L'EU attaque le vote pour le « non », Tsipras va à droite.

Par Chris Marsden
8 juillet 2015

La réaction des puissances européennes et du gouvernement grec dirigé par Syriza à la victoire écrasante du «non» au référendum sur les mesures d'austérité exigées par l’UE a mis en évidence les problèmes politiques fondamentaux auxquels la classe ouvrière est confrontée. 

Le rejet populaire massif de la politique des banques européennes a choqué et les élites dirigeantes de l'Europe et leurs associés en Grèce, y compris Syriza. Face à une campagne acharnée d'intimidation, de chantage économique, de propagande des médias et de menaces de secteurs de l'armée, les travailleurs et les jeunes en Grèce ont déclaré massivement leur opposition à l'assaut sur les emplois, les salaires et les retraites. 

Dans les capitales des grands pouvoirs européens et aux États-Unis, on est en train de débattre sur la façon de réagir. Berlin a pris la tête et couvert de mépris le rejet de ses exigences par la classe ouvrière grecque et a redoublé ses attaques, ses menaces et ses ultimatums. 

Sigmar Gabriel, le vice-chancelier social-démocrate allemand a déclaré qu'en organisant le référendum, Syriza avait «détruit les derniers ponts grâce auxquels l'Europe et la Grèce pourraient encore trouver un compromis. » Si la Grèce voulait rester dans la zone euro, a-t-il dit, il lui fallait présenter des propositions » qui aillent « au-delà de celles présentées jusqu'à présent. » 

Plus tard lundi, la chancelière allemande Angela Merkel a insisté pour dire dans une conférence de presse conjointe avec le président français François Hollande que « Dans l'état actuel des choses, il n'y [avait] pas de base pour des discussions sur un nouveau programme dans le cadre du Mécanisme européen de stabilité.» Elle a ajouté que les offres précédentes à la Grèce avaient été «généreuses». 

Certains responsables en Europe et aux États-Unis exhortent à des modifications mineures de la charge de la dette grecque pour maintenir le pays dans la zone euro, lui permettre de rembourser les prêts et donner à Syriza quelque chose à ‘vendre’ à une population grecque hostile. Toute proposition dans ce sens comprendrait 98 pour cent des mesures rejetées au référendum de dimanche.

Une grande inquiétude de la classe dirigeante est que le vote grec pourrait constituer un encouragement en Europe et au plan international. Le Wall Street Journal craignait dans un éditorial lundi que Merkel ne se mette à « reculer » après le referendum et qu’elle n'offre des concessions. Si cela était, avertit le Journal, « Le message serait que d'autres nations débitrices de l'Europe peuvent également utiliser l'extorsion politique pour bloquer la réforme pro-croissance ...Votez le rejet des réformes exigées par les créanciers et les créanciers vous récompenseront de toute façon. »

« Cette contagion politique » poursuit-il « est une bien plus grande menace pour l'intégrité de la zone euro que le sont les répercussions immédiates d'une crise financière grecque ou même d’une sortie de la Grèce du bloc monétaire. »

Que craint cet organe de Wall Street? Que toute concession à la volonté démocratique des masses ne fasse qu'encourager les travailleurs à travers l'Europe, et aux États-Unis.

Pour sa part, Syriza a répondu à la manifestation d'une opposition de masse en Grèce – un signe clair du mouvement à gauche de la classe ouvrière grecque – en virant brusquement à droite, se réfugiant dans les bras des partis établis de la bourgeoisie grecque et des institutions européennes si massivement répudiées.

Dans son discours aux millions de gens célébrant la victoire dimanche, le premier ministre Alexis Tsipras a déclaré: «Ceci n’est pas un mandat de rupture avec l'Europe, mais un mandat qui renforce notre pouvoir de négociation pour parvenir à un accord viable », à savoir un accord acceptable pour la «troïka» (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international).

