Le Front national secoué par la trahison de Syriza en Grèce

Par Francis Dubois
15 juillet 2015

L’écrasante victoire en Grèce du « non » à l’austérité voulue par l’UE et le caractère éhonté de la trahison par Syriza des millions d’ouvriers et de jeunes qui ont voté contre l’austérité le 5 juillet a profondément secoué les partis politiques en France. Cela a entre autre exposé le Front national néofasciste, qui avait appelé à une victoire de Syriza aux élections législatives grecques de janvier. 

Dans une interview vidéo à la station de radio RTL, la dirigeante du FN Marine Le Pen a exprimé vendredi 10 juillet sa crainte que Syriza n’ait « capitulé en rase campagne » et préparé le terrain pour prendre ses distances de ce parti.

Obligée de prendre acte de la trahison ouverte de Syriza et de son soutien ouvert à l’austérité de l’UE, elle a parlé d’un « poker menteur » de celui-ci face à l’UE et essayé de lui donner le bénéfice du doute. « Soit Alexis Tsipras effectue une capitulation et alors il sera le premier à avoir trahi son peuple, soit il fait ses propositions sachant que l’Allemagne ne les acceptera pas, et alors il faudra attendre quelques jours. Si c’est une capitulation, c’est une mauvaise chose, » a-t-elle dit.

En Janvier 2015, peu avant l’élection législative qui allait porter Syriza au pouvoir, le Front national avait publiquement soutenu le parti d’Alexis Tsipras, en qui il voyait un allié dans sa lutte contre « l’européisme », un défenseur de la souveraineté nationale grecque et un opposant de l’Allemagne. Le FN pensait aussi que sa posture de « parti du peuple » pouvait crédibiliser ses propres poses « anti-establishment », ses prétentions à s’opposer à l’austérité capitaliste et à défendre le « petit peuple ».

Mais Tsipras a présenté son propre programme d’attaques de la classe ouvrière, tout à fait pro-UE, en échange d’une pitoyable prolongation de la période de remboursement de la dette. Il s’est réfugié dans les bras de l’establishment grec pro-austérité si clairement et à une telle vitesse que Le Pen ne peut plus guère s’en servir pour faire avancer sa propre charette xénophobe, pseudo-populaire et anti-allemande.

L’approbation par Syriza du programme d’attaques anti-ouvrières virulentes auquel il avait prétendu s’opposer auparavant est en même temps l’admission que son illusoire plate-forme d’«opposition » populiste sans toucher au capitalisme et aux rapports de propriété a lamentablement fait naufrage.

En embrassant Syriza, le FN cherchait lui aussi à montrer à certaines couches de la petite bourgeoisie ruinée et de la classe ouvrière en France qu’on pouvait gesticuler contre le capital financier européen et leur aménager une vie plus décente en volant les prestations sociales des ouvriers immigrés et en gardant le capitalisme. Dans des conditions où la pseudo gauche soutient le gouvernement PS et ses attaques austéritaires, c’est en partie ce qui avait alimenté ses derniers succès électoraux.

Le referendum grec a aussi donné lieu à une controverse publique à propos du FN et de Syriza, déclenchée quelques jours avant l’interview de Le Pen par des propos tenus par l’actuel ministre français de l’économie, Emmanuel Macron. Dans un commentaire hostile à la victoire écrasante du « non » au référendum grec publié par le journal La Provence, Macron avait dit « Le Front national est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française, d'extrême droite ». Il reprenait par là une « petite phrase » de l’ex-président de la république conservateur Nicolas Sarkozy appelant Syriza les « amis de Mme Le Pen »

La déclaration de Macron a produit un tollé en particulier dans la pseudo gauche française et chez les « frondeurs » du PS. La « frondeuse » Marie-Noëlle Lienemann a écrit sur Twitter: « comparer FN et Syriza est scandaleux. ». Eric Coquerel du Parti de gauche. qui avait salué le « non » au referendum et tente depuis de faire passer l’abjecte capitulation de Tsipras pour une victoire, a dit: « ce crétin d’Emmanuel Macron est-il un agent du FN ou bien juste un Schäuble à la française? » et a demandé sa démission.

Le Monde s’est opposé à une assimilation de Syriza au parti néofasciste français et écrit : « ... rien dans le programme de Syriza ne permet de qualifier ce parti d’extrême droite ». Son article sur le sujet, donne foi à ce qu’avait écrit Syriza avant les élections et le classe nettement comme un parti de gauche.

Le FN et Syriza ne sont pas la même chose, ayant des origines et des trajectoires politiques très différentes. Le parti néo-fasciste est clairement d’extrême-droite. Il a ses origines politiques dans les ligues fascistes des années 1930, la dictature pétainiste, la collaboration avec les nazis et l’Algérie française.

Si le FN a apprécié les critiques creuses de l'UE par Syriza, ce n'est que par calcul tactique, pour légitimer sa propre opposition d'extrême-droite à l'UE et lui donner une couverture populiste de « gauche ». Ainsi, il a salué la victoire du « non » au referendum comme une « excellente nouvelle ». Toutefois, il exige que les 40 milliards d’euros dus par la Grèce aux banques françaises soient payés.

Syriza est une coalition hétéroclite d’une bonne dizaine de formations de la pseudo gauche, de sociaux-démocrates déçus, de staliniens pro-UE, de maoïstes, d’écologistes, de féministes, de pablistes.

Pour certifier à Syriza un caractère de gauche, certains ont avancé qu’il comportait des partis ayant lutté contre le fascisme dans la Seconde Guerre mondiale et puis contre l’impérialisme dans la guerre civile grecque. La capitulation en rase campagne de Syriza contre l'UE souligne que les composantes de Syriza n'ont rien à voir avec la résistance à l'Occupation nazie ou, après la Deuxième Guerre mondiale, à l'impérialisme anglo-américain.

Il y a cependant des convergences entre Syriza et le FN, à commencer précisément par les intérêts sociaux qu’ils défendent. Ce sont tous deux des partis défendant les intérêts de la classe moyenne aisée et de certains secteurs de leur bourgeoisie nationale. Le FN défend les intérêts de l’impérialisme français, alors que Syriza tente d'accommoder ceux de la bourgeoise grecque à l'UE.

Ils sont viscéralement opposés à un mouvement indépendant de la classe ouvrière. Tsipras a été catastrophé par le résultat du referendum parce qu’il montrait la disposition de la classe ouvrière grecque à lutter contre l’UE et les banques. Le choix de son partenaire de coalition, les ultra droitiers Grecs Indépendants, qui se sont vu attribuer le ministère de la Défense ne sont pas le fruit du hasard.

En faisant tout pour bloquer l'opposition de la classe ouvrière à l'austérité, Tsipras ouvre le chemin à des forces d'extrême-droite à travers l'Europe, dont le FN, qui se saisiront des trahisons de Syriza pour tenter de s'ériger en seuls opposants de l'UE.