la « stabilité interne ». 

Alors que Syriza cherche à renforcer ses liens avec des éléments d'extrême droite, l'armée et l'UE, ceux-ci font tout pour faire tomber le gouvernement démocratiquement élu afin d'imposer des attaques bien plus sévères contre la classe ouvrière. 

Quelques heures seulement avant la manifestation, 65 généraux à la retraite ont signé une déclaration approuvant la campagne pour le « oui » et l’exigence d’une poursuite des mesures d'austérité brutales. 

Le soutien de l'armée au camp du « oui » suivait celui déjà donné par le chef de l'Eglise orthodoxe grecque et par la GSEE, la principale fédération syndicale grecque. 

Cette campagne a été facilitée par une campagne de propagande massive des médias grecs qui sont majoritairement détenus par des oligarques de droite.

Mais en dépit de cette campagne soutenue par les partis pro-austérité Nouvelle Démocratie et PASOK, la protestaion du camp du « oui » au stade Kallimarmaron d’Athènes a été nettement plus petite que la manifestation du « non ».