La première mesure de Tsipras lundi a été la démission du ministre des Finances Yanis Varoufakis, pour faciliter les discussions sur le remboursement de la dette à la réunion des ministres des Finances de l'Eurogroupe hier. Varoufakis a été remplacé par Euclide Tsakalotos, l'une des nombreuses figures de Syriza formées au Royaume-Uni, d'abord à l'école privée de Saint-Paul, où a fait ses études le ministre des finances conservateur britannique George Osborne, puis à Oxford.

Le New York Times a rapporté qu'un remaniement ministériel plus large était en route, visant à mettre en place «une équipe de négociation plus centriste».Tsipras a ensuite tenu une réunion de six heures, présidée par le président grec Prokopis Pavlopoulos, avec les dirigeants du partenaires de coalition de Syriza, les droitiers Grecs indépendants (Anel), et les trois principaux partis pro-austérité – Nouvelle démocratie, PASOK et To Potami. La réunion a débouché sur une déclaration commune du cabinet de Pavlopoulos qui abandonnait les appels précédents à une diminution de la dette et souhaitait seulement un « engagement [de l'UE] au lancement d'un débat de fond sur une résolution du problème de la durabilité de la dette publique grecque ».

Les spéculations allaient bon train que la réunion présageait la formation d'un gouvernement d'unité nationale – c’est à dire une union des partis du capitalisme grec.

Comme l’a expliqué le WSWS avant le référendum, Syriza a eu recours au vote comme à une manoeuvre politique cynique conçue non pas pour s’opposer à l'austérité, mais pour légitimer sa collusion permanente avec les élites dirigeantes internationales et grecques. Si un «oui» l’avait emporté, le gouvernement aurait démissionné ouvrant la voie à une coalition impliquant les partis en faveur de l’austérité voulue par l'UE. Maintenant que près des deux tiers de l'électorat ont voté «non», Syriza poursuit essentiellement le même cours.

La journée de lundi a été un avertissement salutaire. Pour la classe dirigeante, il n'y aura pas de répit dans l'assaut austéritaire. Soit les dirigeants de la zone euro conviendront de quelques mesures symboliques pour légitimer le plan conçu par Syriza pour imposer la prochaine série d'attaques, soit la Grèce sera contrainte de quitter l'euro et Syriza, ou une autre formation politique, effectuera plus ou moins le même programme pour le compte de la bourgeoisie grecque.

Dans les deux cas, la classe dirigeante sera obligée de s’appuyer de plus en plus sur ​​la police et l’armée pour réprimer le mécontentement social. En effet, un plan de déploiement de milliers de soldats et de policiers anti-émeute en cas de «désordre public généralisé et prolongé » – dont le nom de code est Opération Némésis – a été discuté par le gouvernement dirigé par Syriza le 26 juin, quelques heures seulement avant que Tsipras n’annonce la tenue du référendum.

Il y a seulement quatre décennies, la Grèce se trouvait sous la dictature des colonels. Au milieu d'une crise économique et sociale généralisée, la possibilité est tout à fait réelle que les oligarques – les quelques dizaines de familles qui contrôlent la Grèce – fassent appel aux forces armées pour «rétablir l'ordre».

Tout dépend de la mobilisation de la classe ouvrière contre ceux qui en Grèce cherchent à imposer les diktats de la «troïka» -- la classe dirigeante grecque au pouvoir, ses médias, sa police et ses forces armées et l'ensemble de ses partis y compris Syriza, un parti bourgeois qui s’appuie sur les secteurs privilégiés de la classe moyenne supérieure.

La richesse de la classe capitaliste doit être expropriée par la nationalisation des banques et des grandes industries sous contrôle démocratique d’un gouvernement ouvrier.

C’est une lutte internationale. La classe ouvrière européenne doit venir en aide à ses frères et sœurs grecs. Ce qu’on fait aux travailleurs grecs aujourd'hui sera fait aux travailleurs en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie demain. La seule réponse à cette offensive internationale du capital est une contre-offensive internationale de la classe ouvrière contre l'UE et les banques qu'elle sert, sur la base d'un programme socialiste.

(Article paru en anglais le 7 juillet 2015)