L’Opération Némésis et le danger de répression des protestations par l’Etat

Par Alexandre Lantier
7 juillet 2015

A la suite de la victoire du « non » au referendum de dimanche sur l’austérité voulue par l’UE, la situation politique reste extrêmement tendue en Grèce. Des informations font état d’un plan développé avant le scrutin, dont le nom de code est « Opération Némésis » et qui vise à déployer l’armée et la police anti-émeute afin d’écraser l’opposition sociale.

La réponse de l’UE au referendum a été de menacer de couper les crédits au gouvernement et aux banques grecs et de forcer le pays à sortir de l’euro. Cela entraînerait l’effondrement du commerce grec et celui d’importations vitales comme les carburants, les denrées alimentaires et les médicaments. Si Syriza continue de vouloir négocier une aide financière avec l’UE en échange de l’imposition de nouvelles mesures d’austérité, certains éléments au gouvernement et dans l’Etat préparent l’option d’une répression de masse.

L’opération, qui porte le nom de la déesse de la juste vengeance et fut développée sous la direction du ministre grec de l’Intérieur de Syriza, Nikos Voutsis, est un projet de déploiement de la police anti-émeute et d’unités de l’armée visant à sécuriser les édifices clé et l’infrastructure face aux protestations. S’il est mis en vigueur, ce serait la première fois que l’armée serait déployée contre la population grecque depuis la junte des colonels soutenue par la CIA entre 1967 et 1974.

Le journal italien La Repubblica a rapporté que le ministère de l’Intérieur avait déjà envoyé 2.000 policiers dans les rues pour une importante campagne de répression. Ils se préparent à garder les « ministères, les ambassades et des objectifs sensibles comme les centrales électriques et les télécommunications. Il est aussi prévu d’établir en Attique [la région entourant Athènes] des périmètres de sécurité autour de 480 banques et 600 supermarchés qui, selon un rapport des services secrets grecs, sont susceptibles d’être attaqués en cas de troubles sociaux survenant après le référendum. »

Ce projet, n’est cependant qu’un préliminaire à un déploiement bien plus vaste de l’armée et des forces de sécurité contre de la population, rapporte La Repubblica.

« Les dossiers secrets de Voutsis comportent aussi un plan B que tout le monde espère ne pas voir appliqué et dont le nom de code est Opération Némésis. Il s’agit des mesures d’urgence qui seront prises au cas où la Grèce – ce que personne ne souhaite – devait connaître une période d’instabilité prolongée après le référendum, » écrit encore ce journal.

Il est clair que le contenu de l’Opération Némésis est une tentative d’imposer une dictature militaire en Grèce. L’Opération Némésis, confirme le Times de Londres, « prévoit que des troupes patrouillent les grandes villes en cas de désordre public généralisé et prolongé. »

La Repubblica souligne que l’opération de police initiale que Voutsis a déjà lancée est une « copie littérale de l’opération mise en œuvre en 2008 quand Athènes protestait contre la mort d’Alexandros Grigoropoulos, âgé de 16 ans et abattu par un policier dans le quartier d’Exarcheia. A cette époque, Syriza, dans une sorte de vengeance historique, se trouvait du côté opposé aux forces anti-émeutes. »

(Article original paru le 6 juillet 2015)